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C'était pas simple mon fils
Mon père, paysan du XXe siècle
Non, vraiment la vie d’un paysan n’était pas simple dans la seconde moitié du XXe siècle. Cette seconde moitié qui bouleversa l’agriculture an prônant la mécanisation et la modernisation. Que de choix cornéliens à prendre !
Cet ouvrage est publié par les éditions du Panthéon et est écrit par Yvan Perreton qui a eu une excellente idée en dressant un portrait vivant qui témoigne de l’existence d’un paysan dans ces années de changement. Le portrait de son père qui témoigne de la vie paysanne dans les monts du Forez. Le XXe siècle, c’était hier et pourtant il semble que ce temps est bien loin des pratiques et soucis actuels. Si loin, pas tant que ça les questionnements de nos sociétés découlant bien souvent des choix qui ont été pris à cette époque.
Dans ce livre Yvan Perreton, à travers la voix de son père, nous emmène au cœur des préoccupations et des préférences en matière d’agriculture que ce dernier privilégia. Certaines allaient à l’encontre des idées nouvelles de son temps mais l’amour de son métier et le respect qu’il avait pour sa terre étaient plus fortes que tout. Il choisit de se moderniser- car certaines nouveautés étaient indispensables dans une époque où le monde agricole souffrait d’une pénurie de main d’œuvre- tout en préservant des pratiques de culture que l’on appellerait maintenant « écologiques », mais que lui considérait comme des traditions, les savoir-faire de ses pères.
« Il a su agrandir et mécaniser la petite ferme familiale de moyenne montagne pour la faire entrer dans la modernité sans jamais perdre son âme de paysan. Il a été un acteur des bouleversements de l’agriculture après la Seconde Guerre mondiale. Du maniement de la pioche et de l’attelage des bœufs, il a gardé le bon sens du terroir, la connaissance du micro parcellaire, l’humilité face aux aléas climatiques. »
Yvan Perreton, historien de formation, et fidèle lui aussi à sa terre natale, allie dans ce livre les qualités et l’exigence de l’historien avec un regard filial, affectueux mais sans concession. D’où ce témoignage juste et sincère des démêlées, des questions insolubles dans lesquelles se débattaient les paysans des années 50 – 60 qui tentaient de comprendre cette course à la modernisation, de s’y intégrer sans trahir leurs expériences venant d’un travail quotidien avec leurs pairs et de leurs études dans les lycées agricoles. Qui a su résister quand il le fallait au miroir aux alouettes. Et un mot comment rester un paysan tout en s’appropriant la modernité et ne pas devenir un « exploitant agricole ». Car le paysan porte dans la racine du mot le lien à sa terre, à ses cultures et à ses bêtes et surtout un vrai respect pour son métier et son environnement. Une vie et un respect qu’il a su faire partager aux estivants qui venaient chez lui car il a su prendre à temps le virage du tourisme rural.
Ce n’était pas si simple en effet de rester fidèle à ses principes, de réussir sa vie familiale quand on n’a ni vacances, ni congés dominicaux à l’heure des congés payés et des week-end revendiqués. C’est un pari que Michel Perreton a fait et a gagné grâce à une vraie foi dans le choix qu’il a fait à vingt ans, à son bonheur familial, à des amitiés pérennes, à l’entraide qui régnait dans ces montagnes et à ses mandats de maire, un autre métier à part entière ainsi que le décrit Yvan Perreton : « Son métier, il l’a exercé dans son village, Palogneux où il s’est beaucoup investi, d’abord à travers l’entraide professionnelle, puis au service de la commune en tant qu’élu municipal : conseiller à partir de 1959, puis maire de 1983 à 2008. Mon père a contribué à l’adduction d’eau courante dans chaque maison. Il est à l’origine de la construction de la salle des fêtes, du classement au titre des monuments historiques de l’église paroissiale et de sa restauration complète, du réaménagement de la place de l’église, de la mise en tourisme du volcan… »
Le récit de cette existence est une belle leçon de vie, celle d’un paysan libre et heureux qui a connu le bonheur de léguer sa terre à un de ses fils.
« C’était pas si simple mon fils »
Mon père, paysan du XXe siècle par Yvan Perreton
Edition du Panthéon, Paris
Mots-clés : paysan


le 13.12.21 à 19:20
dans Livres
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