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Boire et Manger, quelle histoire !
Le blog d'une historienne de l'alimentation

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Mardi 04 Janvier 2022

 

Le titre choisi par l’auteur montre une inversion de la transmission. Chloé Boulot dédie son livre à toute sa famille, premier jalon d’une croisade pour convaincre de changer ses méthodes de culture et adopter de bonnes pratiques. Elle livre dans cet ouvrage tout ce qu’elle a appris et pu mettre en pratique lors de ses études et de son stage. Elle est en effet diplômée en Arts appliqués spécialisation en Alternatives urbaines, des apprentissages qui l’ont convaincue de l’importance des intérêts environnementaux et de l’aménagement spatial et lui ont fait découvrir les pratiques anciennes qui sont revenues sur le devant de la scène en regard des dégâts provoqués par une agriculture intensive. Son chemin de Damas fut le potager de sa grand-mère au « sol riche, aéré, plein de micro-organismes et d’insectes » qu’elle compare avec le champ voisin se trouvant derrière une haie bénéfique qui, « cultivé en monoculture de céréales, possède un sol complètement gris et sec, dépourvu de vie, de micro-organismes. »

La première partie de ce court opuscule est purement théorique et raconte l’histoire des techniques mixtes c’est-à-dire l’agriculture intensive très répandue dans l’hexagone et les bonnes pratiques : l’agroécologie, la permaculture et l’agroforesterie qui trouvent de plus en plus de pratiquants. La seconde partie est une étude de cas à Claye-Souilly où Chloé Boulot a effectué son stage de fin d’études. Il s’agit d’un site de 35 hectares, situé à 25 km à l’est de Paris sur les Monts Gardés où est lancé un projet de réaliser un essai agroforestier en remplacement d’un chantier LGV. Une excellente manière de mettre en pratique les connaissances accumulées lors des études et de découvrir les bienfaits des techniques apprises et de les expliquer aux lecteurs : relevés de terre, apport de matières organiques naturelles, importance du paillage et utilisation complice des animaux domestiques, retour à des techniques ancestrales pratiquées dans toute ferme jusqu’au milieu du XXe siècle.

Une fois cet apprentissage terminé, elle retourne dans le potager de sa grand-mère mettre en application ces pratiques vertueuses dans le but de « Changer nos habitudes de cultivation » ainsi que l’auteur le souligne qui « a également été un lien partagé avec ma famille » ajoute-t-elle. Il faut préciser que la cultivation est le travail nécessaire pour mettre la terre en culture, pour cultiver. Elle explique ce partage : « Notamment avec ma grand-mère, avec qui j’ai pu, lors d’un séjour chez elle et d’une visite de son potager, discuter de l’état des sols. Je lui expliqué l’intérêt du paillage du sol, c’est-à-dire qui ne laisse pas le sol à nu, garde l’eau et, en se décomposant, constitue un apport organique non négligeable. J’ai pu faire le parallèle avec les sols des forêts qui sont toujours couverts d’une manière ou d’une autre, notamment par la perte de feuilles en automne. C’est un cercle vertueux et équilibré où chaque élément a sa place et son importance. Il était important de lui dire que ce que la terre nous donne, il faut le lui rendre… » Une leçon qui fut profitable car « en l’espace d’un hiver, le potager entier a été recouvert par tous les déchets organiques. Au printemps, nous pouvions déjà constater l’évolution de la vie souterraine. C’est cet été que j’ai pu constater la différence d’un bout à l’autre de la parcelle ; le terrain étant légèrement en pente, les apports ont tendance à descendre, on pouvait alors avois en haut de la culture, un sol un peu moins riche. Sur ce sol calcaire, on peut constater que dès que l’apport n’est pas suffisant, on retombe vite dans une terre sèche et compacte. »

Ce petit livre, son mémoire de fin d’étude, explique à qui veut réaliser un potager ou se lancer dans une nouvelle activité de culture tous les bons préceptes. L’auteur exprime avec la fierté ses convictions et ses connaissances dans le but de les transmettre. Un livre qui, avec l’enthousiasme des nouveaux convertis, nous livre la passion de son auteur.

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Lundi 13 Décembre 2021

C'était pas simple mon fils

Mon père, paysan du XXe siècle

 Non, vraiment la vie d’un paysan n’était pas simple dans la seconde moitié du XXe siècle. Cette seconde moitié qui bouleversa l’agriculture an prônant la mécanisation et la modernisation. Que de choix cornéliens à prendre !

Cet ouvrage est publié par les éditions du Panthéon et est écrit par Yvan Perreton qui a eu une excellente idée en dressant un portrait vivant qui témoigne de l’existence d’un paysan dans ces années de changement. Le portrait de son père qui témoigne de la vie paysanne dans les monts du Forez. Le XXe siècle, c’était hier et pourtant il semble que ce temps est bien loin des pratiques et soucis actuels. Si loin, pas tant que ça les questionnements de nos sociétés découlant bien souvent des choix qui ont été pris à cette époque.

Dans ce livre Yvan Perreton, à travers la voix de son père, nous emmène au cœur des préoccupations et des préférences en matière d’agriculture que ce dernier privilégia. Certaines allaient à l’encontre des idées nouvelles de son temps mais l’amour de son métier et le respect qu’il avait pour sa terre étaient plus fortes que tout. Il choisit de se moderniser- car certaines nouveautés étaient indispensables dans une époque où le monde agricole souffrait d’une pénurie de main d’œuvre- tout en préservant des pratiques de culture que l’on appellerait maintenant « écologiques », mais que lui considérait comme des traditions, les savoir-faire de ses pères.

« Il a su agrandir et mécaniser la petite ferme familiale de moyenne montagne pour la faire entrer dans la modernité sans jamais perdre son âme de paysan. Il a été un acteur des bouleversements de l’agriculture après la Seconde Guerre mondiale. Du maniement de la pioche et de l’attelage des bœufs, il a gardé le bon sens du terroir, la connaissance du micro parcellaire, l’humilité face aux aléas climatiques. »

Yvan Perreton, historien de formation, et fidèle lui aussi à sa terre natale, allie dans ce livre les qualités et l’exigence de l’historien avec un regard filial, affectueux mais sans concession. D’où ce témoignage juste et sincère des démêlées, des questions insolubles dans lesquelles se débattaient les paysans des années 50 – 60 qui tentaient de comprendre cette course à la modernisation, de s’y intégrer sans trahir leurs expériences venant d’un travail quotidien avec leurs pairs et de leurs études dans les lycées agricoles. Qui a su résister quand il le fallait au miroir aux alouettes. Et un mot comment rester un paysan tout en s’appropriant la modernité et ne pas devenir un « exploitant agricole ». Car le paysan porte dans la racine du mot le lien à sa terre, à ses cultures et à ses bêtes et surtout un vrai respect pour son métier et son environnement. Une vie et un respect qu’il a su faire partager aux estivants qui venaient chez lui car il a su prendre à temps le virage du tourisme rural.

Ce n’était pas si simple en effet de rester fidèle à ses principes, de réussir sa vie familiale quand on n’a ni vacances, ni congés dominicaux à l’heure des congés payés et des week-end revendiqués. C’est un pari que Michel Perreton a fait et a gagné grâce à une vraie foi dans le choix qu’il a fait à vingt ans, à son bonheur familial, à des amitiés pérennes, à l’entraide qui régnait dans ces montagnes et à ses mandats de maire, un autre métier à part entière ainsi que le décrit Yvan Perreton : « Son métier, il l’a exercé dans son village, Palogneux où il s’est beaucoup investi, d’abord à travers l’entraide professionnelle, puis au service de la commune en tant qu’élu municipal : conseiller à partir de 1959, puis maire de 1983 à 2008. Mon père a contribué à l’adduction d’eau courante dans chaque maison. Il est à l’origine de la construction de la salle des fêtes, du classement au titre des monuments historiques de l’église paroissiale et de sa restauration complète, du réaménagement de la place de l’église, de la mise en tourisme du volcan… » 

Le récit de cette existence est une belle leçon de vie, celle d’un paysan libre et heureux qui a connu le bonheur de léguer sa terre à un de ses fils.

« C’était pas si simple mon fils »

Mon père, paysan du XXe siècle par Yvan Perreton

Edition du Panthéon, Paris 


Mots-clés : Technorati, Technorati

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Mercredi 24 Novembre 2021

DON ALIMENTAIRE

Comment s’exprime la fraternité au XIXe siècle ?

  Comment s’exprime la fraternité sous la Révolution ?

Tout ce qui venait de l’Ancien Régime est honni et disparait d’autant que la charité est principalement le fait d’ecclésiastiques et de riches bienfaiteurs.

La Révolution Française avait désorganisé la vie économique engendrant la misère pour des dizaines de milliers d’ouvriers et de domestiques. Difficile d’y remédier les instances dirigeantes d’alors étant assises sur des chaises instables et leurs têtes chutant souvent sous le couperet de la guillotine, il était impossible de créer une assistance aux pauvres pérenne .

 Le Grand Bureau des Pauvres disparait en 1789 et est remplacé après la révolution par le bureau de bienfaisance qui agissait sur le même principe par quartiers et arrondissement et non plus par paroisse. Durant la Convention, on considère que c’est à chaque citoyen de s’occuper de charité et un édit est publié en octobre 1793 en ce sens : "tout citoyen qui sera convaincu d’avoir donné à un mendiant aucune espèce d’aumône sera condamné à l’amende de la valeur de deux jours de travail, au double en cas de récidive"

 
Et Après ?

Sous le Consulat et l’Empire, on fait disparaitre de la vue les mendiants en les enfermant dans des dépôts de mendicité par un arrêt de la cour impériale : « L’envoi en dépôt de mendicité n’est point une peine, mais une mesure de police qui est à la discrétion de l’autorité administrative sans qu’il soit possible aux tribunaux de modifier la clause susdite. »

Cet arrêt disparait à la chute de l’Empire mais continue dans les faits car en 1869 on note 2548 arrestations de mendiants dont deux tiers d’hommes qui sont envoyé à la maison de répression de St Denis. Parallèlement, le 27 nivôse an IX, les hôpitaux de Paris sont réformés, réunis sous une même appellation : Assistance Publique.

Même si sur un plan statistique, le niveau de vie augmentait tout au long du XIXe siècle, et que le chômage baissait, il y avait encore beaucoup de mendiants du fait des bas salaires, des grèves et des accidents de travail, il suffit de lire Victor Hugo et Zola pour la France et Dickens pour l’Angleterre. Lors des grèves, des caisses de solidarité et des quêtes permettaient de nourrir mes travailleurs sans revenus mais encore trop nombreux sont les femmes, les hommes et les enfants qui vivent le ventre creux. Ainsi que le narre Baudelaire dans le Spleen de Paris dans son texte "Le Gâteau" :
«
 Je voyageais […] quand la matière incurable renouvelant ses exigences, je songeais à réparer la fatigue et à soulager l’appétit causé par une si longue ascension. Je tirais de ma poche un gros morceau de pain […] 
Je découpais tranquillement mon pain, quand un bruit très léger me fit lever les yeux. Devant moi se tenait un petit être déguenillé, noir, ébouriffé, dont les yeux, farouches et comme suppliants, dévoraient le morceau de pain. Et je l’entendis soupirer, d’une voix basse et rauque, le mot : gâteau ! Je ne pus m’empêcher de rire en entendant l’appellation dont il voulait bien honorer mon pain presque blanc, et j’en coupais pour lui une belle tranche que je lui offris. Lentement, il s’en approcha, ne quittant pas des yeux l’objet de sa convoitise ; puis happant le morceaux avec sa main, se recula vivement, comme s’il eut cru que mon offre ne fut pas sincère ou que je m’en repentisse.
 »

Alors que faire ?
L’Assistance Publique gère 14 établissements qui accueillent 2 400 000 pensionnaires, pour la plupart des déshérités affamés pour qui une bonne alimentation est importante pour les remettre en bonne santé.
Dans « Le mangeur du XIXe siècle », Jean-Paul Aron donne les chiffres suivants pour l’Hôtel-Dieu : en1847, on octroie par personne et par jour :
373,7 g de pain,
271,8 g de viande ou charcuterie ;
13,4 g de poisson,
6,2 g de volaille,
2/3 d’œuf,
175 cl de lait,
190 g de plantes et légumes frais,
55 g de pommes de terre,
9,4 g de fromage,
10 g de pruneaux,
10 g de beurre et 5 g de matières grasses.
Pour certains l’Assistance Publique étaitsynonyle d'bondance et de bien manger..

Sous la Restauration, on voit apparaitre des manuels de charité à l’initiative du Vicomte de Melun qui vont favoriser la naissance des Sociétés d’économie charitable. La charité est conçue comme une œuvre de miséricorde. Lamennais, Ozanam ou Buchez vont inspirer la doctrine sociale de l’Eglise qui montre l’intérêt d’une certaine élite catholique envers les pauvres et les œuvres caritatives qui vont être créer tout au long du siècle :Les filles de la Charité qui deviendront les Sœurs de St Vincent de Paul, Notre-Dame de la Charité du Bon Pasteur, par exemple. Elles vont jouer un rôle de catalyseur parmi les catholiques et les protestants car aimer son prochain, c’est lui procurer de quoi subsister.  Les œuvres de bienfaisance sont alimentées par des dons et legs privés, les ventes de charité, bien nommées, les souscriptions et quêtes auxquelles s’ajoutent parfois et selon les communes quelques subventions publiques. Certaines femmes de la bourgeoisie ou de l’aristocratie avaient leur « jour » durant lesquels elles distribuaient pain et soupe aux nécessiteux.
A suivre

- 17:13 - rubrique Autour de la nourriture - Permalien - 0 commentaires

Samedi 20 Novembre 2021

DON ALIMENTAIRE

L’assistance aux pauvres

 

Comment cette charité s’organise-t-elle sous l’Ancien Régime en France ? A partir du XIIIe siècle, on remarque les fondations d’organismes charitables à destination des enfants abandonnés, des veuves et des vieillards, des infirmes et des aveugles. A quoi s’ajoute des secours à domicile organisés par des sociétés de charité, des ordres religieux et des confréries qui distribuaient des vivres aux plus nécessiteux.

Par ailleurs l’Hôtel-Dieu de Paris loge et nourrit tous les malades misérables, créé en 1505 l’Hôtel-Dieu n’a comme seule exigence pour y être admis que de ne souffrir que d’une maladie curable. Un régime plus doux qu’à l’Hôpital Général où l’on est amené de force, où les pauvres sont nourris de pain, d’eau et de potage, ce dernier pouvant leur être supprimé en punition de faute et où l’on subit du travail forcé.

Les enfants profitaient d’un autre système d’assistance, Tous les enfants trouvés et assistés étaient envoyés dans divers hôpitaux, l’hôpital de la Trinité dit Des Enfants bleus recevait les enfants d’indigents âgés de moins de cinq ans, l’hôpital des enfants Dieu, dit des Enfants Rouges faisait enseigne de charité et l’Hôpital Notre Dame de la Pitié. N’oublions pas les maisons du Port Saint Landry. : « Qu’il se trouve par les rues de Paris quelque enfant exposé […]Il se doit porter aux Enfants Trouvez à Nostre Dame, en la maison destinée pour les nourri et les allaicter, qui est auprès la maison épiscopale et fait la bas d’une ruelle descendant à la rivière. » écrit Boucher à propos des maisons de Saint Landry dans le Trésor du droit français. Saint Landry qui en 651 vend de la vaisselle et des vases sacrés pour secourir des affamés. »

Dans la ville de Moulins en février 1566 une ordonnance est promulguée dans laquelle on peut lire : « et outre ordonnons que les pauvres de chacune ville, bourg ou village, seront nourris et entretenus par curé de la ville, bourg ou village dont ils seront natifs et habitants, sans qu’ils puissent vaguer et demander l’aumône ailleurs au lieu duquel ils sont. » C’est un système d’assistance communale qui peut exister car François Ier avait institué une taxe des pauvres en 1544 qui était récolté par le Grand Bureau des Pauvres qui gérait le secours aux miséreux dans la ville de Paris. On peut imaginer que cette mesure a été imité partout en France.

Ce qui d’autant plus vraisemblable que les paroisses étaient divisées en quartiers où œuvraient une dame de charité qui visitait les pauvres et leur versait des secours en argent et en nature. D’un côté cette dame de charité ne distribuait pas seulement ses propres aumônes ais aussi les secours donnés par une caisse alimentée par des dons, des legs et des quêtes. D’autre part, les pauvres devaient adresser une requête pour obtenir des secours.  Le fonds des pauvres, institué par Colbert, versait 80.000 livres aux clercs de Paris qui les distribuaient en majeure partie en nature : vêtements, nourriture et bois de chauffage.

Jusqu’en 1544, la direction des secours à domicile et la police des pauvres et des mendiants étaient sous le contrôle du Parlement.

Des communautés religieuses distribuaient des soupes et du pain. Comment savoir à qui distribuer les subsides nécessaires ? Les curés et marguillers de chaque paroisse, assistés de notables, élisaient plusieurs bonnes personnes pour visiter les pauvres une fois par semaine ou davantage en cas de besoin. Les caisses de secours étaient alimentées par une taxe perçue dans chaque paroisse pour l’entretien de la « Communauté des pauvres » et chaque ville du royaume de France prenait soin de ses pauvres.

Les personnes qui assistaient les pauvres se regroupaient en confréries. Ces mutuelles-assistances, essentiellement religieuses et charitables trouvaient leurs recettes dans les droits d’admission à la confrérie, les cotisations annuelles de ses membres, des libéralités volontaires et des amendes. Les dépenses étaient dues aux secours aux malades et aux blessés, à l’assistance à la veuve et à l’orphelin et aux messes et banquets.

Qui étaient Les pauvres assistés ?

Des familles qui ne gagnaient pas assez pour subvenir à leurs besoins, des familles sans père ou sans mère qui étaient nombreuses et des mendiants. A partir du XIVe siècle dans la France entière ils sont nombreux en raison des pestes, des famines et de la guerre de Cent Ans. C’était une foule innombrable qui affluait vers les villes où elle espérait trouver davantage de secours que dans les campagnes. Cette foule de miséreux poussa à la création en 1544 du Bureau de pauvres et plus tard en 1656 de l’Hôpital Général où on y incarcérait les pauvres, ils étaient environ 123000 à y vivre. Sous la régence pour ne plus les voir ils furent déportés. Et pourtant comme le dit Arlette Farge dans ces livres combien nombreux étaient les pauvres au XVIIIe siècle, ceux qui gardaient un dernier croûton de pain pour la faim qu’on retrouvait dans leurs poches après leur mort dans la rue. Les sociétés caritatives ne suffisaient plus. Les désordres climatiques privant les paysans de leurs récoltes, les prix du blé et donc du pain augmentait, la faim des pauvres aussi. Le pain étant la nourriture principale du peuple.

 A suivre...

- 20:20 - rubrique Autour de la nourriture - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 18 Novembre 2021

DON ALIMENTAIRE

L’assistance aux pauvres

 Comment la charité s’organise-t-elle sous l’Ancien Régime en France ?

A partir du XIIIe siècle, on remarque les fondations d’organismes charitables à destination des enfants abandonnés, des veuves et des vieillards, des infirmes et des aveugles. A quoi s’ajoute des secours à domicile organisés par des sociétés de charité, des ordres religieux et des confréries qui distribuaient des vivres aux plus nécessiteux.

Par ailleurs l’Hôtel-Dieu de Paris loge et nourrit tous les malades misérables, créé en 1505 l’Hôtel-Dieu n’a comme seule exigence pour y être admis que de ne souffrir que d’une maladie curable. Un régime plus doux qu’à l’Hôpital Général où l’on est amené de force, où les pauvres sont nourris de pain, d’eau et de potage, ce dernier pouvant leur être supprimé en punition de faute et où l’on subit du travail forcé.

Les enfants profitaient d’un autre système d’assistance, Tous les enfants trouvés et assistés étaient envoyés dans divers hôpitaux, l’hôpital de la Trinité dit Des Enfants bleus recevait les enfants d’indigents âgés de moins de cinq ans, l’hôpital des enfants Dieu, dit des Enfants Rouges faisait enseigne de charité et l’Hôpital Notre Dame de la Pitié. N’oublions pas les maisons du Port Saint Landry. : « Qu’il se trouve par les rues de Paris quelque enfant exposé […]Il se doit porter aux Enfants Trouvez à Nostre Dame, en la maison destinée pour les nourri et les allaicter, qui est auprès la maison épiscopale et fait la bas d’une ruelle descendant à la rivière. » écrit Boucher à propos des maisons de Saint Landry dans le Trésor du droit français. Saint Landry qui en 651 vend de la vaisselle et des vases sacrés pour secourir des affamés. »

Dans la ville de Moulins en février 1566 une ordonnance est promulguée dans laquelle on peut lire : « et outre ordonnons que les pauvres de chacune ville, bourg ou village, seront nourris et entretenus par curé de la ville, bourg ou village dont ils seront natifs et habitants, sans qu’ils puissent vaguer et demander l’aumône ailleurs au lieu duquel ils sont. » C’est un système d’assistance communale qui peut exister car François Ier avait institué une taxe des pauvres en 1544 qui était récolté par le Grand Bureau des Pauvres qui gérait le secours aux miséreux dans la ville de Paris. On peut imaginer que cette mesure a été imité partout en France.

Ce qui d’autant plus vraisemblable que les paroisses étaient divisées en quartiers où œuvraient une dame de charité qui visitait les pauvres et leur versait des secours en argent et en nature. D’un côté cette dame de charité ne distribuait pas seulement ses propres aumônes ais aussi les secours donnés par une caisse alimentée par des dons, des legs et des quêtes. D’autre part, les pauvres devaient adresser une requête pour obtenir des secours. Le fonds des pauvres, institué par Colbert, versait 80.000 livres aux clercs de Paris qui les distribuaient en majeure partie en nature : vêtements, nourriture et bois de chauffage.

Jusqu’en 1544, la direction des secours à domicile et la police des pauvres et des mendiants étaient sous le contrôle du Parlement.

Des communautés religieuses distribuaient des soupes et du pain. Comment savoir à qui distribuer les subsides nécessaires ? Les curés et marguillers de chaque paroisse, assistés de notables, élisaient plusieurs bonnes personnes pour visiter les pauvres une fois par semaine ou davantage en cas de besoin. Les caisses de secours étaient alimentées par une taxe perçue dans chaque paroisse pour l’entretien de la « Communauté des pauvres » et chaque ville du royaume de France prenait soin de ses pauvres.

Les personnes qui assistaient les pauvres se regroupaient en confréries. Ces mutuelles-assistances, essentiellement religieuses et charitables trouvaient leurs recettes dans les droits d’admission à la confrérie, les cotisations annuelles de ses membres, des libéralités volontaires et des amendes. Les dépenses étaient dues aux secours aux malades et aux blessés, à l’assistance à la veuve et à l’orphelin et aux messes et banquets.

 

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Samedi 13 Novembre 2021

DON ALIMENTAIRE

Charité et aumône

 Avec le concept de charité et d’aumône, le don alimentaire n’est pas une transaction ce qui fait son originalité et sa particularité car il n’oblige pas à un échange : je te donne de la nourriture mais tu ne me dois rien. Le don alimentaire devient le symbole du maintien en vie. C’est un transfert qui abolit la dette : j’ai de la nourriture je te la donne pour que tu vives, cela n’entraine aucune dépendance. C’est un don anonyme sans contre-don, une forme d’assistance sociale. Avec l’aumône le don de nourriture dépasse le niveau matérialiste de l’échange et lui donne une nouvelle dimension.  Car le terme aumône vient d’un mot grec qui signifie « pitié » qui apporte une dimension d’empathie envers celui qui souffre de la faim.  Un beau geste de fraternité.

Le hareng constituait au XVe siècle la principale alimentation du pauvre, surtout en temps de Carême, il fut donc fait une « distribution de soixante-dix millions de harengs saurs et caqués, faite par ordre du Roi en 1408 et 1409, à plusieurs hospitaulx, maisons-Dieu et autres pauvres gens ». C’est ce qu’écrit un Bourgeois de Paris dans son Journal qui narre d’autres périodes de disettes durant lesquelles l’aumône fut nécessaire, car les prix des denrées alimentaires grimpaient empêchant les plus pauvres de pouvoir s’acheter de quoi subsister. Par exemple lors de la Chandeleur de 1421 « Et pour la pauvreté que chacun de habitants de la bonne ville de Paris aient à souffrir, firent tant qu’ils achetèrent maisons trois ou quatre, dont ils furent hospitaulx pour les pauvres enfants qui mourraient de faim parmi Paris et avaient bon potage et bon feu et bien coucher. » Et il raconte le 21 octobre1422 à la mort du roi Charles l’évènement suivant : " après grande procession à Saint Denis il fut donné aumône à 18369 personnes. Item on donna à disner à tous venants."

Pourtant, on ne peut pas dire que les rois furent très soucieux de leur sujets, leurs libéralités consistaient à offrir vin et lait et parfois banquets soit après le sacre des rois, soit lors d’entrée des rois dans une ville, plus proche du clientélisme des empereurs romains que des bienfaits des œuvres de charité. Une exception notable en 640, Clovis vend les louis d’argent du tombeau de St Denis pour acheter du blé.

 Selon une coutume qui veut que lors des grandes réjouissances urbaines, des fontaines de vin ( en réalité des tonneaux percés) soient installées sur les places pour la population. Ainsi raconte Jean de Troyes lors e de l’entrée de Louis XI à Paris « Et pour bien rafraîchir les entrants en ladite ville, il y avait divers conduits en ladite fontaine (celle de saint Denis ou celle du Ponceau) jetant lait, vin et hypocras dont chacun buvait que voulait »

Le18 mars1660, le Traité des Pyrénées est enfin publié à Lille, la ville organise alors une procession au cours de laquelle on jette à la foule des nieules, une tradition qui à Armentières remonte à Jacques de Luxembourg qui fut le premier à jeter ces petites galettes à la foule.

On retrouve dans de nombreux récits l’importance du pain dans l’aumône : donner un morceau du pain c’est faire que l’autre échappe à la mort, c’est faire preuve de bon cœur, démontrer sa volonté de partager. Durant la fête des morts, dans bien des régions, les plus riches se devaient de distribuer et de manger avec les plus pauvres le pain des morts, aussi appelé le pain des pauvres […] le pain partagé se trouve être un élément propitiatoire régulateur d’inégalités. (Dictionnaire universel du pain, article compagnon, p 255-56). Le pain peut donc être considéré comme l’aliment régulateur d’une société. Le pain béni ou consacré, levé ou non, est le symbole chrétien du partage et de la charité, distribué à tous sans distinction. Bénédictions et distributions sont des gestes associés qui donnent à la charité une essence divine puisque ce geste évoque le geste du Christ lors de la Cène. Cela devient un devoir pour tout chrétien de partager le pain avec celui qui en a besoin. On rejoint l’idée première du don alimentaire qui avec l’aumône lui donne une autre dimension dans laquelle celui qui reçoit n’est pas assujetti à rendre quelque chose en échange de ce don.

L’aumône n’implique jamais un échange, c’est un don gratuit. C’est un don sans contre-don, on peut considérer ce geste comme une sorte de devoir social et charitable qui n’engage ni celui qui donne, ni celui qui reçoit dans un système d’obligation envers l’autre. Elle ramène à la notion de « mana » définie par Levy-Strauss (Anthropologie structurale, p 163) Il prend comme exemple l’organisation des villages des Bororo vivant dans une nature généreuse qui ne les oblige pas un à travail incessant. A tour de rôle chaque famille prépare la nourriture pour les autres familles et elle l’offre en se parant comme par une fête et adresse cette offrande avec solennité. L’ensemble nourriture, beauté et prestance montre la qualité du rapport aux autres et par conséquent à la valeur matérielle de l’offrande s’ajoute une valeur spirituelle. Ce don de vivre produit la « mana » qui est un concept polynésien désignant la puissance spirituelle liée à la réciprocité. On peut faire un parallèle avec l’organisation de certains monastères ou communautés religieuses qui mendient leur nourriture, de même les enfants des écoles coraniques qui vont mendier leur repas auprès des croyants, ou les moines mendiants bouddhistes qui reçoivent leur part de riz de la part de fidèles qui offrent de la nourriture aux dieux dans les temples. Le don de nourriture s’inscrit dans un échange d’une nourriture matérielle contre une nourriture spirituelle la prière ou une protection divine. Elle produit la notion de charité, les Charités qui pour les Romains représentaient le symbole de la gratitude. La charité est une forme d’humanité qui naît de la transgression de l’intérêt pour soi par le souci pour l’autre, donc le don est le médiateur de la reconnaissance de l’humanité qui donne naissance à un être social supérieur à l’être purement biologique, cette reconnaissance de l’humanité de l’autre se fonde sur un principe de réciprocité spirituelle.

C’est le même principe qui régit la règle des monastères les obligeant à un devoir de charité envers tout voyageur et tout passant frappant à la porte Dans ces lieux isolés, lieux de paix les moines devaient assurer leur devoir d’hospitalité et d’assistance tout comme le Christ avait distribué pain et poisson ou multiplié les pains et distribué du vin alors des Noces de Cana, les moines devaient nourrir et abreuver chaque hôte qui demandait hospitalité.

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Mercredi 10 Novembre 2021

DON ALIMENTAIRE

Terroir et don alimentaire

 Dans de nombreuses sociétés il y a eu don d’aliments selon une pratique très ancienne dans laquelle la qualité est annoncée par la provenance géographique. On retrouve cette manière de faire en Allemagne, en Espagne, en Italie dès l’Antiquité. De la même manière offrir des aliments provenant de son domaine permet de montrer son statut social, une attitude qui reflète le goût de classe du XVIIe siècle. Rappelez vous le conte du Chat Botté qui, pour faire passer son maître pour un marquis, offre des présents remarquables et ainsi dupe le roi.

Il y avait une coutume en France qui consistait à offrir au roi des cadeaux alimentaires lors des entrées royales dans les villes. Et c’était très malin de la part des autorités municipales. En offrant de qu’ils avaient de meilleur dans leur territoire, ils obligeaient le roi à reconnaitre la qualité supérieure et locale des produits et ils montraient leur pouvoir sur un pays tout en faisant allégeance au souverain et le roi, qui accepte ce don, reconnait une identité locale et la valeur du cadeau. Un vrai échange don/contre-don au Grand Siècle qui va déterminer un goût de l’aristocratie pour les dons alimentaires : offrir des légumes ou des fruits de son verger-potager permet de faire plaisir certes, mais plus encore de montrer que l’on possède un domaine seigneurial et en donnant le meilleur de ce que l’on produit ou chasse on montre sa condition sociale. C’est ce qu’explique très bien Florent Quellier dans « Festins, ripailles et bonne chère au Grand Siècle ». 


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Samedi 06 Novembre 2021

DON ALIMENTAIRE

La problématique du sacrifice et du don.

 Le sacrifice est défini par A; Loisy dans son Essai historique sur le sacrifice (1920) comme une action rituelle (destruction d’un objet sensible doué de vie ou qui est sensé contenir de la vie) moyennant laquelle on a pensé influencer des forces invisibles, soit pour se dérober à leurs atteintes, soit afin de leur procurer satisfaction et hommage, d’entrer en communication et même en communion avec elles. Donc quand on offre un sacrifice on donne et on reçoit.
Si le sacrifice est un don, il faut lui faire perdre son caractère religieux ce n’est plus une offrande pieuse mais le sacrifice d’un simple animal, le sacrifice devient alors un repas. D’une part les fumées de ce sacrifice montent vers les dieux qui s’en nourrissent et les chairs sont dévorées par les hommes ce qui permet à aux fidèles soit d’entrer en communion avec leurs divinités, soit de s’approprier un peu des qualités des dieux ou des héros honorés. Les qualités ou les vertus sont contenues dans la chair des animaux sacrifiés qui deviennent alors des liens entre les hommes et les dieux. Il y a donc une continuité entre sacré et profane.

On doit aussi considérer la notion de sacrifice du dieu pour sauver les hommes ou leur apporter une consolation. On peut voir cela dans la transformation d’Ampélos en cep de vigne après qu’il eut été tué par un taureau. Devenu cep de vigne, il donne le vin qui est le sang de la vigne et console les hommes.
De même la Cène et la crucifixion lorsque le Christ se sacrifie pour regénérer l’humanité ainsi que le dit Frazer.
Le sacrifice peut alors dans certains cas être compris comme un échange de dons et de contre-dons ou de prestations et de contre-prestations, par conséquent il fait communiquer le sacré avec le profane.

- 20:05 - rubrique Autour de la nourriture - Permalien - 0 commentaires

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