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Boire et Manger, quelle histoire !
Le blog d'une historienne de l'alimentation

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Jeudi 30 Septembre 2021

 Les éditions de l’Iconoclaste ont eu l’excellente idée de publier un livre sur le plus discret et le plus talentueux des maîtres de la gastronomie : Bernard Pacaud qui officie dans ce lieu d’excellence qu’est l’Ambroisie, sis place des Vosges à Paris.

Frédéric Laffont, l’auteur de cet ouvrage intitulé « Une vie par le menu », raconte avec intelligence le parcours de ce remarquable chef. Un livre qui est une belle leçon de vie et un titre que je trouve extrêmement pertinent. Non seulement en raison de l’évidente analogie, mais parce que menues sont les paroles de ce chef qui reste dans l’ombre, menues ses apparitions même dans son restaurant qui montrent surtout son désir de n’exister par et pour sa cuisine décrite sur son menu et par son talent de cuisinier exclusivement. Et par le menu aussi car ce sont par les menus détails de son enfance et de sa formation que l’on voit et comprend comment Bernard Pacaud est devenu cet homme et ce cuisinier si singulier.

Frédéric Laffont choisit ses mots et cisèle ses phrases comme le fait Bernard Pacaud avec ses ingrédients dont il fait des plats d’exception. Quand cet extraordinaire talent est né et comment s’est-il développé ? C’est ce tout l’intérêt de ce livre et que renforce les courtes phrases que le chef a confié à l’auteur et qui permettent de comprendre sa personnalité. Cela nous permet de découvrir la belle ténacité d’un jeune homme et d’un homme qui va toujours de l’avant. S’il n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche et loin s’en faut, il a croisé la route de personnes qui ont perçu dans son caractère des ressources nécessaires pour tracer son chemin dans la vie. Il rencontra les meilleurs maitres en cuisine. Tout d’abord une grande cuisinière qui l’a formé et pris sous son aile : la célèbre Mère Brazier , autant qu’une formation c’est une éducation qu’elle lui a donnée, lui a apprenant le respect des produits et des hommes, une règle qu’il n’a jamais oubliée. Elle fut toujours un soutien précieux.

Fort de ses connaissances, Bernard Pacaud monte à Paris où, après quelques expériences, il rencontre un autre chef étonnant : Claude Peyrot au Vivarois qui l’a lui également profondément marqué et influencé par son exigence et la simplicité de ses plats, et qui a renforcé son exigence naturelle, l’a obligé à se connaitre et par la confiance qu’il eut en lui, il lui a permis de pouvoir prendre son envol.

Un envol qui n’a été possible sans la complicité admirative de son épouse Danièle qui l’a poussé à prendre son indépendance et l’a toujours épaulé et soutenu. Car si l’Ambroisie a très vite été reconnu comme un haut lieu de la gastronomie, les débuts furent vraiment difficiles et il a fallu son talent et ses qualités humaines pour tenir et sa conviction que la cuisine passe avant tout. Très vite les amateurs éclairés sont venus tenir table à l’Ambroisie et s’appliquer à faire sa réputation. Et on les comprend tant le livre nous montre l’extrême exigence de Mr Pacaud tant dans la provenance des produits que la manière dont il va les transformer et les magnifier. Des plats qui demande du temps, une remarquable technique et un grand désir de donner du plaisir. Telle la narration de la recette de l’œuf en gelée, nulle part ailleurs me semble-t-il, on ne déguste un œuf en gelé d’une telle saveur. Le secret : des bons ingrédients, naturellement et du temps, beaucoup de temps et une grande patience. L’amour de la belle ouvrage, expression de la vraie cuisine.

Bernard Pacaud, chef triplement étoilé a su toujours garder sa modestie et sa discrétion, une gageure dans un monde tant médiatisé. Pas d’esbrouffe la cuisine comme la plus juste expression.

 Bravo et merci pour cette belle leçon et merci de donner tant de plaisir. 

- 11:25 - rubrique Livres - Permalien - 0 commentaires

Lundi 11 Février 2019

 Je viens de terminer la lecture du livre posthume de Jim Harrison :
"Un sacré gueuleton, manger, boire et vivre" aux éditions Flammarion.

Jim Harrison est un grand écrivain américain, aussi célèbre en France qu'aux Etats-Unis, un auteur dont j'aime les livres et qui, à mon humble avis, a écrit un des plus beaux portaits de femme dans son roman "Dalva" qui est un très grand et très beau livre. 
Tous ses livres célèbrent un art de vivre au milieu de la nature, les bonheurs éprouvés lors des parties de  chasse et de pêche, et le plaisir de cuisiner ses prises et de les accompagner de bons vins et de partager ses repas. 


Et voilà que quelques mois après sa mort, est publié "Un sacré gueuleton". Un titre attirant et juste, moult chapitres n'étant consacrés qu'à la description de gueuletons,  pour un ouvrage qui réunit des articles que Jim Harrison avait écrit tout au long de sa carrière et pour le New York Times en particulier.
Je dois avouer que m'étant régalée de savoureuses descriptions culinaires dans certains de ses romans,en particulier dans "Entre chien te loup" je m'attendais à des pages étonnantes et dignes d'un héritier de Rabelais. 
Et il y en a quand il parle du vin, quand il s'attarde sur ses parties de pêche, sur ses promenades avec ses chiens, sur l'amitié avec ses vieux copains et compagnons d'agapes, sur la poésie...   Mais dans certaines pages, il s'étend longuement et de manière répétitive  sur ses maux et il décrit ses agapes et beuveries qui montre un homme plus soucieux de boire beaucoup et de manger tout autant que d'un gourmand ou d'un gourmet sont décevantes car loin de ses récits antérieurs. Certes des articles pour des new yorkais ne sont pas de même tonneau que des romans mais on ne sent pas la même passion de l'écriture que dans ses livres, il se répète trop. 
Car, malade à la fin de sa vie, Jim Harrison ressasse les sensations éprouvées par ses divers maux et l'on peut lire dans le même article plusieurs fois la même phrase. Peut-être était-il trop fatigué pour garder sa verve d'antan, mais alors pourquoi publier ces articles qui ternissent l'image de cet écrivain si plein de vie dont la plume subtile pâtit de certaines chroniques ? Oui car il avoue sa difficulté à trouver l'inspiration, sa fatigue à écrire depuis si longtemps. Certes, les écrivains ne sont ni des dieux, ni des surhommes, alors respectons leurs faiblesses et ne les mettons pas en avant. 
Il y a dans les oeuvres posthumes - roman inachevé, roman dont l'auteur n'était pas satisfait, compilations de réflexions -, quelque chose qui me gène parfois. Ce sont souvent des décisions d"ayant-droits ou d'éditeurs qui rompent la cohérence d'une oeuvre en montrant la vie privée qui prend le pas sur l'oeuvre écrite. Car les chroniques sont écrites dans un style différent, plus exibitioniste quand il est en forme et pleins de regrets quand ses maux l'empêchent de vivre pleinement. 
Le dernier chapitre est beau sinon, ce livre que j'avais ouvert avec enthousiasme aurait été refermé avec un plaisir moins évident. 

Mais ne boudons pas notre plaisir, il y a de belles choses dans ce livre et je cite quelques lignes sur le vin.
Commençons par une citation de Benjamin Frnaklin que je trouve évidente:
" Le vin est la preuve quotidienne que Dieu nous aime et qu'il veut notre bonheur."
Et quelques lignes plus loin, la réflexion du connaisseur qui savait allier vins et mets:
"Le vin nous guide vers la nourriture qui deviendra notre préférée."
Et pour finir deux évidences:
" La météo est l'oeuvre de Dieu et le vin celle de l'homme."
En France, on se sent au coeur des choses - le vin-, et de sa maitresse, la bouffe."

La messe est dite.

 

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- 11:44 - rubrique Livres - Permalien - 0 commentaires

Mardi 18 Octobre 2016

 La cuisine du monde d’une voyageuse lilloise

     Un mot du titre de ce livre m’a accroché « Happy ». Une cuisine joyeuse, enfin ! Cela va changer des livres dits culinaires où l’on parle davantage de diète, d’allergies et de pseudo santé que de cuisine et de gourmandise.

       Anne Coppin est une fille du Nord qui, dès sa tendre enfance, fut attirée par la cuisine et piquée par le virus du voyage. Ces deux passions conjuguées l’ont poussée à découvrir partout où elle voyageait les saveurs locales : un plat, une boisson, une épice, un ingrédient, des manières de faire et des manières de table. Tous ces goûts, ces saveurs, ces arômes furent tout à la fois notés dans un carnet et emmagasinés dans sa mémoire du goût. Sacrifiant au plaisir de cuisiner, elle s’est embarquée dans une cantine ambulante qu’elle a promenée dans le vaste monde testant les recettes locales en cuisinant des ingrédients indigènes.

     Ayant changé d’orientation professionnelle, A Coppin a pris le temps de revenir sur ses étonnantes expériences culinaires en puisant dans ses souvenirs gustatifs, ses émotions gourmandes bien conservées dans sa mémoire, avec l’aide précieuse de ses carnets. Le résultat est un livre « Happy World Food » que je trouve intéressant et futé, rempli de recettes originales de plats, de boissons et de gourmandises diverses, fort appétissantes et savoureuses (quelques recettes testées en sont la preuve).

       Bon et malin, ce livre, réalisé par une autodidacte qui s'exprime comme une professionnelle, donne une foule de conseils pratiques. En exergue de chaque recette, des indications précieuse de durée, de budget, de niveau de cuisine et de temps de préparation  qui permettent de ne pas s’embarquer à la légère dans la réalisation d’un plat. Et s’il vous manque un ingrédient pour réaliser la recette que vous avez élue, on trouve en fin d’ouvrage une fort judicieuse table de substitution. On trouve aussi avec chaque recette une petite rubrique intitulée « aller plus loin » pour tester d’autres saveurs en variant simplement les ingrédients du plat, ce qui permet quand on apprécie particulièrement une recette d’en varier les goûts et de la dupliquer sans s’en lasser.

      A la fin de l’ouvrage, Anne Coppin livre à ses lecteurs des tas de conseils pratiques : des recettes d’accompagnement : sauces, boissons, riz et pâtes, un chapitre « Outils » qui contient des indications sur les ustensiles et des ingrédients : huiles, vinaigres, herbes, légumes, céréales diverses et un très utile lexique des produits exotiques assez peu connus et un autre non moins utile de techniques.

 "Happy World Food" est un livre vraiment réussi, aussi joyeux que son titre l’indique, illustré des photos de l’auteur qui a plus d’une corde à son arc. Un livre qui explore les saveurs du monde que l'auteur qui s'est forgée un vraie culture du goût sait transposer et partager. 

Un dernier détail, ce délicieux livre qui ne coûte que 22 € est paru chez UMAI éditions.

 

- 17:52 - rubrique Livres - Permalien - 2 commentaires

Mardi 13 Septembre 2016

 Voici un livre qui relance l’intérêt pour une des plus anciennes techniques de conservation des aliments : la lacto-fermentation et qui signe peut-être son renouveau. Dans l’ensemble, nos sociétés modernes ont délaissé cette conservation en préférant conserver leurs aliments par le froid. La fermentation lactique présente comme avantage de ne demander aucune dépense électrique, élément à considérer avec intérêt donc, à notre époque qui restreint sa consommation d’énergie.  

 

Il y a beaucoup de redécouvertes et d’expérimentations dans le domaine de l’alimentation. Le Livre Ces ferments qui nous veulent du bien  s’inscrit dans cette tendance et dans celle qui lie la nourriture et le bien-être. L’auteur, Claudia Lorenz-Ladener, architecte allemande, reconvertie dans l’édition, a étudié et longuement expérimenté la conservation des légumes en particulier par la fermentation lactique. Très tentée par cette méthode qui est facile à réaliser car les bactéries qui sont les agents de cette fermentation existent partout.

Les sumériens, les romains avec le garum, les asiatiques avec le nuoc man ou le soja fermenté, les allemands avec la choucroute ont pratiqué et pratiquent encore cette technique de conservation. Mais nous dit l’auteur, tous les légumes, beaucoup de fruits et même des jus de fruits et de légumes peuvent se conserver selon les principes de cette méthode. Une méthode que C. Lorenz-Ladener explique avec beaucoup de sérieux et de manière très pédagogique comme elle l’exprime dans son avant-propos : «  Il (le livre) ne se consacre pas à la description de mets exotique, mais s’attache plutôt à proposer des méthodes soit traditionnelles, soit plus récentes, et aussi à fournir des connaissances précises sur ce mode de conservation biologique des aliments. »

C. Lorenz-Ladener, dans cet ouvrage, nous fait part de toutes ses expériences de conserves lacto-fermentées, ses expérimentations sont narrées par le menu : toutes les étapes sont détaillées, de la mise en bocaux jusqu’à la manière de les conserver, comment fabriquer son propre levain, le tout illustré de nombreuses photos très utiles qui renforcent les explications. De même, avec humour et modestie, elle n’hésite pas à montrer ses déboires et ses divers ratages et explique comment les éviter. Il a beaucoup de conviction dans son propos et pour séduire le lecteur, l’auteur nous livre de nombreuses et fort appétissantes recettes.  

Cette redécouverte de cette méthode de conservation est intéressante, pas seulement pour les nostalgiques de la cuisine du passé. Car les légumes conservés de cette manière développent un goût particulièrement délicieux, la lacto-fermentation bonifiant leurs arômes sans les modifier. Et, cerise sur le gâteau, les aliments fermentés nous veulent du bien comme le dit le titre du livre car, devenant des probiotiques grâce à la fermentation lactique, ils sont excellents pour notre bien-être et notre flore intestinale (décidément les auteurs allemands sont très passionnés par les intestins).

Ces nombreuses raisons devraient inciter à la lecture de ce livre original et enrichissant notre culture alimentaire qui devrait séduire les amateurs de légumes.

 

Claudia Lorenz-Ladener

Ces ferments qui nous veulent du bien

Editions du Rouergue

125 p, 22 €


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- 16:20 - rubrique Livres - Permalien - 2 commentaires

Jeudi 02 Juin 2016

 La cuisine du Central de Michel et Marie-Pierre Troisgros
Editions du Rouergue
Texte de Bénédict Beaugé et photographies de Marie-Pierre Morel
190 pages, 24,90 €

 

Le Central est le café-restaurant-épicerie sis près de la célèbre maison Troisgros où officie Michel Troisgros. Dans ce lieu nouveau, ouvert en 1995, Michel et son épouse Marie-Pierre ont créé une atmosphère et une cuisine nouvelle. Une conception originale qui, mêlant restauration et épicerie, montre l’attachement aux produits présents sur le marché de la ville et aux producteurs qui approvisionnent la cuisine du Central. Inspiré de la « nouvelle cuisine » chère à la famille Troisgros avec un prolongement : la vente des produits issus de la campagne proche et d’autres patries culinaires de Michel et Marie-Pierre.  Ce qui fait la particularité du Central, c’est sa cuisine qui puise ses inspirations dans les produits régionaux et dans les origines italiennes de la famille mais aussi dans les découvertes faites par Michel durant ses expériences culinaires à travers le monde.

Cela donne 81 recettes qui expriment autant l’esprit du lieu que le talent et l’imagination du cuisinier.

Encore un énième livre dans lequel un chef livre ses recettes, pensez-vous ! Oui, bien sûr Michel Troisgros donne ses bonnes recettes du Central qu’apprécieront ceux qui habitent loin de Roanne. Mais cet ouvrage présente un petit quelques choses de plus !

D’abord il y a le texte écrit par Bénédict Beaugé dont l’excellente plume, au style personnel et si plaisant formule une analyse pertinente des lieux et un parfaite connaissance de la cuisine de Michel Troisgros avec lequel il a déjà travaillé. Ce texte est complété par les photos de Marie-Pierre Morel qui laissent ressentir l’esprit du Central de si belle manière qu’on a l’impression d’y être assis.

Et il y a les recettes, elles aussi fort bien mises en valeur par la photographe et dont le déroulement est bien expliqué ce qui les rend parfaitement réalisables, d’autant plus que les dernières pages sont consacrées à quelques recettes de base qui permettent d’appréhender les techniques originelles qui aident à se familiariser avec la cuisine. Ces recettes sont toutes exécutables car les ingrédients sont bien désignés et les textes très clairs et compréhensibles. Elles sont l’expression de l’esprit du Central : excellents produits de saison, c’est un hymne aux produits, techniques simples et bien expliquées, présentation des plats soignée mais pas « chichiteuse » à la portée de tous. C’est une incitation à se mettre en cuisine, à réaliser des plats originaux, et qui permet de renouveler notre cuisine quotidienne en leur apportant le plus du chef : imagination et savoir-faire. On y retrouve les plats traditionnels du Central : « l’omelette plate et soufflée à la fourme », le « tartare de la gare » ou « la poêlée de grenouilles à l’ail et au gingembre », les plats issus de la cuisine d’ailleurs revue à la manière Michel Troisgros : « Fish & chip sauce indienne, belle évocation de l’ex-empire britannique, ou « la daurade shabu-shabu » qui nous emmène  dans la lointaine Asie et des desserts si gourmands, traditionnels ou dépaysant qu’on n’a plus aucune raison de résister à la tentation.

C’est un beau livre, très intéressant qui nous emporte au Central chez Michel et Marie-Pierre Troisgros, dans une ambiance à la fois gourmande, conviviale et discrètement raffinée.  Les plats dont les recettes sont données mettent en avant des produits de qualité et montrent un attachement aux sources culinaires et à l’inventivité. Une cuisine d’une élégance sobre, représentative d’un certain  art de vivre. 


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- 15:59 - rubrique Livres - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 28 Avril 2016

 

J'ai la grande joie de vous présenter mon dernier livre paru "Le vin dans la cuisine".
Il mêle histoire, pratiques de tables et techniques de livre dans une première partie qui vous permettra de trouver des réponses à bon nombre de questions que vous vous posez sur la cuisine au vin. 
Dans une deuxième partie, après quelques allèchantes photographies, je vous propose des recettes tradditionnelles et régionales et un superbe cadeau:  des  recettes exclusives offertes par vingt six chefs français représentatifs du génie culinaire Certains sont étoilés d'autres non, mais toutes les recettes sont originales, exquises et attirantes. 
Je souhaite que ce livre vous procure des plaisirs de lecture et de cuisine afin de satisfaire votre gourmandise.
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- 12:12 - rubrique Livres - Permalien - 2 commentaires

Dimanche 08 Mars 2015

 Après mon point de vue sur le livre Poissons que je vous recommande chaudement,  je vous propose, pour vous mettre en appétit, de lire la Postface de Pierre Mollo

De la terre à la mer

Il y a les lois et les droits qui semblent baliser l'espace et le temps, des règles pour quadriller, contenir nos agir qui ne sont rien sans la force qui nous tient.

Alors vient la mer, sans mur ni béton, sans mesure à nos yeux, juste là,
à la porte des villes, se faufile en nos ports, s'insinue en nos estuaires. 
Elle amoure, c'est selon, se fracasse en nos plages. Petit saut sur le pont
et nous voilà partis. De l'écume que l'on brasse et embrasse,
l'on s'y détend pleinement, libre d'aller, de voguer, silloner et plonger...

Marins pêcheurs, la mer est un royaune dont tu es le sujet.
Pas à pas tu apprends très sûrement comment t'y fier.
Chaque jour requiert ton attention, le moindre signe que tu perçois
dans ces carrés d'aeu que tu connais te sert à discerner les sautes de vent, 
les changements de temps et les courants, tout ce qui te menace
ou te rassure, ce qui attire ou épouvante les proies que tu pourchasses. 

Il y a les lois et les droits pour respecter l'autre - ami ou concurrent- ,
le matériel, l'espoir de la calée, pour entretenir - des poissons, 
mollusques ou coquillages -, les allées et venues, les "moutons", 
ces zones de frai, les habitats, nurseries, pierres ou brondes, que tu chéris. 



 

- 17:18 - rubrique Livres - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 26 Février 2015

 Elisabeth Tempier,
POISSONS, Histoires de pêcheurs, de cuisiniers et autres….
Libre et Solidaire éditeur
275 pages,
29,90 €.


Je lisais récemment un article édifiant sur la pêche intitulé « 35 faits sur la pèche qui vont vous faire passer l’envie de manger du poisson ». Cet article énumère les méfaits de la pêche industrielle et leurs conséquences désastreuses sur l’écologie : habitats sous-marins dévastés, espèces décimées et dommages sur notre santé. Déprimant, révoltant, donnant envie de boycotter son poissonnier favori.

Mais heureusement, un livre vient redorer l’image de la pêche, et redonner l’envie de manger du poisson en montrant une pêche plus humaine, plus respectueuse du milieu et un véritable amour du métier.

Que diriez-vous d’une promenade en bateau avec Elisabeth Tempier, dans le bateau d’un pêcheur artisan de Méditerranée ? Un de ces bateaux qui larguent les amarres chaque matin dès potron-minet dans les pâles lueurs de l’aube pour aller traquer quelques poissons du littoral. Travaillant au rythme du temps et des saisons, avec la passion pour leur métier, ils font découvrir aux lecteurs de ce passionnant ouvrage des poissons dont nous ignorons l’existence et leur goût, leurs habitats et leurs mœurs, des techniques de pêche et des outils étonnants, des récits émouvants ou hauts en couleur.

Les récits de leur pêche, de leur travail quotidien sont recueillis par Elisabeth Tempier, auteur du livre, une économiste tellement intéressée par l’activité et l’organisation du métier de marin pêcheur qu’elle aide cette profession à préserver l’aspect artisanal de leur métier, permettant ainsi la conservation d’une culture qui se perdrait sans cela et d’un environnement écologique : la mer, les côtes, qui ont bien du mal à se protéger des multiples prédateurs et d’actions destructrices.

Afin de mieux cerner ces problèmes le livre est divisé en six parties qui mettent en évidence un aspect bien particulier du métier, la Nature, les Savoir-faire, le Métier, et son Organisation, les Territoires et l’Environnement. Ponctués de croquis très explicites et clairs, de récits, d’entretiens, de superbes photos et de savoureuses recettes (données par des chefs ou de bons cuisiniers), le livre est un ouvrage indispensable pour qui

-         -  aime le poisson et sa cuisine

-         -  s’intéresse au métier de marins pêcheurs artisans vraiment respectueux de leur environnement et passionnés par leur métier,

-         -  a envie de découvrir les techniques traditionnelles de pêche

-          - est un amoureux de la mer

-         -  est tout simplement curieux

-          - est un militant pour une nourriture saine et citoyenne, un environnement préservé…

Car il y a un regard militant dans ce livre qui envisage les poissons et les métiers qui les entourent comme des créateurs de liens sociaux, comme générateurs de respect pour la Nature avec un grand N, d’humilité devant sa beauté et sa vulnérabilité face aux projets d’hommes qui agissent comme des apprentis sorciers.

Ces pêcheurs sont tout le contraire, empreints d’humilité, de passion, d’amour du travail bien fait, ils forcent le respect et offrent un message de paix et un moment de sérénité, des voyages plein de découvertes, de surprises et d’émerveillements, mais aussi de luttes et de souffrances. 

Joan Roca, Gérald Passédat, Vincent Lucas, Michel Portos, Eric Sapet, Maria Magistà et bien d'autres cuisiniers émérites ont offert leurs recettes les plus originales. Carlo Petrini, fondateur de "Slow Food", a écrit la préface et Pierre Mollo, spécialiste mondial du plancton, la postface.

D’une lecture agréable et extrêmement divertissante et pleine d’enseignements, cet ouvrage très complet est à lire tout affaire cessante et/ou à offrir.

 



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- 18:39 - rubrique Livres - Permalien - 0 commentaires

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Mon livre

L'histoire des légumes, des potagers, du néolithique à nos jours en passant par les abbayes. Plus une cinquantaine de recettes de Michel Portos, cuisinier de l'année 2012 GaultMillau, avec les accords vins de Patrick Chazallet. De très belles photos d'Anne Lanta, une préface de Christian Coulon pour la beauté de l'ouvrage. alt : Widget Notice Mollat Analyse sur un ton léger des rapports des femmes au vin de l'Antiquité à nos jours, les interdits, les tabous, les transgressions, se ponctuant par quelques portraits de femmes du vin contemporaines. alt : Widget Notice Mollat

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