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Vendredi 10 Février 2012
La Grande Pêche ou pêche à la morue
1 - Terre-Neuve

Habitations et ateliers à terre-Neuve, wikisource.org
Il est fort possible que la pêche à la morue dans les Grands Bancs de Terre-Neuve existait avant que Cabot ne découvre cette île en 1497. De l’Islande, certains pêcheurs avaient pu s’aventurer vers l’Ouest. Rien ne le prouve, mais 12 ans plus tard en 1509, les premières morues salées de Terre-Neuve arrivèrent dans un port breton de Dahouët, près de St Brieuc.
C’est le début d’une grande aventure, chaque année, dès le XVIème siècle, des centaines de bateaux provenant de tout l’Atlantique sud, d’Angleterre, de France, d’Espagne et du Portugal furent armés pour aller pêcher la morue sur les Grands Bancs de Terre-Neuve.
Au XVIème siècle, Les armateurs malouins armaient 80 navires pour partir pêcher sur les bans de terre-Neuve pour les campagnes d'été. C'étaient 4000 marins qui vivaient de la pêche et travaillaient 16 à 18 h par jour. Les navires malouins livraient tous les ports jusqu'à Marseille qui était alors "le" port de la morue. A la fin du XVIIème siècle, on pouvait y compter jusqu’à 20 000 pêcheurs. Tous les ports de France de Dunkerque à St Jean de Luz armaizent à la morue, au XIXème siècle, Dunkerque était le premier port morutier devant Fécamp,puis jusqu'en 1935, les grands ports d'attache pour les morutiers étaient Fécamp, St Malo et Bordeaux.
Sur les Grands Bancs, la pêche était praticable toute l’année, si bien qu’il était possible de faire deux campagnes de pêche par an. Sur l’île de Terre-Neuve, on ne pêchait que durant les trois à quatre mois d’été.
Quand la France a pris possession de Terre-Neuve, elle y installa des pêcheurs qui y firent souche. Se faisant paysans durant les périodes d’inactivités, ils cultivèrent et élevèrent ce qui était nécessaire à leur survie. Beaucoup de marins ne s’y installaient que durant la période de pêche et construisaient des habitations et des ateliers de salage et séchage.

Salage de la morue, wikisource.org
La saison de la pêche à Terre-Neuve
Durant l’été, l’activité ne cessait jamais sur l’île de Terre-Neuve. Levés avec le soleil, les marins partaient sur des chaloupes pêcher la morue. Ils ramaient jusqu’à la zone de pêche et lançaient leurs lignes. Le bateau se remplissait de poissons tout au long de la journée et le soir ils reveniaent vers la terre où ils débarquaient leurs prises. Et tous les jours où il était possible de sortir en mer, ce même travail recommençait. C’était un travail très dur et dangereux, le brouillard pouvait se lever très rapidement parfois et la tempête arriver inopinément, nombreuses furent les chaloupes qui ne rejoignaient jamais la côte.
Pendant que les pêcheurs étaient en mer, le travail ne cessait sur l’île. C’était un travail très bien organisé et chacun avait une tâche bien précise à faire. Car il fallait aller vite et saler le plus vite possible le poisson. Les premiers à l’œuvre étaient les décolleurs, ainsi nommés car ils coupaient les têtes des morues. Ensuite les trancheurs entraient en action, ils éventraient, vidaient, détachaient les arêtes et ouvraient les morues en deux et les aplatissaient afin qu’elles soient prêtes pour le salage. Elles étaient lavées et vidées complètement de leur sang. Ensuite les saleurs les recouvraient de sel et les sécheurs les étendaient sur des claies, appelées échafaudages, au soleil sur les grèves. Les foies étaient mis de côté et traités par macération pour en extraire l’huile de foie, très recherchée car riche en iode. Les langues et les joues étaient cuisinées sur place, c’étaient des mets de choix qui faisaient le régal des populations locales.

La pêche sur les Grands Bancs
Les Grands Bancs sont situés à 500 kilomètres à l’est de Terre-Neuve. La pêche sur les Grands Bancs ne connaissait pas de saison. Les bateaux venus d’Europe, du Canada ou de la côte est de l’Amérique du nord croisaient sur les grands bancs deux fois par an. On ne pêchait pas directement à partir des morutiers mais sur des chaloupes et plus tard des doris qui étaient mis à la mer chaque matin, des doris qu'on appelait des barques-suicides. Deux pêcheurs embarquaient dans chaque chaloupe et toute la journée, ils pêchaient à la ligne en appâtant avec des bulots et relevaient les lignes qu’ils avaient posées la veille et qui étaient fixées à des bouées sur lesquelles nom du doris était marqué. Quand la chaloupe était pleine de morues, ils revenaient jusqu’au bateaux, piquaient les morues et les lançaient sur le bateau. Et ils repartaient pour ne revenir se reposer qu’à la nuit. Les journées étaient longues, très longues surtout quand le froid et le vent gelaient les hommes. De plus de nombreux dangers les menaçaient. Outre les brouillards et les tempêtes que nous avons déjà évoqués, les chaloupes risquaient de rencontrer des icebergs et des baleines ou de se renverser et de couler quand elles étaient trop remplies de morues. Les pêcheurs étaient payés en fonction de leur pêche et ils prenaient le risque de remplir le plus possible leurs embarcations pour ne pas faire trop de voyage vers le morutier et ainsi ne pas prendre de temps. Mais une frêle chaloupe trop remplie prise dans la tempête courait encore plus le risque de se renverser et de couler. Et dans la brume et la tempête, même si la cloche de bord sonnait sans cesse pour guider les chaloupes rendues aveugles, nombreuses étaient celles qui s’égaraient définitivement dans la mer glacée. Plus tard, les marins eurent des alliés très précieux, les terre-neuve, chiens au flair remarquable et au courage incroyable qui ramenaient les chaloupes ou les pêcheurs tombés à l’eau vers le navire-mère.

Morutiers et chaloupes, source: www.ecoles.ac-rouen.fr
Sur les bateaux travaillaient les marins et les mousses dont certains étaient à peine agés de douze ans. Le travail pour tous étaient très durs, les terre-neuvas étaient les bagnards de la mer au dire d'un aumonier des Terre-Neuvas avant la guerre
"Ce qui relègue ce métier de la grande pêche - au dire des marins eux-mêmes - au rang de "dernier des métiers", c'est sa charpente, sa constitution même, tel qu'il est compris, c'est-à-dire le travail et les conditions dans lesquelles il s'accomplit.
Ici, il n'est pas question de journées de huit heures. La loi du travail sur les Bancs, c'est le maximum de rendement pendant le maximum de temps! Une féroce émulation dresse l'amour-propre d'un doris contre l'amour-propre d'un autre doris, l'amour-propre d'un navire contre l'amour-propre d'un autre navire. C'est à qui pêchera le plus, c'est à qui "débanquera" le premier.
Sur le voilier,arrivé à bord, il ne faut pas songer au reppos. la morue, il faut la préparer, il faut l'ébréguer (la dépouiller de ses entrailles), il faut la décoller (lui couper la tête), il faut la trancher (lui enlever la colonne vertébrale), il faut l'énocter (lui vider ses deux poches de sang), il faut la laver, il faut l'empiler, il faut la saler. Les lignes, il faut les boëtter (amorcer). Il est difficile de se faire une idée de la somme de travail que représente ce boëttage des lignes. Se battre pendant sept ou huit heures contre une manne de lignes embrouillées, un inextricable fagot d'hameçons semblables à des ronces et à des épines d'acier, qu'il faut démêler, dénouer, réparer et boëtter. Et ce travail se fait à moitié plié en deux. Aussi, pendant ces longues heures, on voit des pauvres malheureux se relever, se redresser de temps en temps, placer les mains sur les hanches et lancer le torse en arrière pour soulager leurs reins endoloris. Et pendant la première pêche, alors que souffle la bise ou que tombent les bruines glaciales, la neige, plus d'un s'arrête pour souffler dans ses mains engourdies, gercées, crevassées, grignotées par la chair salée ou déchirées par les écailles tranchantes des bulots, ou pour frotter ses poignets dévorés par les démaigaisons des "petits choux" des bancs (excroissances d'origine microbienne). Et, les lignes boëttées, il faut aller le soir à la nuit tombante, les poser, les larguer à deux ou trois miles.
Il n'y a pas d'heure pour les repas. Les hommes mangent quand ils peuvent, entre deux tournées, au milieu du nettoyage du poisson ou en boëttant leurs lignes.
Il n'y a pas d'heure pour le repos. Aucune considération ne tient devant ces deux faits: la piaule (banc de morue) passe, le poisson donne: il faut le saisir. Le travail n'est même pas limité par les forces humaines, mais uniquement par l'impossibilité de travailler. Sur les bancs, l'ordinaire du travail c'est dix-huit heures d'affilée.
Et le sort des équipages des chalutiers n'est pas plus enviable. Le chalutier libère le marin du travail de boëttage des lignes, du halage et des dangers des doris; mais, loin d'alléger son sort, il ne fait que l'accabler. A Terre-Neuve, la machine n'est pas le serviteur de l'homme: c'est l'homme qui est l'esclave de la machine. La machine peut travailler nuit et jour, l'homme travaillera nuit et jour. Ce sont les travaux forcés sans discontinuité tant que le poisson donne; et l'abondance du poisson est parfois telle qu'elle ne laisse aux hommes que sept heures de repos par trois jours. Aussi n'est-il pas rare qu'ils titubent de fatigue et de sommeil. Et dire que, sur certains chalutiers, l'équiupage comprent une vingtaine de jeunes de mpoins de vingt ans! Pauvres enfants!
Car, il faut bien le préciser, le calendrier des Terre-Neuvas n'est pas réglé par le soleil. l'aurore et le crépuscule, le jour et la nuit sont biffés du calendrier; il ne comporte ni fête, ni dimanche, ni repos hebdomadaire. Tous ces mots donnent la cadence à la vie normale, mais tous ces mots n'ont aucun sens pour les Terre-Neuvas; leur vie ne comporte qu'un seul mot: Morue-Morue-Morue! La loi des Bancs est unique:" La morue donne! marche ou crève!" Aucune loi divine ni aucune loi humaine ne tient devant cette loi. La morue est le dictateur le plus volontaire, le plus absolu et le plus tyrannique que l'on puisse imaginer.
Les forces humaines? Elle n'en a cure. sur les voiliers à Terre-Neuve, elle se bute à l'impossibilité de travailler la nuit, mais au Groenland, elle prend sa revanche. Le jour perpétuel, en juin, juillet, août et septembre, lui permet de donner libre cours à sa sauvagerie, et je l'ai vue condamner les hommes aux travaux forcés de vingt heures par jour, pendant soixante-deux jours consécutifs.
Sur les chalutiers, la science s'est faite la complice de la férocité sauvage de sa Majesté la Morue. Le progrès doit être le serviteur de l'homme, mais l'âpreté au gain des armateurs a fait du Terre-Neuvas l'esclave du progrès au service de la morue..."
Le Grand Métier de Jean Recher
La fin de la pêche à Terre-Neuve
Au VIIIème siècle, les premiers signes de surpêche commencèrent à se faire jour, heureusement pour les morues, les guerres incessantes entre France et l’Angleterre qui durèrent du traité d’Utrecht jusqu’en 1815 ralentirent la pêche, laissant aux populations de morues le temps de se reconstituer. A partir du siècle suivant l’arrivée des bateaux à moteur et surtout le pratique du chalutage, plus tard les bateaux-usines qui pratiquaient des campagnes de 50 jours ont mis à mal petit à petit les populations de morues. Sur les bateaux-usines les morues sont traitées sur le bateau jusqu’à une congélation à - 40°C en moins de 5 h.
Si bien que au cours des années 60-70 ce ne sont plus des centaines de morutiers qui partaient pour Terre-Neuve mais seulement 35 et les derniers morutiers ont arrêté de pêcher en 1973.
En 1991, il se pêchait encore 180 000 tonnes de morues à Terre-Neuve et sur les Grands Bancs. L’année suivante le gouvernement canadien déclarait un moratoire pour la pêche à la morue et à l’églefin dans les Grands Bancs et East Scotia afin de limiter les prises. Le 24 avril 2003, il interdisait la pêche à la morue, les stocks de populations étant insuffisants pour permettre une pêche à grande échelle.
Après vingt ans d’interdiction, les stocks se reforment, mais la pêche est toujours interdite, malgré la pression des pêcheurs locaux. On espérait 10 millions de morues en 2011 ce qui permettrait une pêche très réglementée. Mais les populations de morues restent encore fragiles en raison de la difficultés de reformer les stocks. En effet, la raréfaction des morues a provoqué un déséquilibre écologique. Dans la chaîne alimentaire, les harengs ont un seul prédateur : la morue. Les morues étant de plus en plus rares, les harengs ont proliféré. Ces colonies de harengs se nourrissant en grande partie d’œufs de morues, tant que le stock de populations de morues n’est pas assez important, on ne peut lui faire supporter le poids d’un autre prédateur, l’homme dont on connait la faible capacité à respecter la nature et les règles les plus élémentaires d’écologie.
Donc la pêche à la morue à Terre-Neuve fait encore partie du passé.

Séchage de la morue, source: musée Mac Cord
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Vendredi 03 Février 2012
Les poissons ont la côte
Ecoutons à ce propos, un gastronome du XIXème siècle parlant du Carême :
« Le joyeux carnaval a déjà fui d’une aile rapide ; les funérailles du mardi gras sont achevées, et le mercredi des cendres, triste précurseur du Carême dont il fait partie, a déjà étendu ses voiles funèbres sur l’horizon des gourmands. Son apparition est le signal auquel tout le poil et toute la plume s’envolent […]
Mais rassurez-vous, Gourmands mes confrères ; l’Eglise ne demande point la mort du pêcheur ; elle ne veut que son amendement […] Si elle nous défend le déjeuner, elle nous permet la collation, et cette collation se composant de tous les mets froids, qui ne sont ni oiseaux, ni quadrupèdes, on peut y faire intervenir en toute sûreté de conscience les pâtés de thon, d’esturgeon, de rouget et d’anguille, les sardines confites, les anchois de Fréjus, les huîtres marinées de Granville. »
Les pratiques restent pourtant assez semblables qu’aux siècles précédents. Les poissons frais sont toujours mangés par les habitants des bords de mers et de lacs ou de rivières. Ailleurs, pour des raisons de conservation, les poissons salés, séchés et fumés sont beaucoup plus consommés. Le poisson salé le plus populaire est la morue pêchée dans l’Atlantique nord mais qui fut très vire adoptée par les populations des bords de méditerranée à tel point que la brandade et ses variantes sont des plats du patrimoine provençal et languedocien. Mais nous reviendrons sur le cas spécifique de la morue
Des préférences qui évoluèrent
La morue salée et le hareng en caques restent des plats populaires pour les plus riches, il en est autrement. On remarque de nombreuses recettes de poissons frais dans les livres de cuisine à l’usage des cuisiniers, comme les profiteroles de poissons de Pierre de Lune dans « Le Cuisinier », publié en 1656.
Une chose très significative est l’abandon progressif de la consommation des grands mammifères marins : baleine, phoque, marsouin et dauphin disparaissent des livres de cuisine à partir du XVIIIème siècle. A cette époque si les anglais boudaient le poisson, les français l’appréciaient et la considéraient comme plus fin et plus délicat que la viande, même si la consommation moyenne de poisson au milieu du XVIIIème siècle n’est que de 2, 5 kg/pers/an, un chiffre qui restera constant jusqu’au milieu du siècle suivant. Ensuite elle augmentera : 6 kg/an/pers en 1913, puis 10 kg avant la 1ère guerre mondiale.
La cuisine du poisson s’affine et s’améliore, les poissons étaient très souvent cuits au court-bouillon et accompagnés de beurre et de crème et souvent noyés de sauce, en particulier au XIXème siècle.
Voyons ce qu’en dit notre gastronome qui à l’(occasion nous offre un panorama des recettes de poissons les plus prisées:
« Les habitants de l’élément humide sont de leur nature la plupart inodores et fades, et pour paraitre avec éclat sur une table splendide, pour être reçus avec complaisance dans le palais d’un gourmand, et traverser avec gloire son œsophage, ils ont besoin de subir une foule de préparations savantes dont le vulgaire ne se doute seulement pas […]
Si m’on en excepte les fritures, qui même exigent, pour être bonnes et croquantes, un degré de savoir et d’habitude qui n’est pas très commun, toutes les autres préparations auxquelles le poisson est appelé réclament une longue expérience, et un »e connaissance approfondie des plus hautes secrets de la cuisine ; et, pour nous borner à un seul exemple, un court-bouillon bien fait est l’écueil du talent d’un artiste ordinaire ; les Robert, les Véry, les Morillon, les Baleine même ne sont pas trop bons pour en faire un sans faute.
Et si du court-bouillon nous passons aux béchamels, aux filets roulés, aux quenelles aériennes, au godiveau maigre, aux paupiettes de merlans, aux rissolles, aux terrines et aux timbales de soles, aux macreuses à la braise, aux turbotins farcis, à l’esturgeon à la Sainte-Menehould, aux filets de barbue glacés au vert-pré, à l’esturgeon grillé en gribelettes, aux hatelettes d’anguille, à la blanquette de lottes, aux brochetons aux fines herbes, aux lamproies à la provençale, ç l’anguille en boudin blanc, aux darnes de bécart grillés, etc.etc. […] et telle anguille, tels brochets, piqués de truffes er d’anchois, à la broche valent bien un gigot… »
Des progrès techniques et une hausse de la consommation de poisson.
Si les français consommèrent davantage de poissons à partir de la 2ème moitié du XIXème siècle, ce fut grâce aux progrès techniques. Jusqu’alors les techniques de pêche n’avaient guère évoluées et pour simplifier on peut dire qu’on pêchait au XVIIIème siècle comme 2 siècles auparavant. Les flottilles de pêche étaient importantes, mais les petites embarcations pour une pêche côtière dominaient. Certes les marins basques, bretons et normands bravaient les eaux glacées et les tempêtes d’hiver pour aller pêcher dans l’atlantique nord mais leur pêche étaient salée et ramener à terre pour être séchée. L’arrivée du chalut et surtout du moteur va considérablement modifier les choses. Des navires plus rapides, puis dotés de chambres glacières pouvaient pratiquer une pêche hauturière et ramener des poissons encore frais pour être vendus à la criée.
C’est à cette époque que les conserveries de poissons se développèrent, grâce à Mr Appert et à l’invention de la boite de conserve en métal, les poissons qui étaient mis en saumure, fumés, séchés etc. sont mis en conserve et surtout prêts à l’emploi. Les sardines, maquereaux, anchois, chinchards et thons sont alors les fleurons des conserveries qui se développèrent tout le long de la côte atlantique.
Mais c’est surtout le chemin de fer et la réfrigération puis la congélation qui permirent à la consommation des poissons de décoller. Les villes sont ravitaillées rapidement en poissons frais et les étals des poissonniers offraient un une grande variété de poissons aux clients.
« Lorsque le carême est arrivé, l’on a repris peu à peu l’habitude des jeûnes et de l’abstinence, et l’on a renouvelé connaissance avec les marchandes de salines, de marée et de poissons d’eau douce […]
Ces marchandes sont en grand nombre à la Halle : les unes, comme mesdames Penrey et Jacob, ne vendent que de la morue salée et dessalée ; les autres, comme madame George, n’étalent que du poisson de mer, ; celles-ci, comme madame Dieu, n’ont de commerce qu’avec les montres, et leurs boutiques sont toujours entourées d’esturgeons, de saumons, de turbots d’une grosseur démesurée, et dignes, lorsqu’ils sont frais (ce qui, à la vérité n’arrive pas toujours), de parer la table des immortels. Toutes ces dames sont plus ou moins traitables selon que le thermomètre est plus ou moins élevé.
Quant aux marchandes de poisson d’eau douce, dont la plus considérable est madame Desnoeuds, qui en revend à toutes les autres, leurs manières sont beaucoup plus soumises aux influences de l’atmosphère et à l’état de sa température. Leur marchandise vivante se joue dans des baquets d’eau claire des besoins de l’acheteur. Les brochets le mordent vigoureusement ; l’anguille glisse de la main de celui qui ne veut pas y mettre le prix ; la carpe, en se débattant, fait mille sauts pour s’en moquer ; et l’écrevisse, tout en reculant, le pince jusqu’au sang. Il en résulte que le poisson d’eau douce est toujours inabordable à Paris, et que la marée ne l’est guère moins. Il est vrai que cette dernière n’est pas toujours intraitable, et qu’elle se laisse autant plus facilement aborder, qu’elle est moins digne de l’être : c’est une coquette sur le retour, qui se montre avenante lorsqu’elle sait que son règne commence à passer ; qui devient d’autant plus facile, qu’elle voit diminuer le nombre de ses adorateurs, et qui s’offre à tout le monde lorsque chacun s’en éloigne. »
Moralité : la fraicheur du poisson n’était pas toujours au rendez-vous et leur prix augmentait quand la demande était grande. Cette tendance n’est donc pas d’aujourd’hui !!!
Plus tard, les bateaux de pêches, équipés de chaluts, peuvent directement transformer et congeler les poisons pêchés sans avoir besoin de revenir au port. Ces bateaux-usines fournissent directement les marques de produits surgelés et les bacs des grandes surfaces. Les filets frais et morceaux panés ont certainement contribué à la hausse de la consommation de poisson en raison de leur facilité de préparation et de leur distribution en grande surface où la majorité des gens font (hélas) maintenant leur course.
On remarque qu’entre la conserve et le poisson pané surgelé les préférences des consommateurs ne vont pas vers le qualitatif (même s’il existe d’exquises conserves de sardines en boite) mais vers ce qui n’a pas besoin de cuisine et de préparation. Nous sommes bien loin du repas gastronomique qui fait, parait-il, la gloire de la France !
Tous les textes sont extraits de « Le Gastronome Français ou l’Art de bien vivre », recueil de textes émanant des plus illustres auteurs du Journal des Gourmands, publié à Paris en 1828.
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Vendredi 27 Janvier 2012
la pêche à la baleine

Source: wikipedia
La baleine a inspiré de très belles pages de la littérature, il y eu Jonas avalé par la baleine narré dans la Bible, le superbe roman de Melville Moby Dick et son capitaine Achab, obsédé par la baleine blanche. Même Pinocchio fit un séjour dans ses entrailles. Maintenant en voie de disparition, mais encore pêchée à des fins « scientifiques », elle n’a cessé d’intriguer les hommes en raison de sa taille, de son comportement et ce ne fut qu’en 1753 que les scientifiques la classèrent parmi les mammifères. Quelques mystères disparaissaient, mais les baleines continuaient à fasciner : leurs chants, leurs sauts extraordinaires et si beaux, leurs migrations et leur manières de vivre en groupes soudés sont étonnants.
Dans le Golfe de Gascogne
En Aquitaine, seuls quelques échouages sur les plages nous rappellent qu’elles furent nombreuses à nager dans nos eaux marines. Ce ne fut que dans cette province que la baleine fut pêchée dans le golfe de Gascogne par les pêcheurs basques et gascons. Une pêche très lucrative qu’offrait la baleine franche nommée ainsi car elle ne coulait pas une fois harponnée et blessée, ne risquant pas d’entrainer les frêles barques et leur équipage par le fond. Car la pêche à la baleine était une pêche dangereuse, un coup de queue, un abordage et la barque et ses occupants disparaissaient à tout jamais. Mais les pêcheurs prenaient tous les risques car tout était utile en cette époque si lointaine, le Haut Moyen-âge, XI-XIIèmes siècles, et ces fiers marins bravaient leurs peurs et les superstitions pour embarquer lors des tempêtes d’équinoxes courser les baleines qui passaient près des côtes.

Source: wikipedia
Un duel incertain
Les adversaires sont en place.
Dans l’eau la baleine, énorme animal de plusieurs tonnes qui, grâce à des particularités physiques, se déplacent avec une grande facilité et une grande légèreté. En effet, un squelette très léger lui permet de fendre les flots en se riant de la densité de la mer. L’épaisse couche de graisse sus la peau allège son poids et lui procure une protection contre le froid. Ses plongées en apnée, très longues, lui permettent de se déplacer et de se nourrir à l’abri des regards. Perpétuellement en quête de nourriture, elle se déplace sans cesse et ses voyages l’emmènent une fois par an dans le golfe de Gascogne près des côtes du Pays basque.
Sur la terre, un peuple de pêcheurs qui pratiquent une pêche côtière. De rudes marins qui plaçaient des vigies sur les hauteurs pour repérer le passage des cétacés. Une fois prévenus, ils mettaient à la mer des chaloupes assez légères et ramaient à la poursuite des baleines. En plus des rameurs la chaloupe embarquait des harponneurs. La baleine repérée ils s’en approchaient par l’arrière et le harponneur debout à l’avant lançait son harpon. Reliée à la baleine par un filin, les pêcheurs s’en approchaient le plus près possible pour lui donner le coup de grâce en lui perforant les poumons avec une lance. C’était le moment le plus dangereux, la baleine blessée se défendait, à tout instant, un violent coup de queue, un plongeon, un choc et la chaloupe se fracassait entrainant l’équipage dans une mort certaine.
Si les pêcheurs étaient vainqueurs, la baleine était ramenée à la rame vers le rivage, tirée par la chaloupe. Une fois hissée sur la plage, hors d’atteinte de la mer, les pêcheurs la dépeçaient en vitesse. Toute la population aidait à la tâche car la baleine était une manne pour ces populations démunies et pauvres. La langue était toujours offerte au seigneur du lieu. La viande et la graisse était partagées entre tous les villageois ainsi que les os qui remplaçaient le bois dans les constructions ou servaient d’éléments décoratifs. L’ivoire sculpté ou gravé et les fanons servaient de manches à touts sortes d’instruments avant de conter les robes et les ombrelles des belles élégantes. Et l’ambre fixait les parfums, donc pouvait être vendue fort cher.
Les viandes étaient découpées en lanières et fumées ou séchées pour une consommation ultérieure. Et la graisse nourrissait et éclairait. Découpés en morceaux, elle était fondue dans des chaudrons sur des grands feux et conservé dans des pots. Utile dans les lampes à huile et comme graisse alimentaire. Tout était bon dans la baleine.
Cette pêche côtière ne prélevait chaque année qu’un nombre très restreint de cétacés respectant l’équilibre. Certaines « chasses » à la baleine étaient parfois beaucoup plus meurtrières pour les hommes que pour les baleines.
Il commença à en aller autrement lorsque les explorateurs découvrirent Terre-Neuve, le sanctuaire des baleines.
La compagnie baleinière du Nord et le début d’un duel inégal
Cette compagnie fit créée par le cardinal Mazarin en 1690 après que les côtes du Québec et du Labrador furent explorées et que des armateurs commencèrent à armer de gros navires pour la pêche à la baleine au grand large « les Terre-neuvas ». On passe à une pêche d’une autre dimension. Les bateaux équipés de four en brique pour fondre la graisse n’avaient plus besoin de revenir à terre après chaque prise et augmentaient les possibilités de capture. Les basques, les hollandais et les britanniques et les habitants de Terre-Neuve se côtoyaient dans les eaux et dans les ports de Terre-Neuve où des relais commerciaux s’étaient implantés, l’huiles et les produits dérivés de la baleine formaient la base de ce commerce.
Les conséquences de cette pêche importante ne furent pas aussi désastreuses qu’elles le furent aux siècles suivants quand la pêche à la baleine s’intensifia. Durant la première moitié du XIXème siècle, de 30 000 à 50 000 cétacés furent exterminés par an ce qui eu pour résultat une raréfaction des stocks de baleines. Il faut dire que tous les peuples s’y étaient mis dans toutes les mers du monde. Baleines et cachalots furent harponnés (par des canons à harpons plus efficaces et précis) du Groenland à la Patagonie. Les navires à vapeur très rapide avaient remplacé les voiliers et les cétacés les plus rapides pouvaient être rattrapé : baleine bleue, à bosse, Rorqual commun, cachalots etc.
2 décembre 1946, la Commission baleinière internationale réunie à Washington décide d’un moratoire sur la pêché à la baleine qui décide de réductions annuelles de pêche excepté pour les populations dont c’est l’unique ressource comme les Inuits.
Certaines nations ont obtenu des dérogations telles la Norvège et surtout le Japon qui sous couvert de pêches scientifiques continuent à prélever des prises sur des populations de baleines en voie d’extinction.
Les baleines ne présentent plus le même intérêt pour les pêcheurs qu’autrefois. Seuls les japonais consomment encore leur viande et els Inuits évidement mais eux aussi sont en voie de disparition et ils prélèvent un quota tellement faible qu’ils ne sont pas une menace pour elles. Les progrès de la chimie font que la graisse, les fanons et l’ambre sont remplacés par des produits de synthèse. Les os ne servent plus et l’ivoire est interdit. L’alibi d’une pêche culturelle au Japon commence à perdre de sa force et les ports baleiniers déclinent.
Les échouages fréquents de cétacés nous interpellent sur la précarité des ces mammifères marins victimes maintenant de la pollution des mers très dangereuse pour des populations affaiblies. A cela s’ajoute maintenant le réchauffement des océans…
Cétacé dit la baleine!

Pour compléter cet article, quelques chants de baleines.
Mots-clés : pêche

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Vendredi 20 Janvier 2012
Pêche et transport du poisson avant la Révolution

Manuscrit Bnf
Pêche en mer et conservation des poissons
On se rend compte qu’en raison de la lenteur des transports – pour rallier une ville située à 30 lieues il fallait compter un jour de voyage-, la part belle était faite aux poissons d’eau douce dans cette région de lacs et que la plupart des poissons de mer étaient salés.
Sur les côtes vivaient d’importantes communautés de pêcheurs qui pratiquaient une pêche quotidienne côtière. Ils partaient sur la mer en barque ou chaloupes à rames et pêchaient à la ligne et au filet ou posaient des casiers. Lors de la migration de certains poissons, tel le maquereau, les pêcheurs pratiquaient une pêche collective en tendant des filets à pied sur les grèves et autour des petits ilots rocheux
Ils ramenaient chaque jour leur pêche et la vendaient sur le port aux acheteurs qui attendaient leur retour. Presque tous les poissons non vendus étaient séchés, les sècheries étaient très nombreuses tout le long du littoral et salés et pressés, comme les sardines.
Pour la majorité des populations, le poisson des jours maigres le plus consommé était le hareng. Les pêches étaient immédiatement traitées dès l'arrivée des poissons au port pour être conservées et envoyées vers les villes. Le hareng pouvait être soit fumé, c'était le hareng saur, soit séché ou poudré, légèrement salé et recouvert d'une fine couche de sel semblable à de la poudre, soit caqué, c'est à dire mis en saumure dans des tonneaux.

Hareng, Bnf
Le thon était essentiellement pêché en Méditerranée et toutes autres espèces de poissons là où elles le sont encore quand elles n’ont pas disparues ou ne sont pas devenues rares. La sardine et le maquereau étaient très abondants sur les côtes atlantiques et ont généré très vite un artisanat important de sécheries et de salaisons. Mais beaucoup d’autres espèces étaient séchées et salées ; le lieu le congre, le merlu, le rouget, la raie etc. Séchage et salaison permirent un transport sans risque de corruption jusqu’à l’invention du froid électrique et l’artisanat de la conservation employaient une main d-œuvre abondante, par exemple au XVIème siècle, les pêcheries du Cap Sizun en Cornouaille employaient 1400 personnes. Il s’agissait d’un séchage à l’air libre sur claie de bois. On conservait aussi les sardines, cuites et recouvertes de beurre dans des bocaux ou des boites en fer.
Lorsque la taille des bateaux de pêche augmenta, les marins pêcheurs se déplaçaient avec leurs navires sur les lieux de pêche, de Granville et même du havre et de Dieppe ils venaient vers Saint Brieuc et Dinard.

Pêche au lamparo, Bnf
Transport et commercialisation des poissons
Transporter et vendre la marée fraîche restèrent longtemps de véritables problèmes. En hiver, il y avait peu de problème de conservation, mais dès que la température remontait les difficultés commençaient. Les poissonniers des villes passaient des contrats avec des chasse-marées qui devaient fournir des poissons encore vivants, lorsque les poissons étaient livrés morts, leurs prix baissaient. Toit le monde avait intérêt à transporter et acheter des poissons vivants et frais donc consommables par les particuliers.
Pour le transport les poissons étaient recouverts d’herbes fraîches et d’algues qui étaient régulièrement arrosées d’eau fraiche. Le transport s’effectuait par charrettes, un moyen beaucoup assez rapide et qui dura tout au long de l’Ancien-Régime. On connait la légende de la marée qui n’était pas arrivée à temps et qui causa le suicide de Vatel. Il était important de fournir les grandes maisons nobles et les poissonniers en marchandise fraîche.

Marchands de lamproie, Bnf
En ville, les poissonniers détaillent les poissons sur les étaux. Les poissons frais étaient présentés dans des paniers et des bourriches enveloppés d’algues ou d’herbes tels qu’ils avaient été transportés. Les poissons séchés, salés et fumés présentés dans des tonneaux dans lesquels ils étaient pressés étaient vendus à part le plus souvent sous la halle commune.
Les poissons invendus étaient transformés en pâtés, tourtes et gelées qui connaissaient, nous l’avons vu, une grande vogue et étaient très appréciés d’un public qui mangeait souvent dans la d rue et achetait fréquemment des nourritures prêtes à manger.
Exemple les profiteroles de poissons
de Pierre de Lune, dans le Cuisinier paru en 1656
Farcissez trois ou quatre petits pains à la mode (pain de mie) après les avoir fait sécher (au four) ; ôtez la mie de pain pour le faire. Faites une farce avec chair de carpes et d’anguilles, avec laitances, petits champignons, fines herbes, assaisonnez de sel, muscade. Faites cuire le tout dans un plat ou dans un pot avec un peu de beurre, demi-verre de vin blanc ; farcissez vos pains, et les faites mitonner avec bouillon de poisson ou naturel. Quand vous voudrez servir faites un coulis avec des amandes pilées, jaunes d’œufs crus, un peu de blanc de champignons et grains de grenade.
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Vendredi 13 Janvier 2012
La pêche en eau douce sous l'Ancien régime

Brochet
La pêche en eau douce
Hors des zones côtières, on consommait surtout des poissons d’eau douce pêchés dans les rivières, les lacs et les étangs. Les lacs et les étangs avaient une grande importance, la plupart appartenaient à des seigneurs religieux ou laïques qui les affermaient. Aux fermiers le soin d’entretenir et de contrôler les populations de poissons. Beaucoup vendaient des droits de pêche dans ces étangs et ces lacs, cependant pour éviter le dépeuplement, il existait des règles strictes sur les manières de pêcher, les périodes autorisées et sur la taille des poissons pêchés. Les rivières appartenaient à tout le monde, la vente de poissons rapportait des revenus appréciables. Là aussi les mêmes règles existaient, et là aussi il y avait beaucoup de braconnage.
Les pêcheurs professionnels construisaient des viviers le long des berges pour conserver les poissons , tels les anguilles et les brochets, et les revendre plus tard. Charlemagne, dans le Cpitulaire de Villis, conseillait la création de viivers dans les domaines et la vente des poissons qui y étaient pêchés devait être faite par les intendants.
Lors de la migration des pissons: anguilles et civelles ou pibales, lamproies, aloses, saumons de grandes pêches étaient organisées. Les poissons étaient vendus frais, et séchés ou salés et pressés pour être vendus et consommés ultérieurement.

Manuscrit Bnf
En France deux régions riches en eaux douces, canaux et étangs ont développé un art de vivre pérène autour de l’exploitation des eaux.
La Brière
La grande Brière est située entre l’estuaire de la Loire et celui de La Vilaine, au nord de la ville de StNazaire et à l’est des marais salants de Guérande. C’est 40 000 hectares de tourbières et de roselières, d’îles et de levées, de canaux et de coulines, de marécages et de marais, des piardes et de prairies, de villages aux maisons aux toits de chaumes. Depuis longtemps ont y exploite la tourbe et les roseaux, on pratique la pêche et l’élevage.
Les briérons péchaient traditionnellement diverses espèces de poissons et tiraient sur les canards qui y foisonnaient. Que ce soit au carrelet, à la bosselle (nom que l’on donne aux nasses) ou à la fouine, anguilles et civelles étaient régulièrement pêchées et fournissaient une nourriture appréciée, cuisinée en matelote, cuite ou fumée au feu de bois. Le roi des poissons, le brochet, était prise plus exceptionnelle mais d’autant plus goûtée. Les poissons emblématiques de la Grande Brière : épinoches, perches franches, chevaines, tanches, brèmes, gardons, et rotangles assuraient la nourriture ordinaire des briérons. On pouvait aussi y trouver des espèces d’eau salée dans les zones occidentales comme le bar, la plie, la sole, l’éperlan, le mulet, le gobi, le sprat, l’alose et la lamproie qui ont maintenant totalement disparues des eaux de Brière. Pour une population pauvre qui vivait des ressources du marais, ces poissons étaient une aubaine et le spectacle du pécheur dans son chaland relevant son carrelet, ses nasses, traquant l’anguille avec sa foëne était un spectacle quotidien.
Dans les marais s’était établi un équilibre biologique naturel avec une grande diversité des espèces
aquatiques et végétales qui servaient d’abris et de nourriture.

Carpe, manuscrit Bnf
La Dombes
Les hommes y ont créé une tradition de pêche originale qui s’est transmise et pérennisée permettant le maintien des activités humaines.
La Dombes est un plateau qui fut envahi par le glacier dit du Rhône à l’ère… glaciaire. Lorsqu’il se retira, il y a 25 000 ans quand la terre se réchauffa, il laissa derrière lui disséminées un peu partout dans ce qui allait devenir la Dombes des dépressions plus ou moins profondes recouvertes d’un dépôt d’argiles morainiques. Ces dépressions furent peu à peu remplies d’eau et la région devint alors un immense marécage insalubre. Il resta dans cet état jusqu’au XIème siècle, époque à laquelle les hommes et plus particulièrement des moines décidèrent à rendre plus prospère et viable cette région malsaine, infestée de moustiques et périodiquement la proie d’épidémies de paludisme. Les étangs les plus profonds, les leschères (qui signifient en parler local, endroit où pousse la laiche, une herbe aquatique) furent alevinées pour en faire des étangs piscicoles.
Mais auparavant les moines firent quelques travaux préliminaires nécessaires à la création d’une mise en valeur très originale du terrain. Les étangs ont été creusés dans les dépôts morainiques en
marquant une légère pente qui allait permettre l’écoulement des eaux lors de la vidange de l’étang. Car les moines ont mis au point une technique ingénieuse en pratiquant une alternance d’inondations et d’assèchements des étangs tous les deux ans. La période d’inondation fut appelée évolage et celle d’assèchement assec.
Ils inventèrent et fabriquèrent pour ce faire des thous : sorte de petite écluse que l’on relève
lorsqu’on veut vider l’étang. Ils creusèrent également sur un côté de chaque étang un bief très utile comme le verra.
Comment procède t-on ?
L’évolage
Pendant deux ans l’étang est en évolage, c'est-àdire qu’il est plein d’eau il sert à la reproduction et
à l’élevage des poissons, on l’appelle un étang de pose. Au bout de deux ans à l’automne a lieu une pêche réglée. L’étang est vidé, l’eau s’écoule par le thou qui est relevé et envahit le terrain d’à côté. L’eau se vidant, les poissons de réfugient tous dans le bief, un peu plus profond qui contient encore de l’eau.
Les pêcheurs s’organisent alors pour récupérer tous les poissons, ils utilisent un long filet lesté de plomb qui balaye le fond de l’eau. Ils déploient ce filet et le tirent tous ensemble en ramenant les poissons vers la rive. Alors, armés d’épuisettes, appelée arvaux, ils récupèrent les poissons et les déposent dans un grand baquet d’eau, les gruyères, d’où ils sont ensuite extirpés, triés, pesés et vendus. Les acheteurs sont des négociants qui les transportent vers les lieux de vente dans des camions viviers, mais ce peut être aussi des amateurs. Beaucoup sont envoyés à la coopérative et les plus gros sont vendus pour être consommés et les plus petits servent à repeupler les étangs inondés.
L’assec
Cet étang vidé redevient alors un champ qui s’assèchera complètement. Enrichi des déjections des poissons et des oiseaux aquatiques ainsi que par les plantes, engrais naturel, ce champ sert de pâturages ou est mis en culture, blé ou avoine et de plus en plus en maïs.
Et deux ans plus tard il est de nouveau remis en eau et le cycle continue.
Mots-clés : pêche
, poisson 
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Vendredi 06 Janvier 2012
Le moyen-âge chrétien et le triomphe du poisson.
Après la chute de l’empire romain, les invasions barbares, l’Occident pansait ses plaies et s’organisait. C’était un Occident chrétien qui se mettait en place, des sociétés où l’Eglise tenait un très grand rôle et impose aux hommes et aux femmes un grand nombre de jours maigres : 166 par an. Les poissons devinrent une ressource alimentaire primordiale pour ces populations chrétiennes, poissons de mer dans les régions côtières et poissons d’eau douce partout ailleurs, frais, fumés, salés, en saumure, séchés, les seuls moyens de conservation connus alors.

Carpe
La cuisine du poisson au Moyen-âge.
Parmi les recommandations que fait l’auteur du « Ménagier de Paris » à sa jeune épouse, il lui propose un dîner de poisson pour le carême :
- Premier mets : pommes cuites, grosse figues de Provence rôties avec feuilles de laurier sur le dessus, le cresson et le soret (harengs saurs) au vinaigre, purée de pois, anguilles salées, harengs blancs, gravé (sorte de potage) sur friture de mer et d’eau douce.
- Second mets : carpes, luz, soles, rougets, saumons, anguilles renversées « à la boue » (sauce au pain brûlé) et arboulaste (plat aux fines herbes)
- Troisième mets : pimperneaux (anguilles) rôtis, merlans frits, marsouin poudré à l’eau et fromenté, crêpes et pâté norrois (de foie de morue).
Plus loin, il écrit les recettes de soringue d’anguilles, espimbêche de rougets et de chaudumée (ragoût) de brochet et quelques conseils concernant la manière de préparer les sardines : « vidées, cuites en eau et mangées à la moutarde » et le hareng qui était consommé tout au long de l’année : « Hareng nouveau commence en avril et dure jusqu’à la Saint Rémi, début de la saison des harengs frais ; on les cuit dans l’eau, dont on se sert ensuite pour faire la bonne grosse soupe que l’on mange avec du vieux verjus, mais avant, et aussitôt que le hareng est cuit et ôté de la bassine, on doit le mettre en belle eau fraîche, et il faut le nettoyer et ôter les écailles, la tête et la queue. »
Des conseils avisés pour une jeune femme qui doit tenir une maisonnée comprenant, outre le couple, des serviteurs et qui doit recevoir.

Hareng au milieu
Menus de jours maigres
Ce sont mœurs et recettes de bourgeois. Pour les princes et les hauts personnages, les jours maigres étaient tout autant observés et les cuisiniers des châteaux inventèrent maintes recettes pour satisfaire l’appétit des convives. Les écrits sont peu nombreux, mais il en est un qui pour enseigne de manière remarquable et détaillée sur la gastronomie médiévale, il s’agit « Du fait de cuisine » de Maitre Chiquart, cuisinier à la cour des ducs de Savoie au XVème siècle. Maitre Chiquart a dicté son traité de gastronomie qui nous renseigne dans les moindres détails de son travail : approvisionnement, gestion du personnel et du matériel, organisation des banquets. Il donne par exemple les menus pour trois jours de banquet au Château de Ripaille. Dans les menus ordinaires, les plats de poissons alternent avec ceux de viande, toutes sortes de poissons de mer et d’eau douce :
mulets,
brochets,
harengs,
carpes,
turbots,
saumons,
raies,
esturgeons,
sardines,
soles,
anguilles,
anchois,
lamproie,
dauphins,
en brouet, arboulaste, frits, en sauce et en tourte.
Pour les menus des dîners de poissons il donne les recettes suivantes :
brouet d’Allemagne au féra,
brouet de Savoie de plie,
lamproie grillée aux épices,
tartes de poisson aux fruits confits,
tourte parmesane au thon,
dauphin frais au vin clairet,
brouet camelin de lotte à la cannelle,
brouet gorgé,
gravé de poisson,
gelée de poisson au safran,
soringue d’anguille aux oignons,
bouilli de tanches lardées
saupiquet de poisson.
Recettes extrêmement intéressante qui nous apprennent beaucoup sur les goûts et les saveurs des plats de poisson. Les poissons étaient relevés avec des épices, beaucoup d’épices mélangées, et des herbes potagères, mêlés à des fruits frais ou confits, cuits dans le vin, servis avec des sauces aux amandes ou au verjus. Nous sommes très loin de nos manières de cuisiner les poissons.
Voici pour illustrer ce propos deux recettes de Maître Chiquart. La première nous semble étrange et bien loin de nos goûts, la seconde pourrait être encore cuisinée de nos jours.
Tartes de poisson aux fruits confits
- Faites précuire vos poissons (thon, carpe et anguille), puis débarrassez-les de la peau, des arêtes et cartilages. Hachez le tout finement et réservez.
- Prenez les fruits frais ou confits (figues, dattes, raisins, prunes, pignons) selon votre appétence pour le sucré et hachez le tout très fin. Ajoutez le vin blanc et laissez infuser quelques minutes puis passez le tout sans trop presser afin de garder un peu de vin dans la préparation.
- Faites cuire votre pâte (brisée) à blanc et réservez.
- Mélangez vos fruits et les chairs de poisson, puis versez dans une poêle contenant de l’huile d’olive.
- Ajoutez les épices de votre choix (cumin, gingembre, cannelle, girofle, macis, galanga…). Faites cuire quelques secondes à feu très doux.
- Remplissez votre moule à tarte de chair de poissons aux fruits confits.
- Parsemez de pignons, recouvrez de pâte et remettez à cuire jusqu’à coloration.
Soringue d’anguille aux oignons
- Echaudez, pelez, videz et rincez votre anguille et coupez-la en tronçons égaux.
- Pelez et coupez vos poignons en rondelles.
- Cuisez vos pois (blancs) dans l’eau et passez-les au mortier pour en faire de la purée.
- Faites roussir vos tranches de pain blanc. Mettez-les dans un pot en grès. Ajoutez votre purée de pois, le vin clairet, le vinaigre, les épices.
- Filtrez le tout et réservez.
- Faites frire vos rondelles d’oignons dans l’huile d’olive.
- Ajoutez votre anguille sur vos oignons et ajoutez la sauce au vin clairet.
- Laissez réduire, rectifiez l’assaisonnement et servez dans un beau plat.
Cette recette est plus sophistiquée que la soringue de l’auteur du Ménagier : "dépouillez à la vapeur ou écorchez, puis tronçonnez vos anguilles ; ayez alors des oignons cuits, en tranches rondes, et du persil effeuillé ; mettez le tout à frire dans l’huile ; puis broyez du gingembre, de la cannelle, du girofle, de la graine (de paradis) et du safran, délayez de verjus, et ôtez cela du mortier. Puis, prenez du pain grillé et broyé et délayé de bouillon, et passez-le à l’étamine, puis mettez dedans du bouillon, et faites tout bouillir ensemble, et relevez-le de vin, de verjus et de vinaigre, et que ce soit clairet."

saumon
Les jours de jeûne si nombreux n'étaient pas pour les populations aisées toujours des jours de pénitence et les recettes qui furent mises au pont sont les premières d'une belle tradition de la cuisne des poissons dans notre pays.
Les reproductions de poissons viennent du fond de la BnF
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Vendredi 18 Novembre 2011
La pêche à Rome
A l’ouest des romains, fous de poissons
Les romains étaient fous de poissons quelque soient leurs aspects et ils ne cessèrent d'inventer des plats et des manières de les transformer et de les déguster. Pour cela il fallait organiser la production et les romais en bons adminisytrateurs s'y sont employés.
Avant l’arrivée des romains sur la péninsule italienne, les étrusques pratiquaient la pêche qui était une activité très bien organisée. La pêche au thon était l’activité principale du port de Populania d’après Strabon. Des restes de poissons (longues arêtes), de coquillages – moules et palourdes-, d’hameçons, de poids de filets et de harpons prouvent l’existence de cette activité même si d’autres preuves nous manquent pour savoir comment étaient pratiquée la pêche, vendu et consommé les poissons.

Musée de Sousse
A Rome, les poissons, les coquillages et mollusques marins pêchés à la ligne ou au filet dans la mer ou dans les rivières appartenaient au domaine sauvage au contraire des poissons semi-sauvages qui nageaient dans les viviers. Si les particuliers faisaient construire des viviers dans leurs villae dans lesquels nageaient les poissons qui feraient leur ordinaire lors ces repas, il existait une importante pisciculture pour alimenter les marchés de Rome. Les plus luxueux des viviers comme celui de Lucullus étaient reliés à la mer par des canaux ce qui permettait une alimentation perpétuelle en eau de mer. Les poissons de viviers comme les murènes étaient très coûteux et par conséquent réservé aux riches. Les plus pauvres devaient se contenter de poisson, séché ou en saumure ou des poissons du marché couvert, poissons de haute mer comme le thon dont les effluves faisaient souffrir l’odorat des chalands.

Mosaïque de Pompéi, musée de Naples
Il existait une importante flotille de pêche dans ce pays qui possédait une très large façade maritime. Les besoins en poissons étaient tels à la fois pour approvisionner les marchés urbains et les fabriques de salaisons et de garum que les fonds marins côtiers s'appauvrissaient en raison d'une pêche trop intensive. C'est pour cela aussi que la création de vivivers de grande taille fut nécessaire. Mais cela avait aussi une contrepartie, les poissons des viviers étaient nourris de petits poissons marins, des poissons qui ne grandissaient pas et ne se reproduisaient pas. Il n'existait pas de lois pour interdire la pêche de jeunes poissons et cela a provoqué un déséquilibre entre l'offre et la demande.
La cuisine du poisson
Les poissons frais en sauce les laitances de poissons, les terrines de poissons étaient consommés lors de la cena alors que lors de la gustatio, des coquillages ou des huîtres, plus légers étaient préférés. Dans le hit parade des poissons, le rouget de roche venait en bonne place pour la qualité de sa chair et le spectacle qu’offraient ses écailles lorsqu’il mourait : Pline, HN, IX, 66: « On le voit en extirpant passer par toute une variété de couleurs et se mettre, par la dégradation des teintes de ses écailles rouges, à pâlir, surtout si on l'observe dans une prison de verre. » Ils étaient cuits dans des vases en cristal à tout petit feu qui, tout en empêchant le cristal de se briser, permettait de faire durer l’agonie du rouget dont les couleurs se fanaient lentement. Les gastronomes prisaient les rougets de très grande taille, certains ont atteint des sommes astronomiques lors d’enchères très disputées. Puis venait la daurade, la sole, le loup, turbot et esturgeons et les … murènes au sujet desquelles nombres de légendes couraient comme celle qui raconte qu’elles mangeaient des esclaves jetés vivants dans les bassins. En réalité, les poissons, murènes comprises, étaient nourris de petits poissons pêchés en mer par des pêcheurs. Les murènes étaient des poissons très appréciés : 6000 furent servies lors du repas du triomphe de César, provenant toutes du même élevage, ce qui laisse à penser que ces piscinaria devaient être de taille imposante.
On les apprêtait de sauces très relevées, très colorées dont certaines rappelaient le bleu de la mer dans laquelle ils nageaient peu de temps avant. Seiches et calmars farcis de cervelle ou de farces de viandes et de légumes. Il est vrai que la gastronomie romaine est tombée dans des excès et aimaient dissimuler la nature originelle des aliments. Les poissons n’y échappaient pas. Rien de comparable avec la cuisine ordinaire de la plèbe qui grillait et cuisait les poissons frais au court-bouillon, dessalait les poissons pour une cuisine simple et frugale.
Le romain était accro au garum et sa fabrication était devenue une véritable industrie. Les grecs en consommaient comme un condiment et les romains en avaient fait leur arôme indispensable sans lequel la nourriture n’avait pas de goût. Le besoin en était tel que des centres de fabrication étaient disséminés tout autour de l’ouest de la Méditerranée de Cadix à Naples. Très souvent, les ateliers de production de garum étaient couplas à des établissements de salaison de poissons, ce qui semble assez logique puisque les ingrédients de base du garum sont les tripes, sang et œufs de poisson, surtout maquereau et anchois ou thon, le plus recherché, mis à macérer plusieurs mois dans le sel au soleil. Cela se transformait peu à peu en un jus épais et brunâtre. Tout au long de cette transformation des potions de plantes aromatiques balsamiques y étaient introduites apportant leur parfum. On plongeait un tamis dans ce liquide et à la louche on prélevait ce précieux « sirop » qui était conditionné. Le jus restant au fond appelé « alec » était de moindre réputation et réservé aux classes pauvres comme condiment. Il y avait des crus de garum comme des crus de vins très réputés qui pouvaient atteindre des prix faramineux. Les meilleurs étaient si concentrés que quelques gouttes suffisaient pour aromatiser un liquide ou un plat. Aux enchères, c’était le garum sanguinolent fabriqué à partir de sang et intestins de thon qui était le plus recherché et les plus réputés venaient du sud de l’Espagne, la Bétique. Il existait des ersatz de garum, moins cher tel la muria réalisé avec du poisson-chat pilé ou un garum allongé d’eau, l’hydrogarum beaucoup accessible aux bourses plates.
L’ajout de plantes aromatiques était nécessaire pour masquer l’odeur et conserver ce trésor alimentaire. Trésor car extrêmement riche en acides aminés, en sels minéraux et azote, un supplément alimentaire comme nous disons maintenant consommé dans les plats, la bouillie quotidienne, les sauces et les bouillons. Il y avait de nombreuses fabriques de garum le long du littoral provençal et a donné le pissalat, un condiment culinaire séculaire.
Pendant ce temps, dans un village d’irréductibles gaulois, les poissons d’Ordralabétix et de son épouse Ielosubmarine étaient rarement frais. Conserver la fraicheur du poisson était un véritable problème ce qui explique le recours fréquent au fumage et au salage. Les gaulois habitant les bords de mer pêchaient le long des côtes, le thon et les muges en Méditerranée, le bar et la morue, etc. en Atlantique. Mais, en raison des nombreux cours d’eau qui parcouraient la vaste Gaule, ils aimaient particulièrement taquiner le goujon et autres poissons d’eau douce. Le pêcheur assis au bord d’une rivière sa canne à pêche à la main est un spectacle très ancien dans notre beau pays. L’image du Gaulois belliqueux et braillard en prend un sacré coup ! Les poissons d’eau douce étaient d’autant plus appréciés qu’étant pêchés et mangés quasiment sur place, ne se posait pas de problème de conservation.

Comment ça, il est pas frais mon poisson!
Mots-clés : pêche
, poisson 
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Vendredi 11 Novembre 2011
La pêche en Méditerranée
Le pourtour méditerranéen vit la naissance des premières grandes civilisations organisées qui ont laissé des traces pérennes. Nous avons vu comment l’Egypte gérait la pêche, chez les grecs, les hébreux et les romains elle représentait une activité économique importante et l’organisation de la conservation, de la vente furent gérées par les cités. Chaque civilisation généra des modes de consommation et de cuisine des poissons.
A l’Est de la Méditerranée, chez les grecs
La pêche joua un rôle essentiel dans l’économie grecque antique. La base du régime alimentaire consistait en pain, poisson, vin et huile d’olive. Les poissons provenaient de la pêche côtière, des fleuves et des lacs mais surtout des grandes pêcheries du Pont-Euxin, de la Propontide et des fleuves du nord : le Danube, le Don, le Dniestr, le Boug et le Kouban. Un des soucis des cités grecques de l’antiquité fut leur approvisionnement en poissons. Dès qu’il y avait surpopulation, et le cas était fréquent, les cités créèrent des colonies dans la partie sud de la péninsule des Balkans qui offraient de bonnes opportunités de pêche. Les pêcheurs achetaient des droits de pêche (un des revenus de la cité) et vendaient les poissons, mais aussi le sel, les éponges et les coquillages destinés à la teinture qu’ils pêchaient et ramassaient.
Les cités égéennes vivaient de la pêche, source de nourriture et de protéines animales. A l’inverse des peuples du continent, pasteurs à l’origine, éprouvant une véritable aversion pour la mer, la pêche et les poissons jusqu’à ce que l’immense potentiel d’un littoral exceptionnel sauta aux yeux des certains d’entre eux. A partir de ce moment ils s’embarquèrent sur des bateaux et, devenus pêcheurs, travaillaient individuellement et en groupes (pêche au thon) à la ligne, au harpon, au filet et à l’aide de nasse et de casiers flottants. Ils attirèrent crevettes et poissons la nuit à l’aide de lamparos et inventèrent la madrague. Le poisson vedette était le thon consommé frais, salé et à l’huile mais les poulpes, les calmars, les seiches, les cigales de mer, les crevettes, les congres, rougets, daurade, mulets, turbots, mérous, murènes, esturgeons, espadons, etc. n’étaient pas dédaignés, bien au contraire des grecs.
La pêche devint une « techné » fondée sur les propos recueillis auprès des pêcheurs sur leurs méthodes de travail consignés dans un ouvrage collectif, l’Halieutica, lequel contenait aussi un catalogue raisonné des différentes espèces de poissons. Très vite la connaissance de la migration des thons, leurs gites et les meilleurs procédés pour les attraper furent répandus et à Cos furent construites des tours de guets pour la pêche aux thons, ainsi que de grands ateliers de transformations du poisson. Aristote crée l’Ichtyologie, une science qui étudie les poissons et donne une masse de descriptions des poissons.
Nos connaissances sur ce sujet sont très maigres jusqu’à l’époque hellénistique. Alors nous apprenons davantage de choses sur l’organisation de l’industrie de la pêche, la préparation du poisson pour la vente et sa conservation. Le poisson n’était vendu frais que sur les lieux de pêche, le plus souvent il était séché, mis en saumure ou conservé dans l’huile. L’opson, le poisson séché et salé était le plus cher. Nous connaissons un important exportateur de poissons salés et sans doute aussi possédant une industrie de préparation et transformation des poissons, Chairéphilos, qui se vit accorder des droits civiques en échanges de services rendus à la cité à l’époque de Démosthène. Cela montre combien le souci de fournir une alimentation régulière sur les marchés des cités était un souci constant des édiles. D’ailleurs une inscription d’une ville de Béotie montre une liste de poissons avec leurs prix.
Nous ne connaissons presque rien des manières de les cuisiner, grillés sur un feu de bois enveloppés dans des feuilles de figuier, au court-bouillon ou rôtis, bouillis avec des céréales, braisés et en friture à partir du Vème siècle. Les poissons pouvaient aussi mis dans des cocottes placées sur des supports au dessus du foyer ou de braseros portatifs. Hippocrate conseillait la consommation de poissons de mer et d’eau douce et celle des coquillages, il cite un bouillon d’huîtres. Il nous apprend que le garum était fabriqué à Corinthe et Délos. Les poissons crus pouvaient être des apports d’eau pour les Ichtyophages, cités par Hérodote, populations monophages des côtes d’Afrique et d’Asie. Mais nous sommes là davantage dans le domaine du fantasme que dans la réalité.

Amphitrite, musée du Louvre
Amphitrite et Poséidon
Les pêcheurs vénéraient leurs dieux de la mer Amphitrite et Poséidon. Amphitrite, fille de Nérée et de Dioné, était une personnification de la mer. Elle vécut la vie insouciante des filles de dieux jusqu’à ce qu’un jeune dieu, Poséidon, fils de Zeus et de Rhéa, tomba amoureux d’elle, un jour qu’il la vit danser avec ses amies sur l’île de Naxos. Jeune vierge effarouchée, Amphitrite alla se cacher chez le géant Atlas afin qu’il la protège de la convoitise de Poséidon. Mais ce dernier, très épris et vexé de voir la belle Amphitrite se refuser à lui, dépêcha quelques messagers qui charger de plaider sa cause auprès de la belle. L’un d’eux, Delphinos, beau parleur certainement, réussit à convaincre Amphitrite de la sincérité de l’amour de Poséidon. Ce dernier le récompensa en propulsant Delphinos au firmament où il resta définitivement en tant que constellation du Dauphin. Amphitrite épousa donc Poséidon qui à l’occasion troqua son foudre pour un trident. En épousant cette divinité de la mer, il devint une divinité marine. Ils vécurent le parfait amour et eurent trois enfants. Un fils, Triton, et deux filles, Rhodé, mère des Héliades qui donna son nom à une île et Benthésicymé qui partit en Ethiopie.

Poussin, Musée de Philadelphie
Amphitrite parcourait les océans sur son char en forme de coquille trainé par des dauphins et des chevaux marins et accompagnée d’une troupe de Néréides et de Tritons. Pour oublier les infidélités de son mari ? Ou peut-être pour aller se venger lorsqu’elle transforma l’irrésistible (aux yeux de Poséidon) nymphe en monstre. Déesse des mers mais néanmoins femme jalouse.
Les sirènes d’Homère étaient-elles des poissons ?
Et bien, non, si les syriens possédaient une déesse à queue de poisson, Dercéto, les sirènes de la mythologie grecque étaient des créatures mi-femme, mi-oiseau, pourvu d’un corps d’oiseau surmonté d’une tête de femme. Mystérieuses et dangereuses, les sirènes aux voix mélodieuses, attiraient les humains dans le royaume des morts. A l’origine, elles furent des jeunes femmes, compagnes de Persèphone. N’ayant pu l’empêcher d’être entrainée aux enfers par Hadès, elles furent punis en étant affublées de plumes et de pattes d’oiseau. En effet, on imagine assez mal des sirènes se jetant dans la mer pour se noyer ce que firent, de désespoir, celles qui ne réussirent pas à séduire et capturer Ulysse.

Cratère, Le Louvre
Par contre la petite sirène d’Andersen était bien une créature marine à queue de poisson. Car dans la mythologie des pays nordiques les sirènes étaient des ondines, mi-femmes, mi-poissons. A l’origine, créature monstrueuse, elles sont devenues de séduisantes jeunes femmes aux longs cheveux qui attiraient les pêcheurs puisqu’elles devaient se faire aimer par des hommes pour devenir des créatures immortelles.
Et les hébreux
A Jérusalem existe encore la Porte des Poissons à l’emplacement de ce qui était sans doute de marché de la ville où les pêcheurs venaient vendre les poissons. Les hébreux consommaient du poisson mais pas n’importe lesquels car les tabous et interdits alimentaires sont nombreux dans la religion juive. On peut consommer « tous ceux qui ont des nageoires ou des écailles et qui sont dans les eaux, soit dans la mer, soit dans les rivières… Mais vous aurez en abomination tous ceux qui n’ont pas de nageoires ou d’écailles » Sont donc exclus tous les animaux aquatiques fixés sur les fonds et sur les rochers. La belle parabole des pains et des poissons, racontée par les quatre évangélistes, montre bien l’importance de ces derniers dans le régime alimentaire méditerranéen.
Mots-clés : pêche
, poisson 
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Analyse sur un ton léger des rapports des femmes au vin de l'Antiquité à nos jours, les interdits, les tabous, les transgressions, se ponctuant par quelques portraits de femmes du vin contemporaines.
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