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Boire et Manger, quelle histoire !
Le blog d'une historienne de l'alimentation

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Lundi 25 Octobre 2010

Les jardins potagers ont la cote. Alors que l’hiver approche et que la terre va se mettre au repos, les journaux, même ceux qui ne sont pas dédiés au jardinage comme le célèbre « Rustica », donnent des conseils judicieux pour que jardins d’agrément et potagers passent bien l’hiver et soient prêts au printemps à reprendre du service. Parallèlement, d’autres articles tirent la sonnette d’alarme car le nombre de petites exploitations agricoles familiales ne cessent de diminuer dans le monde, privant les agriculteurs et les consommateurs de ressources vivrières.

L’essor des Potagers

Le monde occidental est saisi de la mode du potager. Ceux qui en ont la possibilité et le courage consacrent un coin de leur jardin aux cultures maraichères. Dès que les beaux jours et les températures clémentes reviennent, ils plantent avec amour de jeunes plants encore fragiles qui grâce à des soins quasi quotidiens deviendront des plantes potagères dont les fruits fourniront de la fin du printemps au début de l’hiver une grande partie de la table familiale. Durant l’été et l’automne, ces jardiniers courageux pourront se livrer aux joies de la fabrication de confitures et de conserves « fait main » et remplir les étagères de provisions pour l’hiver. Ils pourront aussi régaler leurs amis en leur offrant leurs bocaux « maison ». Les jardiniers amateurs qui disposent de davantage de temps, installent couches chaudes et serres pour continuer à récolter même durant les périodes les plus froides.

En dehors de ces plaisirs gourmands et saisonniers, ce qui me réjouit le plus sont les manières de jardiner qui sont préconisées dans les journaux et manuels. Je note un vrai retour à des techniques traditionnelles et avérées propres et soutenables utilisant les produits de la nature : paillis de feuilles mortes et de paille, enrichissement avec du compost et des fumures naturelles à base de fumier et de purin d’ortie par exemple, soins à base de décoction de plantes, conseils de plantations de plantes compagnes : les plantes soignent les plantes. Autre bonne nouvelle, le retour des semences traditionnelles et anciennes au détriment des hybrides et la redécouverte des plantes ou plutôt des herbes des jardins de moines. On trouve ou retrouve ainsi des formes et des couleurs, des goûts et des saveurs oubliés, des noms poétiques. Arroche, dolique, scorsonère, bardane, mauve et sauge, pâtisson, cresson alénois, plantain corne de cerf, tomates miel du Mexique ou Beauté blanche, topinambours, panais et chou-rave, crosne et cardon …

L’importance du potager marque un retour vers une pratique séculaire. Le potager était le jardin qui permettait aux paysans et plus précisément à la paysanne de nourrir sa famille tout au long de l’année. C’est dans ce jardin qu’elle cultivait et cueillait ensuite les légumes et herbes diverses qui alimentaient la marmite et la cuisine quotidienne. Les surplus vendus sur le marché le plus proche avec quelques œufs et un peu de lait offraient la possibilité de se consitituer un petit pécule permettant d’acheter ce que la ferme ne produisait pas ou quelques nouvelles bêtes pour la basse-cour. Perette et de son pot à lait existait bel et bien, La Fontaine n’a pas eu besoin de chercher très loin ce modèle, il l’avait sous les yeux tous les jours. Et sur les marchés campagnards on voit encore de vieilles paysannes vendant quelques œufs, des légumes et des fleurs de leur jardin-potager. Et surtout autour des grandes villes et même parfois dans certaines villes des espaces sont dévolus à des jardins vivriers, qu’ils s’appellent jardins-ouvriers ou autrement, ils se redéveloppent de manière significative dans l’hémisphère nord, manière de renouer avec la terre et la nature et pour les services sociaux d’occuper des personnes sans travail tout en leur procurant de quoi se nourrir et de posséder des produits d’échange et de troc. Puisque ce système de culture et d’échange a disparu de notre continent au profit d’une agriculture intensive et exclusivement marchande.

La décélération des exploitations agricoles familiales

Ce système est aussi  en train de disparaitre dans l’hémisphère sud et dans les pays dits émergents. Pays où pourtant ce type de cultures vivrières et familiales est vital. Cultivées essentiellement par les femmes et les plus âgés, ces parcelles procurent la nourriture quotidienne et la possibilité de se constituer une petite cagnotte utilisable pour pouvoir résister dans les périodes difficiles ou pour éduquer les enfants. A une échelle un peu plus élevée, les petites exploitations familiales, c'est-à-dire cultivées par les membres de toute une famille sont indispensables à l’équilibre des économies des pays de l’hémisphère sud comme ils l’étaient chez nous il y a encore peu de temps. Les paysans sélectionnent et échangent entre eux les graines et semences les plus belles et les mieux adaptées au terroir et aux climats, faisant évoluer les variétés naturellement et gardant chaque année de quoi replanter l’année suivante. Il s’agit d’une agriculture propre, ces agriculteurs n’ayant pas les moyens d’acheter des engrais chimiques et autres produits phytosanitaires. C’est un système un peu autarcique qui donne aux paysans une certaine indépendance alimentaire et économique et la possibilité de ne pas mourir de faim si aucune catastrophe climatique ne s’abat sur le pays. Equilibre précaire  comme chez nous autrefois certes, mais droit à une dignité d’être maître chez soi et de ne dépendre de personne.

Hélas, là aussi se reproduit le même phénomène. Les terres agricoles se font de plus en plus rares et disparaissent et l’accès à la terre est de plus en plus menacé pour les petits paysans et par conséquent la possibilité de se nourrir. Les terres agricoles se dégradent à cause du climat, d ‘une urbanisation galopante, d’un usage trop intensif de pesticides, d’herbicides et d’engrais chimiques qui rendent les terres stériles. Dans l’hémisphère sud, on doit aussi compter avec l’achat ou la location pour de très longues périodes de terres agricoles, les meilleures de préférence, de la part d’investisseurs de pays industrialisés afin de faire cultiver des produits agricoles ou industriels d’importation ou des agro carburants. Ces terres convoitées et achetées représentent 40 millions d’hectares, 10 millions de plus que celles qui disparaissent pour les raisons évoquées plus haut. Souffrant de la faim et chassés de leur terre dont ils ne possèdent pas toujours des droits de propriété, les petits paysans sont contraints de quitter leur village et leur maison pour aller chercher du travail dans les grandes villes. Dans ces immenses fourmilières humaines où ils ne trouveront ni logement, ni travail, contraints de vivre dans des bidonvilles ou dans des logements insalubres et de quêter leur nourriture ou essayer de sur vivre de chiches aides sociales ou de distribution de vivres de la part d’ONG. Le chiffre de 500 millions de petits agriculteurs soufrant de la faim est annoncé dans un rapport des Nations Unies. 500 millions ! Le chiffre est impressionnant et 500 millions d’agriculteurs le chiffre parait aberrant. Mourir de faim quand on est agriculteur, c’est un non sens absolu ! On se croitrait revenu des siècles en arrière.

 
Un éternel recommencement

Des siècles ou des années selon les degrés d’évolution des pays du monde. Et toujours en raison d’un besoin de puissance et de domination associé à un cynisme et un manque de sens moral. Rappelons-nous nos leçons d’histoire. Des paysans serfs de seigneurs laïcs ou religieux au Moyen-âge dont la plupart souffraient de la faim quand les récoltes étaient insuffisantes ou détruites par les intempéries ou des troupes de soldats en guerre. Ils souffraient également des réquisitions arbitraires lors des conflits qui leur ôtaient le pain de la bouche. Ce ne fut qu’au XVIIIe siècle quand la paix régna en France et en Europe que la situation des paysans s’améliora. Le spectre de la faim s’éloigna et beaucoup de paysans avaient acquis une autonomie. La plupart vivaient chichement et même très pauvrement et quittèrent la campagne pour la ville au siècle suivant allant travailler encore plus durement dans les nouvelles usines de l’industrie naissante. Ils connurent la faim et les conditions de vie plus insalubre encore que dans les campagnes. Mais certains d’entre eux purent renouer avec la culture des légumes et des fruits lorsque l’abbé Lemitre créa les jardins ouvriers. Devenus ouvriers dans les grandes villes, les paysans perdirent peu à peu les habitudes et le goût du travail agricole. D’autant que le travail agricole se mécanisa à outrance en particulier après la seconde guerre mondiale. Les tracteurs remplacent les hommes et les exploitations sont de plus en plus grandes, regroupant les terres de ceux qui les abandonnent.

On retrouve ce même schéma en Afrique et en Amérique Latine et en Asie avec des variantes dans chaque continent. Mais les transformations sont beaucoup plus rapides, ce qui a pris quelques siècles chez nous s’est fait en moins d’un siècle dans les continents précédemment cités. Et les nouveaux propriétaires ne sont plus des personnes privées mais des d’investisseurs étrangers, de grandes sociétés nationales ou internationales qui accaparent les terres pour produire des aliments, des cultures destinées à l’exportation et depuis peu des agro carburants. Cultures sur une très grande échelle qui ne profitent pas aux populations locales, peu payées et privées des terres ancestrales sur lesquelles ils cultivaient leur nourriture.

Il est temps de penser à une réforme agraire qui protégera les petits propriétaires, qu’ils soient des particuliers ou des collectivités (villages, coopératives, etc.), qui garantirai et protègerai les droit de propriété,  la biodiversité, le libre accès aux semences et  qui les protègerai des rapaces qui s’accaparent les droits de propriété du vivant. Il ne faut pas imposer un modèle occidental au monde entier, un modèle qui ne fonctionne pas forcément bien pour tout. Le libre accès aux semences est déjà un problème dans les pays développés où cependant des corporations, des syndicats, des lobbies peuvent s’organiser pour lutter, c’est beaucoup plus difficile dans les pays émergents où l’énergie des agriculteurs est monopolisée pour leur survie immédiate et où les instances gouvernementales se désintéressent la plupart du temps du sort des agriculteurs et les laissent se débrouiller seuls.

 

Le tableau n’est pas gai au premier abord et le travail est considérable pour parvenir à faire vivre décemment ces agriculteurs. Des actions existent déjà qui donnent une vision plus optimiste, car elles apportent une aide matérielle et morale sans être trop interventionnistes. Ce sont le plus souvent des actions individuelles ou provenant de petites collectivités locales. Parfois elles continuent ce qui a été lancé par une ONG ou sont soutenues par des particuliers ou des associations. « Il faut cultiver notre jardin » disait Candide et donner la possibilité à tous de le faire.

Pour compléter cet article lire aussi celui d'Afrique Expansion ainsi que celui du journal marocain Le Matin

 
 

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Mercredi 16 Juin 2010

Les vrais beaux jours ne sont pas encore là. Juin alterne jours de chaleur et de soleil et jours de pluie et d'orage. Cette alternace d'eau et de chaleur est excellente pour la végétation. Inutile d'arroser les jardins et potager la nature s'en charge généreusement.
Si la lutte contre les herbes adventices occupe beaucoup de temps, car, elles aussi, profitent de ce climat, ce que nous appelont bonnes herbes, légumes et fruits sont abondants et les récoltes promettent d'être bonnes.
Ma première expérience d'un vrai potager est prometteuse.J'ai été timide dans mes plantations car ce potager est un peu expérimental, je veux savoir ce qui pousse, comment et à quel rythme je vais récolter. Et surtout, je ne peux y passer trop de temps.
Mais la terre est riche et bonne et les blettes et salades déjà cueillies et mangées étaient superbes.
Quelques photos


un pied de blette entre un qui repousse et un qui vient d'être coupé


Courgette


Fleur de potimarron et à droite bébé potimarron


Pied de cornichons


tomates et herbes aromatiques:persil, cerfeuil, menthe, basilic, coriandre


feuilles de chène et sucrines


fraises des bois



groseilles


cassis

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Lundi 09 Novembre 2009

Cela parait une évidence, manger est bon pour la santé et évite de charger l’organisme de substances qui pourrait se révéler à plus ou moins long terme très néfaste pour la santé. Mais produire sain en est le corolaire obligatoire car les agriculteurs sont les premiers exposés aux pesticides avec des conséquences très graves pour eux.

 

C’est en effet ce qu’on retire de la lecture des conclusions d’une enquête réalisée depuis plusieurs années par la MSA (Mutuelle de Santé Agricole), par  des chercheurs de l’INSERM et de l’université Pierre et Marie Curie.

Ils ont interrogés 224 patients atteints de la maladie de Parkinson, de même âge, de même sexe et habitant le même département et ils ont comparé les résultats obtenus avec ceux de 557 témoins non malades.

Les malades atteints de la maladie de Parkinson avaient utilisé des pesticides durant un plus grand nombre d’années que les membres du groupe témoin. D’où il ressort que :

-          Les agriculteurs exposés aux pesticides multiplient par 2 le risque de développer la maladie de Parkinson

-          Les pesticides offrant le plus de risque sont ceux de type organochloré comme le DDT ou le lindane dont on retrouve des traces dans l’environnement de nombreuses années après leur utilisation.

 

Ces pesticides peuvent aussi être présent dans les aliments, fruits, légumes, herbes aromatiques cultivés sur ces parcelles traitées aux pesticides et se retrouver également dans ceux cultivés antérieurement même si ces parcelles ne sont plus pulvérisées de pesticides. Qu’en est-il des risques pour le consommateur? Pour l’instant, il n’y a pas de réponse en l’absence d’analyses sur des sujets consommateurs qui paraissent difficiles à réaliser.

 

Les risques d’une agriculture intensive et de l’utilisation de produits chimiques sont grands pour la nature. Ils le sont tout autant pour les agriculteurs-utilisateurs de ces pesticides qui  se rendent gravement malades en cultivant la nourriture des hommes. Ce qui est un comble, une nourriture indispensable pour se maintenir en vie et qui tue ! La remarque est tout aussi valable pour les jardiniers amateurs qui sont souvent des gros utilisateurs d’engrais chimiques et de pesticides. Vive le compost et le purin d’ortie !


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- 09:00 - rubrique Agriculture - Permalien - 0 commentaires

Samedi 22 Août 2009

 

Maguette

Lors d‘un atelier du goût, j’ai fait la connaissance de Maguette qui m’avait parlé de son élevage de bœufs et vaches Hereford. Un élevage extensif dans la région de Braud et St Louis et près de Bourg sur Gironde et une viande dont j’avais entendu dire du bien. Intéressant tout ça !  Je m’étais promis de la visiter et depuis hier c’est chose faite

 

Ce jour-là, Maguette nous reçoit sur les pâturages situés près de Bourg/Gironde, en face du Château de Milles Secousses. Maguette vient de desseller son cheval Jojo et le met au pré après avoir été visité ses troupeaux. Car John est un quarter horse[1], un authentique cheval de cow-boy sur lequel Maguette surveille, réunit et trie ses bêtes qui paissent dans de grands prés peu accessibles en voiture.



Maguette et John

Commençons par le commencement. L’entreprise de Maguette s’appelle La Peyronne, elle consiste en un élevage de Herefords selon un contrat d'agriculture durable.  Maguette a démarré son travail d’éleveur en 2005, mais deux ans auparavant elle avait déjà quelques bêtes qui nettoyaient la propriété de Braud et St Louis. Maintenant, outre cette propriété, située sur un site Natura 2000, elle loue en fermage 40 hectares à Bourg/Gironde et 16 à St Gervais. Ce qui fait 150 hectares de pâturages sur lesquels paissent 106 bêtes : taureaux, bœufs, vaches, génisses et taurillons.

 
Hereford sur des terres girondines
T

outes les bêtes du troupeau sont de race Hereford. C’est une race d’origine anglaise qui a été domestiquée de l’autre côté de l’Atlantique : aux Etats-Unis, au Canada et en Amérique du Sud, C’est une race très rustique. Les Hereford sont des bêtes à viande, le lait ne sert qu’à nourrir les veaux et Maguette caresse le projet d’élever bientôt des veaux rosés. Génétiquement sans corne, pas très grande, mais râblées, avec des robes acajou, elles sont assez précoces et atteignent la qualité viande rouge dès 3 ans.

 
 
Elevage

Les bêtes vivent au pré toute l’année. 106 bêtes sur 150 ha, elles ont de l’espace et se nourrissent exclusivement de l’herbe des prés et d’enrobage[2] et de foin l’hiver. L'été, les prés sony moissonnés et le foin rentré ou préparé pour l'hiver. Alors quand l’herbe est rare et difficile à manger, Maguette dépose des balles de foin et d’enrobage dans les prés dans des râteliers. Vaches et taureaux vivent ensemble et chaque taureau dispose de 20 vaches qi'il insémine naturellement au rythme de 2 à 3 vaches par mois. Belle vie qui a fait dire à un ami qu’il aimerait se réincarner en taureau dans cet élevage!



Monsieur taureau à droite et une des ses vaches à sa gauche.

Un élevage extensif, une vie paisible dans des près cernés de haies.

Maguette fait abattre 2 bêtes par mois. Elle les capture et les transporte à l’abattoir, la carcasse est ensuite récupérée par le prestataire qui fait maturer la viande 2 semaines. Alors Maguette découpe avec le prestataire, met la viande sous vide, la cuisine parfois (daube et saucisses de boeuf) et livre les colis de 10 kg : 6 kg de viande à griller et 4 kg de viande à cuisiner.

 



Une distribution en direct

Dans une échelle de niveau de gras de 1 à 6, les bêtes de Maguette ont un indice de 3, une viande très persillée mais peu grasse. Cela est du à la conduite des animaux qui mangent une nourriture très équilibrée composée exclusivement d’herbes et de foin. Cela donne une viande d'une qualité organoleptique stable puisque la nourriture est la même toute l’année, même si les végétaux changent un peu selon les saisons. Et que les bêtes ne connaissent aucun stress durant leur élevage et vivent à leur rythme. Ce sont de petites bêtes aux muscles courts si bien qu’une portion de côte ou d’entrecôte tient dans l’assiette. Leur viande est  bonne et tendre sautée rapidement aussi bien qu’en cuisson lente et douce.

 


Ces vaches n'ont'elles pas l'air bien, calmes et paisibles. Nulle crainte ne les habite, elles viennent vers nous, curieuses, nous observent comme nous les observons. Puis repartent brouter ou jouer entre elles, un veau vient téter sa mère et quelques vaches cherchent à se faire remarquer du taureau. Une vie de bovins immuable et éternelle, telle qu'elle a toujours été et devrait rester.

 



[1] La race quarter horse désigne des chevaux très rapides au galop sur de petites distances.

 

[2] Herbe des prés, moissonnée, roulée et enveloppée dans du plastique

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Mardi 30 Septembre 2008

Elles rient certainement ces vaches qui sont choyées par le fermier dans la belle ferme de Treslemont à la sortie d’Yssingeaux et dont les fomages et les yaourts sont sur la table du Bourbon dont nous avons parlé il y a peu.

 

Un tournant bénéfique

Voila vingt ans que Babeth et Jean-Luc Margerit ont choisi le changement dans la continuité pour paraphraser une célèbre formule. Continuité car ils ont choisi  de garder leur élevage de vaches laitières, changement car ils ont tous deux fait le choix d’une autre agriculture. C’était un pari risqué mais passionnant et ils ont réussi et leur yaourts, fromages frais et faisselles qui sont sur la table du Bourbon à Yssingeaux et sont en vente sur les marchés des alentours, sont la preuve de leur qualité et de la très honorable réputation qui s’est faite uniquement par le bouche à oreille. Devenus libres d’organiser leur élevage selon leurs idées, ils ont opté pour un élevage biologique, même s’ils n’ont pas le label bio.

 

Des méthodes en harmonie avec la nature

Les prés suivent un assolement triennal : une année en parcs de pâturage, l’année suivante en jachère et la troisième année en culture de céréales. Une longue et vieille tradition qui permet aux prés de se reposer et de se recharger en matières organiques.  Tous les prés non cultivables restent en prairies qui sont fumées avec le fumier des étables, tout se transforme dans  cette ferme ce qui permet de retenir les effluents d’élevage et les bonnes bactéries. Il y a donc 48 hectares de prairies et 10 hectares sont  cultivés en rotation de seigle et de luzerne. L’herbe de la première coupe des prés est destinée au foin qui est stocké pour la nourriture des bêtes durant l’hiver lorsque le froid les empêche d’être aux prés, c’est-à-dire du 15 octobre au 15 mars environ. Cette période de réclusion dans l’étable se raccourcit en raison du réchauffement climatique. L’herbe qui repousse ensuite reste sur les prés et est broutée par les vaches. Lorsque les bêtes sortent au début de l’hiver, l’herbe qu’elles broutent est riche en protéines mais pauvre en fibres, il est alors indispensable de corriger ce déséquilibre par du foin sinon, le lait sera très abondant mais d’une faible qualité fromagère.   

 

Des vaches qui rient

Et si nous parlions des vaches. Elles sont au nombre de 63 : 34 vaches laitières et 29 génisses, issues des races montbéliarde et abondance, réputées pour la qualité fromagère de leur lait. Pas question ici de faire de la quantité mais de la qualité. Ces 63 vaches sont réparties en 3 parcs, un parc de vaches laitières, un parc de génisses gestantes et une autre de petites génisses. Il est pratiqué une rotation régulière des pâtures pour éviter le parasitage, en particulier la douve, puis chaque pâture est passée à la herse-étrille qui déparasite les sols qui sont ensuite laissés en repos pour que le sol se régénère par lui-même. Chaque vache dispose d’un hectare. Elles ne broutent que l’herbe et les céréales  de leur prés, sont soignées avec des remèdes homéopathiques et phytothérapiques : des huiles essentielles et produits naturels en prévention, aspirine et bicarbonate de soude, gnôle et café en cas de vêlage difficile. Sauf quand  l’homéopathie ne suffit plus, car Mr Margerit refusent de laisser souffrir inutilement ses bêtes et d’en perdre une par idéologie. Mais ils les observent tous les jours, regardent comment elles ruminent, examine leur vivacité, leurs manières de se tenir, prêt à intervenir immédiatement en cas de besoin. Pour lutter contre les moustiques et les mouches qui deviennent de plus en plus abondants et agressifs avec la chaleur plus forte et peuvent être à l’origine d’infections et de maladies, il utilise un pulvérisateur contenant un répulsif qui est mélange de citronnelle et d’huiles essentielles. Chaque jour, les pis sont enduits d’une solution aloa vera, avant chaque traite ils sont lavés avec une mousse aux huiles essentielles puis rincés et séchés, et de nouveau nettoyés après chaque traite. Elles vivent leur vie sur le domaine, tranquilles, sans stress jusqu’à l’âge de 10 ans.

 

Yaourts, Faisselles, Fromages frais

Le lait de ces vaches est utilisé en grande partie  pour la fabrication des fromages et laitages et le reste est vendu à une laiterie locale. Une petite fromagerie,  a été construite dans la ferme pour effectuer ce travail. Le lait est recueilli dans des bacs et chauffé. Les yaourts et fromages sont ensemencés avec des ferments naturels et conditionnés. Les fromages et les faisselles sont conservés dans des rayonnages réfrigérés où ils s‘égouttent et les yaourts, nature ou aux fruits,  sont mis en pots et conservés au frais jusqu’à leur départ sur les marchés des alentours.

 

 

Cette ferme est un bel exemple de vie en harmonie avec la nature, de respect des animaux et de la terre, d’un désir de faire bon pour offrir des produits de qualité et d’une grande valeur gustative. Si vous passez en Haute-Loire, ne manquez pas d’aller visiter cette ferme et de découvrir les fromages et laitages qui y sont élaborés. 

Ferme de Treslemont, 43200 Yssingeaux, 04 71 65 17 28 

 


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Mardi 20 Mai 2008

Si nous regardions un peu ce qui se passe en Allemagne où depuis de nombreuses années une politique efficace de protection de la nature a été mise en place.

Deux informations récentes me poussent à m’interroger sur les décisions récentes prises par le gouvernement et le ministre de l’agriculture, la première est l’autorisation de mise sur le marché du pesticide systémique Cruiser, la deuxième est le vote sur l’autorisation de planter des OGM qui va être voté aujourd’hui contre l’avis de 80% de la population et de nombreux parlementaires et associations.

S’agissant du Cruiser, la France a donné son autorisation de mise sur le marché du Cruiser à la demande de la société Syngenta, fabricant du Cruiser, calquant sa décision sur celle de l’Allemagne qui venait de l’autoriser. Les décisions de ces deux pays se basaient sur les chiffres es études fournies par Syngenta. Or le 15 mai dernier, après un examen sur les dommages causés par le Cruiser sur les abeilles et l’environnement, l’Allemagne fait machine arrière et ordonne la suspension de l’autorisation d’un certain s nombre de produits pesticides dont le Cruiser 350 FS et OSR. Le gouvernement français ferait bien de s’inspirer de cette décision pour protéger la biodiversité de notre nature.

La politique de l’Allemagne concernant les OGM est très simple. En Allemagne, les agriculteurs sont libres de planter toutes les semences qu’ils désirent y compris OGM, à charge cependant pour les agriculteurs ayant fait le choix de planter des semences OGM d’être responsables financièrement des contaminations provoquées par leurs cultures sur les plantations non OGM.

Comme c’est bizarre, comme c’est curieux et quelle coïncidence : aucun agriculteur ne prend le risque  de payer pour les contaminations qu’il provoquera, donc aucun agriculteur ne prend le risque de planter les semences OGM.

C’est simple, il fallait y penser et cela prouve aussi que les risques de contamination sont connus de tous et délibérément ignorés en France.

Pour faire connaitre son opposition aux OGM

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- 08:42 - rubrique Agriculture - Permalien - 0 commentaires

Dimanche 13 Avril 2008

Hélas, trois fois hélas, les pro OGM avaient gagné, la majorité des sénateurs français, faisant fi des propositions du Grenelle de l’Environnement et des promesses du gouvernement et séduits par les discours des lobbies des semenciers, ont proposé une loi néfaste.

Le passage par le Parlement a permis cependant, après des débats houleux, de toiletter cette loi dans un sens moins favorable aux cultures OGM grâce à une coalition de 228 députés de tous bords (contre 249).

Faucher les OGM reste toujours cependant  un délit passible de 2 ans de prison et de 75 000 € d’amende.

 

Reprenant la directive de 2001, la loi fraichement votée organise l’expertise des nouvelles plantes OGM et définit les règles de coexistence entre filières, c'est-à-dire comment peuvent cohabiter les cultures OGM et les autres cultures, puisque la liberté de cultiver avec ou sans OGM demeure.

Trois amendements ont été proposés et ont été adoptés limitant l’invasion des cultures OGM :

 

1/ L’amendement d’André Chassaigne (PCF) protège les cultures de haute qualité faisant l’objet de labels, AOC, IGP, culture biologique, label rouge… : « l’utilisation des OGM ne peut se faire que dans le respect des structures agricoles, des écosystèmes locaux et des filières de production et de commercialisation qualifiées sans OGM ».

 

2/ L’amendement de François Grosdidier (UMP) étend aux autres cultures le précédent amendement en précisant que la liberté de produire des cultures OGM ou sans OGM doit de faire « sans que cela nuise à l’intégrité de l’environnement et à la spécificité des cultures traditionnelles et de qualité. »

 

3/ L’amendement de Yves Vandewalle (UMP) protège les parcs naturels des OGM avec « l’accord unanime des agriculteurs. »

 

Nos députés se sont bien battus et nous les en remercions, dommage qu’ils ne fussent pas plus nombreux.

 

 

Quand on sait que, récemment, un agriculteur bio du Poitou a découvert des traces d’OGM dans ses productions situées à 30 Km de champs de cultures génétiquement modifiées, on peut s’interroger sur la réelle efficacité de ces amendements.

Les députés n’ont pas entendu les désirs de leurs concitoyens qu’ils sont pourtant censés représenter, puisque toutes les études prouvent que les produits bio et de cultures traditionnelles sont de plus en plus demandés et consommés et que l’offre ne peut pas faire face à la demande. Que les consommateurs sont inquiets depuis les crises alimentaires de la vache folle et de la grippe aviaire et qu’on apporte avec cette loi un sujet d’inquiétude supplémentaire, puisque aucune étude sérieuse  n’a été proposée par les producteurs d’OGM et que celles  réalisées par des laboratoires indépendants ne sont pas entendues.

 

Nous avons des députés frileux, plus prompts à défendre leurs propres intérêts (vote sur les retraites des parlementaires) que ceux des français et des françaises qui les ont élus et des générations qui vont suivre.

- 08:02 - rubrique Agriculture - Permalien - 0 commentaires

Samedi 16 Février 2008

« Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ». 

Nous avons tous appris ces paroles de Sully à l’école primaire. Forts de ce principe qui semblait avoir fait ses preuves, les paysans comme les jardiniers amateurs s’emploient à retourner la terre préalablement à l’acte de planter. Là, nous nous plantons lamentablement, nous disent les tenants des TCSL, techniques culturales sans labour. Le pâturage était déjà menacé par la stabulation, le labourage deviendrait totalement « has been » et la charrue à remiser au rang des accessoires désuets.

En effet, une étude du ministère de l’agriculture publiée dans sa revue Agreste de février 2008, annoncent les chiffres suivant : 1/3 des grandes cultures ont été semées sans labourage préalable des sols, parmi lesquelles  58% des exploitations de plus de 400 hectares et 20% de moins de 400 hectares.

Pourquoi ? A cause de l’érosion, parait-il. Les cultures qui s’étendent sur des centaines d’hectares d’un seul tenant sont menacées d’érosion et les labours, en supprimant la couverture végétale, augmentent ce risque d’érosion. Les exploitants agricoles de ces grands domaines optent pour ces TCSL qui permettent un gain de temps et de main d’œuvre ainsi qu’un gain d’argent : moins de fioul dépensé par des tracteurs en labours considérés comme inutiles.


Les défenseurs des TCSL justifient leur choix en arguant que les labours répétés appauvrissent et dégradent les sols et entrainent la formation d’une couche imperméable empêchant l’eau de s’infiltrer dans le sous-sol et les racines d’y pénétrer profondément. 
Les TCSL permettent également de préserver la biodiversité en surface - vers de terre et matières organiques - et de cultiver sans interruption les champs par des rotations de cultures principales et de cultures intermédiaires qui ne laissent jamais les sols nus et donc protègent de l’érosion. 

Ce à quoi les tenants du labourage rétorquent que les labours offrent à la terre des périodes de repos, qu’en retournant la terre, on étouffe les bio-agresseurs et  les mauvaises herbes qui nourrissent le sol en s’y décomposant ce qui permet à la terre de se régénérer. 
Que dans le cas de non labour, le recours aux herbicides est nécessaire pour tuer les mauvaises herbes et aux insecticides pour éliminer insectes et gastéropodes, ces fameux bio-agresseurs protégés par l’absence de labour.

 

 

A l’heure où de nombreux agriculteurs s’interrogent sur  une éthique agricole et où certains reviennent vers une agriculture extensive, moins productive et plus qualitative, ne serait-il pas plus sage  de diminuer la taille des parelles, de réintroduire des haies qui protègent très efficacement de l’érosion et maintiennent une biodiversité animale, de réhabiliter les jachères bienfaisantes ? Pas les jachères de terrains abandonnés à la vie sauvage, mais des jachères s’inscrivant dans un cycle cultural.

Ces divergences d’opinions qui divisent le monde agricole opposent, me semble t-il, les exploitants agricoles aux agriculteurs-paysans. On en parle moins que des OGM, pourtant il s’agit aussi dans le cas du non labour de la divergence entre  deux conceptions de l’agriculture, une agriculture intensive, très productiviste contre une agriculture durable.

A nous de choisir quel paysage agricole nous désirons conserver. A nous de choisir quel type d’aliments nous désirons acheter, cuisiner et manger. A nous de décider quelle terre nous désirons léguer à nos enfants et nos petits enfants.

 


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