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Boire et Manger, quelle histoire !
Le blog d'une historienne de l'alimentation

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Mardi 07 Juin 2022

Dans les boîtes aux lettres actuellement, on y découvre davantage de publicités ou de factures que de lettres ou de paquets. Oh, joie! l'autre jour, il y avait un paquet et dans ce paquet une belle boîte d'un nougat appelé Nougat des Arts.



Une première impression: le boîte est belle au design élégant. Les mentions légales indiquent qu'il s'agit d'un nougat blanc traditionnel fabriqué avec du miel de lavande, IGP de Provence, des amandes de Provence et des pistaches de Sicile. Plus du sucre, du sirop de glucose et du blanc d'oeuf, ni conservateur, ni colorant. C'est rassurant.
Je laisse le nougat se reposer et se rafraîchir car la boîte aux lettres avait été chauffée toute la matinée par un soleil ardent.
Le soir, confortablement installée au frais sur la terrasse du jardin, j'ouvre l'emballlage et je découvre une confiserie riche en amandes et pistaches dans un nougat d'un blanc nacré et crèmeux qui semble appétissant. Je croque et ilmmédiatement apparait l'arôme de lavande et une mâche souple et moelleuse. Un sucre discret qui n'empâte pas la bouche. Ensuite les saveurs des amandes et des pistaches s'épanouissent en bouche. Sur le plan organoleptique, c'est parfaitement réussi.
Quant à la texture, il y a un équilibre agréable et intéressant entre la tendreté du nougat et le croquant des amandes et pistaches. la aussi, c'est tout bon.



Intriguée, je regarde la fiche produit jointe à l'envoi et je lis une belle histoire: celle d'un basketteur professionnel en sa ville de Clermont-Ferrand qui aimerait se reconvertir. mais dans quoi? Gourmand et petit fils de pâtissier, il décide de revenir vers le métier familial et de fabriquer une confiserie un peu tombée en désuétude: du nougat. Conseillé par son grand-père, il se lance dans l'aventure avec une idée en tête, fabriquer un nougat d'exception qu'il appelle  Nougat des Arts, un nougat qui reflète les qualités d'un artiste gourmet au palais fin, sachant s'approvisionner auprès de bons producteurs.
Le pari est tenté et gagné car la profession, reconnait l'excellence du nougat traditionnel en lui décernant un Epicure d'or en 2016.
6 ans que ce délice existe et je ne l'avais jamais goûté, aujourd'hui c'est chose faite et je m'en réjouis.
Clermont-Ferrand la nouvelle capitale du nougat!
Nougat des Arts

- 17:49 - rubrique Coup de gueule- Coup de coeur - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 05 Mai 2022

Le ventre des villes
Comment l’alimentation façonne nos vies 
Carolyn Steel
Edition Rue de l’Echiquier




Un livre conséquent et fort instructif d’une auteure qui a su mêler ses deux passions l’architecture et la nourriture.
En effet, cette auteure, née à Londres, est architecte, professeure et auteure et son style clair, vivant et agréable à lire ajoute au plaisir et à l’intérêt du propos fort intéressant car venant d’une des grandes penseuses des rapports entre l’alimentation et la ville.
Venons-en à ce propos justement. Dans cet essai, Carolyn Steel, explique comment le problème de l’approvisionnement de la ville a créé une relation qui a modelé les comportements et l’architecture des villes. En effet, actuellement, pour beaucoup de consommateurs nos aliments semblent se retrouver dans nos assiettes par un coup de baguette magique, peu de personnes se soucient de réfléchir à la longue chaîne logistique qui transporte notre nourriture et la redistribue.
Ce sujet est plus que jamais d’actualité car l’urbanisation galopante d’une part, qui chasse des alentours des villes les maraichers, et d’autre part la baisse toujours croissante du nombre des agriculteurs tend à rendre le problème de l’approvisionnement des cites urbaines de plus en plus crucial et que le réchauffement climatique risque d’accroitre cette tension.
Depuis que les villes existent, ses habitants ont imaginé toutes sortes de moyens pour se nourrir : jardins potagers ou maraichers intra-muros ou aux abords proches des villes dont Zola s’est fait le chantre incontesté. Le système qui a duré jusque dans les années 60 mélangeant marchés de producteurs et petits commerces de proximité, un système qui a était lié au fait de cuisiner soi-même chez soi tous les jours et pour tous les repas. Ensuite arrive les supermarchés qui s’installent en périphérie des villes et font peu à peu disparaitre tous les petits commerces du cœur de la ville ainsi que les marchés.
En Angleterre les marchés, nous apprend C. Steel, sont rares et réservés à une clientèle soit curieuse de nouveautés, soit attentive à son alimentation mais ne connaissent pas le succès qu’ils ont en France. Cette nouvelle manière de s’approvisionner à des conséquences sur nos façons de nous nourrir. Finis les plats faits maison et vivent plats prêts à manger, adieu le fourneau et vive le micro-ondes. Adieu les repas conviviaux en famille et vive le repas individuel : chacun mangeant son plat préféré dans son coin. Ceci entraine une perte de la convivialité familiale, des bonnes manières, du partage et de l’art culinaire, à quoi bon cuisiner dans ce cas ! Mais aussi cela pousse les adultes à fuir la salle à manger au profit du restaurant où les cuisiniers ont conservé l’art de faire à manger et où l’on peut se réunir entre gens de bonne compagnie. En quelques mots : comment le supermarché a détruit la commensalité et surtout a des conséquences néfastes non seulement sur la santé des gens mais sur la manière nouvelle de concevoir l’urbanisme.
Le ventre des villes est également le ventre des humains et en architecte, C. Steel considère le trajet des aliments dans les villes dans sa globalité et suit le trajet des aliments des magasins quels qu’ils soient jusqu’aux égouts et aux décharges, car plus le conditionnement de la nourriture se perfectionne (!) plus les déchets augmentent. C’est un aspect des choses souvent négligé et qui offre une perspective de lecture originale et passionnante autant qu’inattendue.
Considérant que les villes engloutissent 75% des ressources de la planète et que la population urbaine est censée doublée d’ici 2025, Carolyn Steel pose LA question : comment nourrir la ville demain ? Elle propose dans la dernière partie de son ouvrage intitulé Sitopia de nouveaux modèles urbains pour concevoir la relation entre la ville et les territoires agricoles. Une ébauche de réflexion qu’elle développe plus largement dans un autre ouvrage qui reprend le titre de ce chapitre et dont je vous parlerai bientôt.
J’espère vous avoir donné envie de lire cet ouvrage passionnant et extrêmement instructif car l’auteure y convoque l’histoire, l’économie, la sociologie, l’urbaniste, la philosophie et la littérature, l’architecture bien sûr et la politique dans le sens premier du terme. A lire tout affaire cessante.
Mots-clés : Technorati

- 20:16 - rubrique Livres - Permalien - 0 commentaires

Dimanche 24 Avril 2022

« Comment le blé a piégé l’humanité »: tel est le titre d’un article de James Scott, anthropologue, lu il y a quelques temps et qui me suggère quelques réflexions.

Le propos est le suivant : le blé a ouvert la voie à l’apparition d’un pouvoir centralisé. Partant de l’idée que l’agriculture des premiers états organisés utilisait une importante main d’œuvre servile donc a permis la naissance d’une machine d’Etat et d’une élite qui commandait à tous, on assite chez certains historiens et anthropologues à une remise en cause de l’agriculture : Si elle avait été la cause de tous nos maux ?
Je pose la question : est-ce l’agriculture la cause de tous les maux ou le goût du pouvoir et du lucre propre à l’espèce humaine ? Et cette hiérarchisation sociale, qui s’est réalisée à une époque quand l’agriculture était la seule activité sociale et organisée au sein de communautés, fut voulue par les hommes dans une volonté de pouvoir. Il n’y a qu’à lire les récits fondateurs des différentes communautés humaines à travers le monde.
Car l’agriculture apparut très vite comme une nécessité à des populations de cueilleurs-chasseurs qui pratiquaient déjà une forme d’agriculture, parce que manger était indispensable à leur survie. Puis l’agriculture a fourni un bien de première nécessité: la nourriture et a permis aux hommes d’inventer une foule d’outils, de les perfectionner pour travailler mieux et moins douloureusement. Les hommes ont également amélioré sans cesse les variétés naturelles afin de les rendre meilleures tant sur le plan nutritionnel qu’organoleptiques. Doit-on leur en faire le reproche ?
Et si, à partir cette première organisation spatiale et sociale, se sont développées des pratiques néfastes ce n’est pas la faute de l’agriculture mais celle d’un appétit sans cesse grandissant des hommes. En effet, ce n’est pas l’agriculture qui a donné naissance à des pratiques et des techniques intensives mais le désir humain de produire toujours plus et de faire toujours plus de profit. L’agriculture n’a pas créée l’esclavage qui participait dans l’Antiquité d’un système social qui a favorisé la possibilité de produire à moindre coût, même si des économistes ont démontré que l’esclavage n’est pas plus rentable que la main d’œuvre rémunérée. Et d'ailleurs actuellement les agriculteurs ne sont -ils pas devenus sinon les esclaves, du moins sous la contrainte des centrales d'achat?
Ce ne sont pas les agriculteurs qui sont l’origine de l’utilisation d’intrants chimiques et de semences stériles due aux désirs des industries de recycler leurs armes chimiques ou de garder les paysans sous contrôle, méthodes néfastes autant à la nature qu’aux hommes, pas plus qu’ils ne sont responsables d’une mécanisation à outrance.
Attribuons plutôt la faute à ces industriels et aux gouvernements qui les ont laissé faire et qui ont souvent poussé les agriculteurs, par des biais pas toujours honnêtes à mettre en place et pratiquer ce type de culture qui a entrainé la disparition des haies (que l’on pousse à replanter actuellement), le lessivage des sols, l’endettement et le suicide des nombres d’agriculteurs (en France et ailleurs dans le monde), la construction de fermes folles de milliers d’animaux élevés hors sol qui ne broutent jamais une herbe et ne piétinent jamais une prairie.
Qui nous pousse à manger des fruits et légumes qui n’ont connu ni le soleil, ni la terre ? Pas les paysans mais une politique agricole qui au nom du "toujours plus" et "oujours moins cher" a poussé des agriculteurs à devenir des exploitants agricoles.
Ce fut d’abord à la demande d’une population urbaine toujours plus nombreuse et qui demandait toujours davantage de nourriture que les agriculteurs produisirent plus et modifièrent les pratiques agricoles.
Il semble que le problème est considéré dans le mauvais sens en faisant fi de la nécessité permanente des paysans de moins en moins nombreux de nourrir une population sans cesse croissante et qui doivent faire face à des politiques agricoles ineptes souvent, au réchauffement climatique, à une météo de plus en plus capricieuse, aux augmentations du prix des matières premières et à des demandes changeantes et croissantes.
Je ne pense pas que le blé, pas plus que la vigne, le riz ou le maïs ont piégé l’humanité, allons chercher du côté de la vanité humaine, de batailles d’égo, de désirs de pouvoir.
Mots-clés : Technorati

- 17:23 - rubrique Coup de gueule- Coup de coeur - Permalien - 0 commentaires

Mardi 04 Janvier 2022

 

Le titre choisi par l’auteur montre une inversion de la transmission. Chloé Boulot dédie son livre à toute sa famille, premier jalon d’une croisade pour convaincre de changer ses méthodes de culture et adopter de bonnes pratiques. Elle livre dans cet ouvrage tout ce qu’elle a appris et pu mettre en pratique lors de ses études et de son stage. Elle est en effet diplômée en Arts appliqués spécialisation en Alternatives urbaines, des apprentissages qui l’ont convaincue de l’importance des intérêts environnementaux et de l’aménagement spatial et lui ont fait découvrir les pratiques anciennes qui sont revenues sur le devant de la scène en regard des dégâts provoqués par une agriculture intensive. Son chemin de Damas fut le potager de sa grand-mère au « sol riche, aéré, plein de micro-organismes et d’insectes » qu’elle compare avec le champ voisin se trouvant derrière une haie bénéfique qui, « cultivé en monoculture de céréales, possède un sol complètement gris et sec, dépourvu de vie, de micro-organismes. »

La première partie de ce court opuscule est purement théorique et raconte l’histoire des techniques mixtes c’est-à-dire l’agriculture intensive très répandue dans l’hexagone et les bonnes pratiques : l’agroécologie, la permaculture et l’agroforesterie qui trouvent de plus en plus de pratiquants. La seconde partie est une étude de cas à Claye-Souilly où Chloé Boulot a effectué son stage de fin d’études. Il s’agit d’un site de 35 hectares, situé à 25 km à l’est de Paris sur les Monts Gardés où est lancé un projet de réaliser un essai agroforestier en remplacement d’un chantier LGV. Une excellente manière de mettre en pratique les connaissances accumulées lors des études et de découvrir les bienfaits des techniques apprises et de les expliquer aux lecteurs : relevés de terre, apport de matières organiques naturelles, importance du paillage et utilisation complice des animaux domestiques, retour à des techniques ancestrales pratiquées dans toute ferme jusqu’au milieu du XXe siècle.

Une fois cet apprentissage terminé, elle retourne dans le potager de sa grand-mère mettre en application ces pratiques vertueuses dans le but de « Changer nos habitudes de cultivation » ainsi que l’auteur le souligne qui « a également été un lien partagé avec ma famille » ajoute-t-elle. Il faut préciser que la cultivation est le travail nécessaire pour mettre la terre en culture, pour cultiver. Elle explique ce partage : « Notamment avec ma grand-mère, avec qui j’ai pu, lors d’un séjour chez elle et d’une visite de son potager, discuter de l’état des sols. Je lui expliqué l’intérêt du paillage du sol, c’est-à-dire qui ne laisse pas le sol à nu, garde l’eau et, en se décomposant, constitue un apport organique non négligeable. J’ai pu faire le parallèle avec les sols des forêts qui sont toujours couverts d’une manière ou d’une autre, notamment par la perte de feuilles en automne. C’est un cercle vertueux et équilibré où chaque élément a sa place et son importance. Il était important de lui dire que ce que la terre nous donne, il faut le lui rendre… » Une leçon qui fut profitable car « en l’espace d’un hiver, le potager entier a été recouvert par tous les déchets organiques. Au printemps, nous pouvions déjà constater l’évolution de la vie souterraine. C’est cet été que j’ai pu constater la différence d’un bout à l’autre de la parcelle ; le terrain étant légèrement en pente, les apports ont tendance à descendre, on pouvait alors avois en haut de la culture, un sol un peu moins riche. Sur ce sol calcaire, on peut constater que dès que l’apport n’est pas suffisant, on retombe vite dans une terre sèche et compacte. »

Ce petit livre, son mémoire de fin d’étude, explique à qui veut réaliser un potager ou se lancer dans une nouvelle activité de culture tous les bons préceptes. L’auteur exprime avec la fierté ses convictions et ses connaissances dans le but de les transmettre. Un livre qui, avec l’enthousiasme des nouveaux convertis, nous livre la passion de son auteur.

- 11:44 - rubrique Livres - Permalien - 0 commentaires

Lundi 13 Décembre 2021

C'était pas simple mon fils

Mon père, paysan du XXe siècle

 Non, vraiment la vie d’un paysan n’était pas simple dans la seconde moitié du XXe siècle. Cette seconde moitié qui bouleversa l’agriculture an prônant la mécanisation et la modernisation. Que de choix cornéliens à prendre !

Cet ouvrage est publié par les éditions du Panthéon et est écrit par Yvan Perreton qui a eu une excellente idée en dressant un portrait vivant qui témoigne de l’existence d’un paysan dans ces années de changement. Le portrait de son père qui témoigne de la vie paysanne dans les monts du Forez. Le XXe siècle, c’était hier et pourtant il semble que ce temps est bien loin des pratiques et soucis actuels. Si loin, pas tant que ça les questionnements de nos sociétés découlant bien souvent des choix qui ont été pris à cette époque.

Dans ce livre Yvan Perreton, à travers la voix de son père, nous emmène au cœur des préoccupations et des préférences en matière d’agriculture que ce dernier privilégia. Certaines allaient à l’encontre des idées nouvelles de son temps mais l’amour de son métier et le respect qu’il avait pour sa terre étaient plus fortes que tout. Il choisit de se moderniser- car certaines nouveautés étaient indispensables dans une époque où le monde agricole souffrait d’une pénurie de main d’œuvre- tout en préservant des pratiques de culture que l’on appellerait maintenant « écologiques », mais que lui considérait comme des traditions, les savoir-faire de ses pères.

« Il a su agrandir et mécaniser la petite ferme familiale de moyenne montagne pour la faire entrer dans la modernité sans jamais perdre son âme de paysan. Il a été un acteur des bouleversements de l’agriculture après la Seconde Guerre mondiale. Du maniement de la pioche et de l’attelage des bœufs, il a gardé le bon sens du terroir, la connaissance du micro parcellaire, l’humilité face aux aléas climatiques. »

Yvan Perreton, historien de formation, et fidèle lui aussi à sa terre natale, allie dans ce livre les qualités et l’exigence de l’historien avec un regard filial, affectueux mais sans concession. D’où ce témoignage juste et sincère des démêlées, des questions insolubles dans lesquelles se débattaient les paysans des années 50 – 60 qui tentaient de comprendre cette course à la modernisation, de s’y intégrer sans trahir leurs expériences venant d’un travail quotidien avec leurs pairs et de leurs études dans les lycées agricoles. Qui a su résister quand il le fallait au miroir aux alouettes. Et un mot comment rester un paysan tout en s’appropriant la modernité et ne pas devenir un « exploitant agricole ». Car le paysan porte dans la racine du mot le lien à sa terre, à ses cultures et à ses bêtes et surtout un vrai respect pour son métier et son environnement. Une vie et un respect qu’il a su faire partager aux estivants qui venaient chez lui car il a su prendre à temps le virage du tourisme rural.

Ce n’était pas si simple en effet de rester fidèle à ses principes, de réussir sa vie familiale quand on n’a ni vacances, ni congés dominicaux à l’heure des congés payés et des week-end revendiqués. C’est un pari que Michel Perreton a fait et a gagné grâce à une vraie foi dans le choix qu’il a fait à vingt ans, à son bonheur familial, à des amitiés pérennes, à l’entraide qui régnait dans ces montagnes et à ses mandats de maire, un autre métier à part entière ainsi que le décrit Yvan Perreton : « Son métier, il l’a exercé dans son village, Palogneux où il s’est beaucoup investi, d’abord à travers l’entraide professionnelle, puis au service de la commune en tant qu’élu municipal : conseiller à partir de 1959, puis maire de 1983 à 2008. Mon père a contribué à l’adduction d’eau courante dans chaque maison. Il est à l’origine de la construction de la salle des fêtes, du classement au titre des monuments historiques de l’église paroissiale et de sa restauration complète, du réaménagement de la place de l’église, de la mise en tourisme du volcan… » 

Le récit de cette existence est une belle leçon de vie, celle d’un paysan libre et heureux qui a connu le bonheur de léguer sa terre à un de ses fils.

« C’était pas si simple mon fils »

Mon père, paysan du XXe siècle par Yvan Perreton

Edition du Panthéon, Paris 


Mots-clés : Technorati, Technorati

- 19:20 - rubrique Livres - Permalien - 0 commentaires

Mercredi 24 Novembre 2021

DON ALIMENTAIRE

Comment s’exprime la fraternité au XIXe siècle ?

  Comment s’exprime la fraternité sous la Révolution ?

Tout ce qui venait de l’Ancien Régime est honni et disparait d’autant que la charité est principalement le fait d’ecclésiastiques et de riches bienfaiteurs.

La Révolution Française avait désorganisé la vie économique engendrant la misère pour des dizaines de milliers d’ouvriers et de domestiques. Difficile d’y remédier les instances dirigeantes d’alors étant assises sur des chaises instables et leurs têtes chutant souvent sous le couperet de la guillotine, il était impossible de créer une assistance aux pauvres pérenne .

 Le Grand Bureau des Pauvres disparait en 1789 et est remplacé après la révolution par le bureau de bienfaisance qui agissait sur le même principe par quartiers et arrondissement et non plus par paroisse. Durant la Convention, on considère que c’est à chaque citoyen de s’occuper de charité et un édit est publié en octobre 1793 en ce sens : "tout citoyen qui sera convaincu d’avoir donné à un mendiant aucune espèce d’aumône sera condamné à l’amende de la valeur de deux jours de travail, au double en cas de récidive"

 
Et Après ?

Sous le Consulat et l’Empire, on fait disparaitre de la vue les mendiants en les enfermant dans des dépôts de mendicité par un arrêt de la cour impériale : « L’envoi en dépôt de mendicité n’est point une peine, mais une mesure de police qui est à la discrétion de l’autorité administrative sans qu’il soit possible aux tribunaux de modifier la clause susdite. »

Cet arrêt disparait à la chute de l’Empire mais continue dans les faits car en 1869 on note 2548 arrestations de mendiants dont deux tiers d’hommes qui sont envoyé à la maison de répression de St Denis. Parallèlement, le 27 nivôse an IX, les hôpitaux de Paris sont réformés, réunis sous une même appellation : Assistance Publique.

Même si sur un plan statistique, le niveau de vie augmentait tout au long du XIXe siècle, et que le chômage baissait, il y avait encore beaucoup de mendiants du fait des bas salaires, des grèves et des accidents de travail, il suffit de lire Victor Hugo et Zola pour la France et Dickens pour l’Angleterre. Lors des grèves, des caisses de solidarité et des quêtes permettaient de nourrir mes travailleurs sans revenus mais encore trop nombreux sont les femmes, les hommes et les enfants qui vivent le ventre creux. Ainsi que le narre Baudelaire dans le Spleen de Paris dans son texte "Le Gâteau" :
«
 Je voyageais […] quand la matière incurable renouvelant ses exigences, je songeais à réparer la fatigue et à soulager l’appétit causé par une si longue ascension. Je tirais de ma poche un gros morceau de pain […] 
Je découpais tranquillement mon pain, quand un bruit très léger me fit lever les yeux. Devant moi se tenait un petit être déguenillé, noir, ébouriffé, dont les yeux, farouches et comme suppliants, dévoraient le morceau de pain. Et je l’entendis soupirer, d’une voix basse et rauque, le mot : gâteau ! Je ne pus m’empêcher de rire en entendant l’appellation dont il voulait bien honorer mon pain presque blanc, et j’en coupais pour lui une belle tranche que je lui offris. Lentement, il s’en approcha, ne quittant pas des yeux l’objet de sa convoitise ; puis happant le morceaux avec sa main, se recula vivement, comme s’il eut cru que mon offre ne fut pas sincère ou que je m’en repentisse.
 »

Alors que faire ?
L’Assistance Publique gère 14 établissements qui accueillent 2 400 000 pensionnaires, pour la plupart des déshérités affamés pour qui une bonne alimentation est importante pour les remettre en bonne santé.
Dans « Le mangeur du XIXe siècle », Jean-Paul Aron donne les chiffres suivants pour l’Hôtel-Dieu : en1847, on octroie par personne et par jour :
373,7 g de pain,
271,8 g de viande ou charcuterie ;
13,4 g de poisson,
6,2 g de volaille,
2/3 d’œuf,
175 cl de lait,
190 g de plantes et légumes frais,
55 g de pommes de terre,
9,4 g de fromage,
10 g de pruneaux,
10 g de beurre et 5 g de matières grasses.
Pour certains l’Assistance Publique étaitsynonyle d'bondance et de bien manger..

Sous la Restauration, on voit apparaitre des manuels de charité à l’initiative du Vicomte de Melun qui vont favoriser la naissance des Sociétés d’économie charitable. La charité est conçue comme une œuvre de miséricorde. Lamennais, Ozanam ou Buchez vont inspirer la doctrine sociale de l’Eglise qui montre l’intérêt d’une certaine élite catholique envers les pauvres et les œuvres caritatives qui vont être créer tout au long du siècle :Les filles de la Charité qui deviendront les Sœurs de St Vincent de Paul, Notre-Dame de la Charité du Bon Pasteur, par exemple. Elles vont jouer un rôle de catalyseur parmi les catholiques et les protestants car aimer son prochain, c’est lui procurer de quoi subsister.  Les œuvres de bienfaisance sont alimentées par des dons et legs privés, les ventes de charité, bien nommées, les souscriptions et quêtes auxquelles s’ajoutent parfois et selon les communes quelques subventions publiques. Certaines femmes de la bourgeoisie ou de l’aristocratie avaient leur « jour » durant lesquels elles distribuaient pain et soupe aux nécessiteux.
A suivre

- 17:13 - rubrique Autour de la nourriture - Permalien - 0 commentaires

Samedi 20 Novembre 2021

DON ALIMENTAIRE

L’assistance aux pauvres

 

Comment cette charité s’organise-t-elle sous l’Ancien Régime en France ? A partir du XIIIe siècle, on remarque les fondations d’organismes charitables à destination des enfants abandonnés, des veuves et des vieillards, des infirmes et des aveugles. A quoi s’ajoute des secours à domicile organisés par des sociétés de charité, des ordres religieux et des confréries qui distribuaient des vivres aux plus nécessiteux.

Par ailleurs l’Hôtel-Dieu de Paris loge et nourrit tous les malades misérables, créé en 1505 l’Hôtel-Dieu n’a comme seule exigence pour y être admis que de ne souffrir que d’une maladie curable. Un régime plus doux qu’à l’Hôpital Général où l’on est amené de force, où les pauvres sont nourris de pain, d’eau et de potage, ce dernier pouvant leur être supprimé en punition de faute et où l’on subit du travail forcé.

Les enfants profitaient d’un autre système d’assistance, Tous les enfants trouvés et assistés étaient envoyés dans divers hôpitaux, l’hôpital de la Trinité dit Des Enfants bleus recevait les enfants d’indigents âgés de moins de cinq ans, l’hôpital des enfants Dieu, dit des Enfants Rouges faisait enseigne de charité et l’Hôpital Notre Dame de la Pitié. N’oublions pas les maisons du Port Saint Landry. : « Qu’il se trouve par les rues de Paris quelque enfant exposé […]Il se doit porter aux Enfants Trouvez à Nostre Dame, en la maison destinée pour les nourri et les allaicter, qui est auprès la maison épiscopale et fait la bas d’une ruelle descendant à la rivière. » écrit Boucher à propos des maisons de Saint Landry dans le Trésor du droit français. Saint Landry qui en 651 vend de la vaisselle et des vases sacrés pour secourir des affamés. »

Dans la ville de Moulins en février 1566 une ordonnance est promulguée dans laquelle on peut lire : « et outre ordonnons que les pauvres de chacune ville, bourg ou village, seront nourris et entretenus par curé de la ville, bourg ou village dont ils seront natifs et habitants, sans qu’ils puissent vaguer et demander l’aumône ailleurs au lieu duquel ils sont. » C’est un système d’assistance communale qui peut exister car François Ier avait institué une taxe des pauvres en 1544 qui était récolté par le Grand Bureau des Pauvres qui gérait le secours aux miséreux dans la ville de Paris. On peut imaginer que cette mesure a été imité partout en France.

Ce qui d’autant plus vraisemblable que les paroisses étaient divisées en quartiers où œuvraient une dame de charité qui visitait les pauvres et leur versait des secours en argent et en nature. D’un côté cette dame de charité ne distribuait pas seulement ses propres aumônes ais aussi les secours donnés par une caisse alimentée par des dons, des legs et des quêtes. D’autre part, les pauvres devaient adresser une requête pour obtenir des secours.  Le fonds des pauvres, institué par Colbert, versait 80.000 livres aux clercs de Paris qui les distribuaient en majeure partie en nature : vêtements, nourriture et bois de chauffage.

Jusqu’en 1544, la direction des secours à domicile et la police des pauvres et des mendiants étaient sous le contrôle du Parlement.

Des communautés religieuses distribuaient des soupes et du pain. Comment savoir à qui distribuer les subsides nécessaires ? Les curés et marguillers de chaque paroisse, assistés de notables, élisaient plusieurs bonnes personnes pour visiter les pauvres une fois par semaine ou davantage en cas de besoin. Les caisses de secours étaient alimentées par une taxe perçue dans chaque paroisse pour l’entretien de la « Communauté des pauvres » et chaque ville du royaume de France prenait soin de ses pauvres.

Les personnes qui assistaient les pauvres se regroupaient en confréries. Ces mutuelles-assistances, essentiellement religieuses et charitables trouvaient leurs recettes dans les droits d’admission à la confrérie, les cotisations annuelles de ses membres, des libéralités volontaires et des amendes. Les dépenses étaient dues aux secours aux malades et aux blessés, à l’assistance à la veuve et à l’orphelin et aux messes et banquets.

Qui étaient Les pauvres assistés ?

Des familles qui ne gagnaient pas assez pour subvenir à leurs besoins, des familles sans père ou sans mère qui étaient nombreuses et des mendiants. A partir du XIVe siècle dans la France entière ils sont nombreux en raison des pestes, des famines et de la guerre de Cent Ans. C’était une foule innombrable qui affluait vers les villes où elle espérait trouver davantage de secours que dans les campagnes. Cette foule de miséreux poussa à la création en 1544 du Bureau de pauvres et plus tard en 1656 de l’Hôpital Général où on y incarcérait les pauvres, ils étaient environ 123000 à y vivre. Sous la régence pour ne plus les voir ils furent déportés. Et pourtant comme le dit Arlette Farge dans ces livres combien nombreux étaient les pauvres au XVIIIe siècle, ceux qui gardaient un dernier croûton de pain pour la faim qu’on retrouvait dans leurs poches après leur mort dans la rue. Les sociétés caritatives ne suffisaient plus. Les désordres climatiques privant les paysans de leurs récoltes, les prix du blé et donc du pain augmentait, la faim des pauvres aussi. Le pain étant la nourriture principale du peuple.

 A suivre...

- 20:20 - rubrique Autour de la nourriture - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 18 Novembre 2021

DON ALIMENTAIRE

L’assistance aux pauvres

 Comment la charité s’organise-t-elle sous l’Ancien Régime en France ?

A partir du XIIIe siècle, on remarque les fondations d’organismes charitables à destination des enfants abandonnés, des veuves et des vieillards, des infirmes et des aveugles. A quoi s’ajoute des secours à domicile organisés par des sociétés de charité, des ordres religieux et des confréries qui distribuaient des vivres aux plus nécessiteux.

Par ailleurs l’Hôtel-Dieu de Paris loge et nourrit tous les malades misérables, créé en 1505 l’Hôtel-Dieu n’a comme seule exigence pour y être admis que de ne souffrir que d’une maladie curable. Un régime plus doux qu’à l’Hôpital Général où l’on est amené de force, où les pauvres sont nourris de pain, d’eau et de potage, ce dernier pouvant leur être supprimé en punition de faute et où l’on subit du travail forcé.

Les enfants profitaient d’un autre système d’assistance, Tous les enfants trouvés et assistés étaient envoyés dans divers hôpitaux, l’hôpital de la Trinité dit Des Enfants bleus recevait les enfants d’indigents âgés de moins de cinq ans, l’hôpital des enfants Dieu, dit des Enfants Rouges faisait enseigne de charité et l’Hôpital Notre Dame de la Pitié. N’oublions pas les maisons du Port Saint Landry. : « Qu’il se trouve par les rues de Paris quelque enfant exposé […]Il se doit porter aux Enfants Trouvez à Nostre Dame, en la maison destinée pour les nourri et les allaicter, qui est auprès la maison épiscopale et fait la bas d’une ruelle descendant à la rivière. » écrit Boucher à propos des maisons de Saint Landry dans le Trésor du droit français. Saint Landry qui en 651 vend de la vaisselle et des vases sacrés pour secourir des affamés. »

Dans la ville de Moulins en février 1566 une ordonnance est promulguée dans laquelle on peut lire : « et outre ordonnons que les pauvres de chacune ville, bourg ou village, seront nourris et entretenus par curé de la ville, bourg ou village dont ils seront natifs et habitants, sans qu’ils puissent vaguer et demander l’aumône ailleurs au lieu duquel ils sont. » C’est un système d’assistance communale qui peut exister car François Ier avait institué une taxe des pauvres en 1544 qui était récolté par le Grand Bureau des Pauvres qui gérait le secours aux miséreux dans la ville de Paris. On peut imaginer que cette mesure a été imité partout en France.

Ce qui d’autant plus vraisemblable que les paroisses étaient divisées en quartiers où œuvraient une dame de charité qui visitait les pauvres et leur versait des secours en argent et en nature. D’un côté cette dame de charité ne distribuait pas seulement ses propres aumônes ais aussi les secours donnés par une caisse alimentée par des dons, des legs et des quêtes. D’autre part, les pauvres devaient adresser une requête pour obtenir des secours. Le fonds des pauvres, institué par Colbert, versait 80.000 livres aux clercs de Paris qui les distribuaient en majeure partie en nature : vêtements, nourriture et bois de chauffage.

Jusqu’en 1544, la direction des secours à domicile et la police des pauvres et des mendiants étaient sous le contrôle du Parlement.

Des communautés religieuses distribuaient des soupes et du pain. Comment savoir à qui distribuer les subsides nécessaires ? Les curés et marguillers de chaque paroisse, assistés de notables, élisaient plusieurs bonnes personnes pour visiter les pauvres une fois par semaine ou davantage en cas de besoin. Les caisses de secours étaient alimentées par une taxe perçue dans chaque paroisse pour l’entretien de la « Communauté des pauvres » et chaque ville du royaume de France prenait soin de ses pauvres.

Les personnes qui assistaient les pauvres se regroupaient en confréries. Ces mutuelles-assistances, essentiellement religieuses et charitables trouvaient leurs recettes dans les droits d’admission à la confrérie, les cotisations annuelles de ses membres, des libéralités volontaires et des amendes. Les dépenses étaient dues aux secours aux malades et aux blessés, à l’assistance à la veuve et à l’orphelin et aux messes et banquets.

 

- 15:44 - rubrique Autour de la nourriture - Permalien - 0 commentaires

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