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Boire et Manger, quelle histoire !
Le blog d'une historienne de l'alimentation

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Lundi 09 Novembre 2009

Pour vivre bien, cultivez propre

Cela parait une évidence, manger est bon pour la santé et évite de charger l’organisme de substances qui pourrait se révéler à plus ou moins long terme très néfaste pour la santé. Mais produire sain en est le corolaire obligatoire car les agriculteurs sont les premiers exposés aux pesticides avec des conséquences très graves pour eux.

 

C’est en effet ce qu’on retire de la lecture des conclusions d’une enquête réalisée depuis plusieurs années par la MSA (Mutuelle de Santé Agricole), par  des chercheurs de l’INSERM et de l’université Pierre et Marie Curie.

Ils ont interrogés 224 patients atteints de la maladie de Parkinson, de même âge, de même sexe et habitant le même département et ils ont comparé les résultats obtenus avec ceux de 557 témoins non malades.

Les malades atteints de la maladie de Parkinson avaient utilisé des pesticides durant un plus grand nombre d’années que les membres du groupe témoin. D’où il ressort que :

-          Les agriculteurs exposés aux pesticides multiplient par 2 le risque de développer la maladie de Parkinson

-          Les pesticides offrant le plus de risque sont ceux de type organochloré comme le DDT ou le lindane dont on retrouve des traces dans l’environnement de nombreuses années après leur utilisation.

 

Ces pesticides peuvent aussi être présent dans les aliments, fruits, légumes, herbes aromatiques cultivés sur ces parcelles traitées aux pesticides et se retrouver également dans ceux cultivés antérieurement même si ces parcelles ne sont plus pulvérisées de pesticides. Qu’en est-il des risques pour le consommateur? Pour l’instant, il n’y a pas de réponse en l’absence d’analyses sur des sujets consommateurs qui paraissent difficiles à réaliser.

 

Les risques d’une agriculture intensive et de l’utilisation de produits chimiques sont grands pour la nature. Ils le sont tout autant pour les agriculteurs-utilisateurs de ces pesticides qui  se rendent gravement malades en cultivant la nourriture des hommes. Ce qui est un comble, une nourriture indispensable pour se maintenir en vie et qui tue ! La remarque est tout aussi valable pour les jardiniers amateurs qui sont souvent des gros utilisateurs d’engrais chimiques et de pesticides. Vive le compost et le purin d’ortie !


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Samedi 22 Août 2009

Maguette et ses Herefords

 

Maguette

Lors d‘un atelier du goût, j’ai fait la connaissance de Maguette qui m’avait parlé de son élevage de bœufs et vaches Hereford. Un élevage extensif dans la région de Braud et St Louis et près de Bourg sur Gironde et une viande dont j’avais entendu dire du bien. Intéressant tout ça !  Je m’étais promis de la visiter et depuis hier c’est chose faite

 

Ce jour-là, Maguette nous reçoit sur les pâturages situés près de Bourg/Gironde, en face du Château de Milles Secousses. Maguette vient de desseller son cheval Jojo et le met au pré après avoir été visité ses troupeaux. Car John est un quarter horse[1], un authentique cheval de cow-boy sur lequel Maguette surveille, réunit et trie ses bêtes qui paissent dans de grands prés peu accessibles en voiture.



Maguette et John

Commençons par le commencement. L’entreprise de Maguette s’appelle La Peyronne, elle consiste en un élevage de Herefords selon un contrat d'agriculture durable.  Maguette a démarré son travail d’éleveur en 2005, mais deux ans auparavant elle avait déjà quelques bêtes qui nettoyaient la propriété de Braud et St Louis. Maintenant, outre cette propriété, située sur un site Natura 2000, elle loue en fermage 40 hectares à Bourg/Gironde et 16 à St Gervais. Ce qui fait 150 hectares de pâturages sur lesquels paissent 106 bêtes : taureaux, bœufs, vaches, génisses et taurillons.

 
Hereford sur des terres girondines
T

outes les bêtes du troupeau sont de race Hereford. C’est une race d’origine anglaise qui a été domestiquée de l’autre côté de l’Atlantique : aux Etats-Unis, au Canada et en Amérique du Sud, C’est une race très rustique. Les Hereford sont des bêtes à viande, le lait ne sert qu’à nourrir les veaux et Maguette caresse le projet d’élever bientôt des veaux rosés. Génétiquement sans corne, pas très grande, mais râblées, avec des robes acajou, elles sont assez précoces et atteignent la qualité viande rouge dès 3 ans.

 
 
Elevage

Les bêtes vivent au pré toute l’année. 106 bêtes sur 150 ha, elles ont de l’espace et se nourrissent exclusivement de l’herbe des prés et d’enrobage[2] et de foin l’hiver. L'été, les prés sony moissonnés et le foin rentré ou préparé pour l'hiver. Alors quand l’herbe est rare et difficile à manger, Maguette dépose des balles de foin et d’enrobage dans les prés dans des râteliers. Vaches et taureaux vivent ensemble et chaque taureau dispose de 20 vaches qi'il insémine naturellement au rythme de 2 à 3 vaches par mois. Belle vie qui a fait dire à un ami qu’il aimerait se réincarner en taureau dans cet élevage!



Monsieur taureau à droite et une des ses vaches à sa gauche.

Un élevage extensif, une vie paisible dans des près cernés de haies.

Maguette fait abattre 2 bêtes par mois. Elle les capture et les transporte à l’abattoir, la carcasse est ensuite récupérée par le prestataire qui fait maturer la viande 2 semaines. Alors Maguette découpe avec le prestataire, met la viande sous vide, la cuisine parfois (daube et saucisses de boeuf) et livre les colis de 10 kg : 6 kg de viande à griller et 4 kg de viande à cuisiner.

 



Une distribution en direct

Dans une échelle de niveau de gras de 1 à 6, les bêtes de Maguette ont un indice de 3, une viande très persillée mais peu grasse. Cela est du à la conduite des animaux qui mangent une nourriture très équilibrée composée exclusivement d’herbes et de foin. Cela donne une viande d'une qualité organoleptique stable puisque la nourriture est la même toute l’année, même si les végétaux changent un peu selon les saisons. Et que les bêtes ne connaissent aucun stress durant leur élevage et vivent à leur rythme. Ce sont de petites bêtes aux muscles courts si bien qu’une portion de côte ou d’entrecôte tient dans l’assiette. Leur viande est  bonne et tendre sautée rapidement aussi bien qu’en cuisson lente et douce.

 


Ces vaches n'ont'elles pas l'air bien, calmes et paisibles. Nulle crainte ne les habite, elles viennent vers nous, curieuses, nous observent comme nous les observons. Puis repartent brouter ou jouer entre elles, un veau vient téter sa mère et quelques vaches cherchent à se faire remarquer du taureau. Une vie de bovins immuable et éternelle, telle qu'elle a toujours été et devrait rester.

 



[1] La race quarter horse désigne des chevaux très rapides au galop sur de petites distances.

 

[2] Herbe des prés, moissonnée, roulée et enveloppée dans du plastique

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Mardi 30 Septembre 2008

Meuh !

Elles rient certainement ces vaches qui sont choyées par le fermier dans la belle ferme de Treslemont à la sortie d’Yssingeaux et dont les fomages et les yaourts sont sur la table du Bourbon dont nous avons parlé il y a peu.

 

Un tournant bénéfique

Voila vingt ans que Babeth et Jean-Luc Margerit ont choisi le changement dans la continuité pour paraphraser une célèbre formule. Continuité car ils ont choisi  de garder leur élevage de vaches laitières, changement car ils ont tous deux fait le choix d’une autre agriculture. C’était un pari risqué mais passionnant et ils ont réussi et leur yaourts, fromages frais et faisselles qui sont sur la table du Bourbon à Yssingeaux et sont en vente sur les marchés des alentours, sont la preuve de leur qualité et de la très honorable réputation qui s’est faite uniquement par le bouche à oreille. Devenus libres d’organiser leur élevage selon leurs idées, ils ont opté pour un élevage biologique, même s’ils n’ont pas le label bio.

 

Des méthodes en harmonie avec la nature

Les prés suivent un assolement triennal : une année en parcs de pâturage, l’année suivante en jachère et la troisième année en culture de céréales. Une longue et vieille tradition qui permet aux prés de se reposer et de se recharger en matières organiques.  Tous les prés non cultivables restent en prairies qui sont fumées avec le fumier des étables, tout se transforme dans  cette ferme ce qui permet de retenir les effluents d’élevage et les bonnes bactéries. Il y a donc 48 hectares de prairies et 10 hectares sont  cultivés en rotation de seigle et de luzerne. L’herbe de la première coupe des prés est destinée au foin qui est stocké pour la nourriture des bêtes durant l’hiver lorsque le froid les empêche d’être aux prés, c’est-à-dire du 15 octobre au 15 mars environ. Cette période de réclusion dans l’étable se raccourcit en raison du réchauffement climatique. L’herbe qui repousse ensuite reste sur les prés et est broutée par les vaches. Lorsque les bêtes sortent au début de l’hiver, l’herbe qu’elles broutent est riche en protéines mais pauvre en fibres, il est alors indispensable de corriger ce déséquilibre par du foin sinon, le lait sera très abondant mais d’une faible qualité fromagère.   

 

Des vaches qui rient

Et si nous parlions des vaches. Elles sont au nombre de 63 : 34 vaches laitières et 29 génisses, issues des races montbéliarde et abondance, réputées pour la qualité fromagère de leur lait. Pas question ici de faire de la quantité mais de la qualité. Ces 63 vaches sont réparties en 3 parcs, un parc de vaches laitières, un parc de génisses gestantes et une autre de petites génisses. Il est pratiqué une rotation régulière des pâtures pour éviter le parasitage, en particulier la douve, puis chaque pâture est passée à la herse-étrille qui déparasite les sols qui sont ensuite laissés en repos pour que le sol se régénère par lui-même. Chaque vache dispose d’un hectare. Elles ne broutent que l’herbe et les céréales  de leur prés, sont soignées avec des remèdes homéopathiques et phytothérapiques : des huiles essentielles et produits naturels en prévention, aspirine et bicarbonate de soude, gnôle et café en cas de vêlage difficile. Sauf quand  l’homéopathie ne suffit plus, car Mr Margerit refusent de laisser souffrir inutilement ses bêtes et d’en perdre une par idéologie. Mais ils les observent tous les jours, regardent comment elles ruminent, examine leur vivacité, leurs manières de se tenir, prêt à intervenir immédiatement en cas de besoin. Pour lutter contre les moustiques et les mouches qui deviennent de plus en plus abondants et agressifs avec la chaleur plus forte et peuvent être à l’origine d’infections et de maladies, il utilise un pulvérisateur contenant un répulsif qui est mélange de citronnelle et d’huiles essentielles. Chaque jour, les pis sont enduits d’une solution aloa vera, avant chaque traite ils sont lavés avec une mousse aux huiles essentielles puis rincés et séchés, et de nouveau nettoyés après chaque traite. Elles vivent leur vie sur le domaine, tranquilles, sans stress jusqu’à l’âge de 10 ans.

 

Yaourts, Faisselles, Fromages frais

Le lait de ces vaches est utilisé en grande partie  pour la fabrication des fromages et laitages et le reste est vendu à une laiterie locale. Une petite fromagerie,  a été construite dans la ferme pour effectuer ce travail. Le lait est recueilli dans des bacs et chauffé. Les yaourts et fromages sont ensemencés avec des ferments naturels et conditionnés. Les fromages et les faisselles sont conservés dans des rayonnages réfrigérés où ils s‘égouttent et les yaourts, nature ou aux fruits,  sont mis en pots et conservés au frais jusqu’à leur départ sur les marchés des alentours.

 

 

Cette ferme est un bel exemple de vie en harmonie avec la nature, de respect des animaux et de la terre, d’un désir de faire bon pour offrir des produits de qualité et d’une grande valeur gustative. Si vous passez en Haute-Loire, ne manquez pas d’aller visiter cette ferme et de découvrir les fromages et laitages qui y sont élaborés. 

Ferme de Treslemont, 43200 Yssingeaux, 04 71 65 17 28 

 


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Mardi 20 Mai 2008

L’écologie et la politique française

Si nous regardions un peu ce qui se passe en Allemagne où depuis de nombreuses années une politique efficace de protection de la nature a été mise en place.

Deux informations récentes me poussent à m’interroger sur les décisions récentes prises par le gouvernement et le ministre de l’agriculture, la première est l’autorisation de mise sur le marché du pesticide systémique Cruiser, la deuxième est le vote sur l’autorisation de planter des OGM qui va être voté aujourd’hui contre l’avis de 80% de la population et de nombreux parlementaires et associations.

S’agissant du Cruiser, la France a donné son autorisation de mise sur le marché du Cruiser à la demande de la société Syngenta, fabricant du Cruiser, calquant sa décision sur celle de l’Allemagne qui venait de l’autoriser. Les décisions de ces deux pays se basaient sur les chiffres es études fournies par Syngenta. Or le 15 mai dernier, après un examen sur les dommages causés par le Cruiser sur les abeilles et l’environnement, l’Allemagne fait machine arrière et ordonne la suspension de l’autorisation d’un certain s nombre de produits pesticides dont le Cruiser 350 FS et OSR. Le gouvernement français ferait bien de s’inspirer de cette décision pour protéger la biodiversité de notre nature.

La politique de l’Allemagne concernant les OGM est très simple. En Allemagne, les agriculteurs sont libres de planter toutes les semences qu’ils désirent y compris OGM, à charge cependant pour les agriculteurs ayant fait le choix de planter des semences OGM d’être responsables financièrement des contaminations provoquées par leurs cultures sur les plantations non OGM.

Comme c’est bizarre, comme c’est curieux et quelle coïncidence : aucun agriculteur ne prend le risque  de payer pour les contaminations qu’il provoquera, donc aucun agriculteur ne prend le risque de planter les semences OGM.

C’est simple, il fallait y penser et cela prouve aussi que les risques de contamination sont connus de tous et délibérément ignorés en France.

Pour faire connaitre son opposition aux OGM

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Dimanche 13 Avril 2008

Les OGM ont-ils gagné la bataille?

Hélas, trois fois hélas, les pro OGM avaient gagné, la majorité des sénateurs français, faisant fi des propositions du Grenelle de l’Environnement et des promesses du gouvernement et séduits par les discours des lobbies des semenciers, ont proposé une loi néfaste.

Le passage par le Parlement a permis cependant, après des débats houleux, de toiletter cette loi dans un sens moins favorable aux cultures OGM grâce à une coalition de 228 députés de tous bords (contre 249).

Faucher les OGM reste toujours cependant  un délit passible de 2 ans de prison et de 75 000 € d’amende.

 

Reprenant la directive de 2001, la loi fraichement votée organise l’expertise des nouvelles plantes OGM et définit les règles de coexistence entre filières, c'est-à-dire comment peuvent cohabiter les cultures OGM et les autres cultures, puisque la liberté de cultiver avec ou sans OGM demeure.

Trois amendements ont été proposés et ont été adoptés limitant l’invasion des cultures OGM :

 

1/ L’amendement d’André Chassaigne (PCF) protège les cultures de haute qualité faisant l’objet de labels, AOC, IGP, culture biologique, label rouge… : « l’utilisation des OGM ne peut se faire que dans le respect des structures agricoles, des écosystèmes locaux et des filières de production et de commercialisation qualifiées sans OGM ».

 

2/ L’amendement de François Grosdidier (UMP) étend aux autres cultures le précédent amendement en précisant que la liberté de produire des cultures OGM ou sans OGM doit de faire « sans que cela nuise à l’intégrité de l’environnement et à la spécificité des cultures traditionnelles et de qualité. »

 

3/ L’amendement de Yves Vandewalle (UMP) protège les parcs naturels des OGM avec « l’accord unanime des agriculteurs. »

 

Nos députés se sont bien battus et nous les en remercions, dommage qu’ils ne fussent pas plus nombreux.

 

 

Quand on sait que, récemment, un agriculteur bio du Poitou a découvert des traces d’OGM dans ses productions situées à 30 Km de champs de cultures génétiquement modifiées, on peut s’interroger sur la réelle efficacité de ces amendements.

Les députés n’ont pas entendu les désirs de leurs concitoyens qu’ils sont pourtant censés représenter, puisque toutes les études prouvent que les produits bio et de cultures traditionnelles sont de plus en plus demandés et consommés et que l’offre ne peut pas faire face à la demande. Que les consommateurs sont inquiets depuis les crises alimentaires de la vache folle et de la grippe aviaire et qu’on apporte avec cette loi un sujet d’inquiétude supplémentaire, puisque aucune étude sérieuse  n’a été proposée par les producteurs d’OGM et que celles  réalisées par des laboratoires indépendants ne sont pas entendues.

 

Nous avons des députés frileux, plus prompts à défendre leurs propres intérêts (vote sur les retraites des parlementaires) que ceux des français et des françaises qui les ont élus et des générations qui vont suivre.

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Samedi 16 Février 2008

Labourage

« Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ». 

Nous avons tous appris ces paroles de Sully à l’école primaire. Forts de ce principe qui semblait avoir fait ses preuves, les paysans comme les jardiniers amateurs s’emploient à retourner la terre préalablement à l’acte de planter. Là, nous nous plantons lamentablement, nous disent les tenants des TCSL, techniques culturales sans labour. Le pâturage était déjà menacé par la stabulation, le labourage deviendrait totalement « has been » et la charrue à remiser au rang des accessoires désuets.

En effet, une étude du ministère de l’agriculture publiée dans sa revue Agreste de février 2008, annoncent les chiffres suivant : 1/3 des grandes cultures ont été semées sans labourage préalable des sols, parmi lesquelles  58% des exploitations de plus de 400 hectares et 20% de moins de 400 hectares.

Pourquoi ? A cause de l’érosion, parait-il. Les cultures qui s’étendent sur des centaines d’hectares d’un seul tenant sont menacées d’érosion et les labours, en supprimant la couverture végétale, augmentent ce risque d’érosion. Les exploitants agricoles de ces grands domaines optent pour ces TCSL qui permettent un gain de temps et de main d’œuvre ainsi qu’un gain d’argent : moins de fioul dépensé par des tracteurs en labours considérés comme inutiles.


Les défenseurs des TCSL justifient leur choix en arguant que les labours répétés appauvrissent et dégradent les sols et entrainent la formation d’une couche imperméable empêchant l’eau de s’infiltrer dans le sous-sol et les racines d’y pénétrer profondément. 
Les TCSL permettent également de préserver la biodiversité en surface - vers de terre et matières organiques - et de cultiver sans interruption les champs par des rotations de cultures principales et de cultures intermédiaires qui ne laissent jamais les sols nus et donc protègent de l’érosion. 

Ce à quoi les tenants du labourage rétorquent que les labours offrent à la terre des périodes de repos, qu’en retournant la terre, on étouffe les bio-agresseurs et  les mauvaises herbes qui nourrissent le sol en s’y décomposant ce qui permet à la terre de se régénérer. 
Que dans le cas de non labour, le recours aux herbicides est nécessaire pour tuer les mauvaises herbes et aux insecticides pour éliminer insectes et gastéropodes, ces fameux bio-agresseurs protégés par l’absence de labour.

 

 

A l’heure où de nombreux agriculteurs s’interrogent sur  une éthique agricole et où certains reviennent vers une agriculture extensive, moins productive et plus qualitative, ne serait-il pas plus sage  de diminuer la taille des parelles, de réintroduire des haies qui protègent très efficacement de l’érosion et maintiennent une biodiversité animale, de réhabiliter les jachères bienfaisantes ? Pas les jachères de terrains abandonnés à la vie sauvage, mais des jachères s’inscrivant dans un cycle cultural.

Ces divergences d’opinions qui divisent le monde agricole opposent, me semble t-il, les exploitants agricoles aux agriculteurs-paysans. On en parle moins que des OGM, pourtant il s’agit aussi dans le cas du non labour de la divergence entre  deux conceptions de l’agriculture, une agriculture intensive, très productiviste contre une agriculture durable.

A nous de choisir quel paysage agricole nous désirons conserver. A nous de choisir quel type d’aliments nous désirons acheter, cuisiner et manger. A nous de décider quelle terre nous désirons léguer à nos enfants et nos petits enfants.

 


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Samedi 17 Novembre 2007

Grenelle de l’environnement

Une révolution pour l’agriculture et la biodiversité ?
 Le Grenelle de l’environnement s’est terminé il y a quelques jours. J’ai lu  différents articles concernant cet évènement majeur et porteur d’espoir pour notre société et je me propose d’en faire un résumé rapide pour ce qui concerne l’agriculture et l’alimentation.  Ce n’est peut-être pas une révolution, mais un grand bond en avant, certainement. Le fait positif et assez nouveau est que les discussions se sont passées dans un esprit ouvert et qu’une majorité de voix ont pu se faire entendre. Au préalable, des groupes avaient planché sur les différents thèmes qui devaient être discutés. Ce qui nous intéresse ici, ce sont les propositions et décisions qui ont été prises concernant la biodiversité et l’agriculture.
 

  1. Les propositions qui ont été préconisées dans les rapports produits dans les différents groupes de travail : 
    1/ Biodiversité :

 il a été suggéré d’établir une fiscalité incitative, sorte de bons points, destinée aux agriculteurs qui accepteraient de réduire l’usage des pesticides et s’engageraient dans la préservation des milieux. 

Création d’une Trame verte dont nous reparlerons.
 

2/ Etat écologique des eaux :

arriver à un bon état des eaux d’ici 2015 avec une diminution de l’usage des pesticides et une mise en conformité des stations d’épuration. Il faut savoir qu’en France 146 stations sont non conformes et 32 millions d’habitants sont concernés par cete pollution..
 

3/ Production et consommation durable : (constat : La consommation des produits bio est en constante progression : + 9,5%/an, mais nous devons importer la moitié des produits alimentaires bio).  
-          objectif de 10% des surfaces agricoles en bio d’ici 2010 avec un soutien à la filière bio de la part des pouvoirs public consistant en l’obligation de commander des repas bio pour les restaurations collectives, comme cela se fait à Rome per exemple.
-          20% des produits agricoles devront être bio en 2012. 
-          interdiction d’une cinquantaine de substances chimiques dangereuses.
-          Changement progressif d’une agriculture conventionnelle à une agriculture durable avec l’année 2012 comme but à atteindre : 50% des exploitations devront être en haute valeur environnementale.
 

Les réponses du Grenelle de l’Environnement
1/ Biodiversité.
-          Le principe d’une fiscalité écologique incitative est accepté mais est soumis à l’appréciation et à la décision du Président de la République.
-          Le principe d’une « Trame Verte » est retenu. Les trames vertes sont des corridors écologiques créés pour garantir une continuité des espaces naturels et lever les obstacles à la circulation des espèces animales et végétales indispensables au maintien de la biodiversité. Cela rejoint la décision prise au niveau Européen de stopper l’érosion de la biodiversité d’ici 2010. Un flou cependant, il n’est pas donné de valeur juridique à ces fameuses trames vertes, comment seront-elles considérées dans les politiques d’aménagement du territoire ? 
 

2/ Pesticides :
-          Il est décidé de la suppression de 50% de leur usage dans les 10 ans. La FNSEA ayant opposé son veto à cette mesure, la réduction est conditionnée à la diffusion et à la mise au point de méthodes alternatives.
-          Interdiction à la vente de 47 substances dangereuses pour la santé d’ici 2 à 4 ans.
-          Interdiction des épandages aériens de substances dangereuses
-          interdiction de l’utilisation de ces mêmes substances à proximité des hôpitaux, des cours de récréation et des jardins publics. Le reste de la population peut continuer à être empoisonnée.
 

3/ Agriculture biologique :
-          6% des surfaces cultivées en bio d’ici 2012 et 20% en 2020
-          OGM : gel des cultures, ce n’est, hélas, qu’un moratoire temporaire qui ne s’applique que les mois d’hiver, il est décidé de l’adoption d’une loi sur les OGM avant les cultures de semis de printemps.  Sur ce dernier point, il convient de rester vigilant car les intérêts des lobbies des semenciers sont puissants et redoutables.
 

Le sénateur UMP de la Manche, Jean-François Le Grand qui était président du groupe biodiversité et de l’intergroupe OGM émet quelques propositions dans un entretien qu’il accorde  à un journaliste le 24 octobre dans le journal « La Croix » :
« Je souhaite la mise en œuvre d’un plan en trois parties sur les OGM. Lancer une véritable recherche  pluridisciplinaire ; créer une haute autorité indépendante qui conseillera le gouvernement ; et enfin, instituer une loi-cadre sur les biotechnologies comprenant un volet sur l’éthique, la responsabilité, la brevetabilité du vivant et distinguant bien les bactéries OGM qui servent à fabriquer des médicaments des plantes génétiquement modifiées. Ce qui signifie que certains OGM seront interdits, tandis que d’autres seront autorisés. Les essais dans les champs resteront nécessaires.
Il faut par ailleurs inscrire la biodiversité au cœur des politiques publiques.  Cela passe par la création d’un continuum de corridors réunissant les zones naturelles protégées et celles hébergeant une biodiversité ordinaire. La protection de la biodiversité englobe aussi des mesures relatives à la mer, à l’eau, aux forêts et aux DOM-TOM. On est entrain de vivre une révolution culturelle. »
Espérons que les propos optimistes de ce monsieur ne resteront pas lettre morte.  L’avenir nous le dira. Cependant ce grand débat sur l’avenir de notre environnement tellement menacé est devenu une préoccupation majeure des français (Le développement durable a été aussi un thème majeur des Semaines Sociales) et de beaucoup de citoyens du monde. Il est certain que, même si le terme révolution me parait un peu énorme, il n’en reste pas moins vrai qu’une page de l’histoire de notre agriculture et de notre alimentation est certainement en train de s’écrire.  Si certains syndicalistes de la FNSEA font de la résistance, d’autres ont changé de comportements comme le montre les acteurs du livre « Paysans » dont je vous parlé il y a peu.
Il est nécessaire, voire même indispensable que les hommes se rapprochent de la nature, se considèrent comme faisant partie de cette nature, comme des acteurs de sa pérennité.  Longtemps, les penseurs et les acteurs de la chose publique ont invoqué la raison pour se détacher de cette nature. Ce n’est plus possible. Il faut envisager une nouvelle manière de vivre qui nous détacherait de nos égoïsmes et de nos individualismes et aller davantage à la recherche du bien commun.  Je vous rappelle en conclusion la définition du développement durable : «  qui satisfait les besoins de la générations actuelles sans compromettre ceux des générations futures. »
Se rappeler que nous ne sommes que les locataires de la planète et que, comme il est dit dans certains endroits, nous devons la laisser dans l’état dans lequel nous l’avons trouvé. Le défi actuel est de la rendre plus propre que nous l’avons trouvée. Une sacrée motivation !

 

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Mardi 27 Février 2007

Agriculture: une révolution pacifique

A la suite des articles que j’ai publié sur les OGM et l’agriculture; je reviens encore sur le sujet, au risque de vous lasser, mais le sujet est d’importance.

Le texte qui suit est l’article d’un historien italien, spécialiste de l’histoire de l’agriculture, Piera Bevilacqua, intitulé “Retour à la terre” dans le dossier “l’Héritage d’un agronome” dans la revue Slow, fin 2005. Comme, hormis les adhérents de Slow Food, personne n’a accès à cette revue qui n’est pas vendue en kiosque, je vais vous le retranscrire, parce qu’il parle d’une initiative extrêmement passionante qui pourrait bouleverser nos modes de productions agricoles.

“Divers commentateurs ont déjà insisté sur la portée politique, culturelle et symbolique d’un évènement, à n’en point douter, aussi mémorable que celui de Terra Madre. Initiative de slow Food, le rassemblement mondial de quelque 5000 paysans à Turin en octobre 2004 (10 000 en 2006) était sans précédent….Les contenus, la qualité des débats, la richesse des confrontations entre les représentants des différentes communautés… ont donné lieu à une expérience vouée à influencer le cours des évènements dans le monde des campagnes et parmi les communautés de la nourriture. C’est une projection vers le futur qui a été soulignée, ne serait ce que par son inventeur, Carlo Petrini……

Nous sommes tous d’accord sur le fait que cet évènement n’était même pas pensable il y a 10 ans. Il est devenu faisable et Slow Food a pu rassembler des milliers de paysans des quatre coins du globe parce que, en même temps, quelque chose de profond avait changé dans la conscience de millions et de millions de personnes.

Ces 10 dernières années, une transformation radicale et accélérée a touché les domaines relatifs à l’agriculture, l’environnement et la nourriture. Il s’agit d’une nouvelle prise de conscience, dans certains cas d’une réaction dramatique, pour répondre aux changements de plus en plus destructeurs, et parfois, paradoxaux, amenés par l’agriculture industrielle de notre temps. Aux 4 coins du monde , tant dans les pays postindustriels que les pays pauvres, le modèle d’agriculture qui s’est affirmé à partir de la 2ème moitie du XXème siècle donne désormais des signes évidents de non-soutenabilité. La Terre a commencé à se rebeller contre des pratiques d’exploitation de plus en plus  insensées et les populations prennent pleinement conscience du fait que les sentiers d’hier sont devenus de plus en plus étroits et impraticables. Quand certains de ces équilibres délicats se rompent, le compte finit tôt ou tard par ne plus y être sur le plan économique. En 1994 - pour prendre un premier exemple - pour la première fois dans l’histoire, en raison d’un manque d’abeilles pollinisatrices beaucoup de cultivateurs d’amandes ont été obligés d’importer des abeilles pour assurer la récolte en Californie. Les pesticides, en effet, tuent les insectes pollinisateurs dont dépend une grande partie de la production agricole. (sources: M.Ingram, S.Buchmann, G.Nabbau, Our forgotten pollinators, Protecting the birds and the bees, in A. Kimbrell, Fatal harvest,The tragedy of industrial agriculture, Island Press, San Rafael, California, 2002, p 297)

Consommateurs et agriculteurs

Mais peut-être que le plus grand paradoxe que les agriculteurs et les consommateurs du monde entier aient rencontré -dès qu’ils ont reçu une information adéquate - est que le secteur primaire, le milieu où l’on produit la nourriture pour notre alimentation, est devenu l’un des secteurs les plus pollués et les plus polluants de notre économie mondiale. A ce propos et pour donner une petite idée de la question, il suffit de rappeler qu’en 1990 déjà un rapport de l’OMS estimait à environ 25 millions les personnes empoisonnées ou intoxiquées chaque année pour cause d’emploi de pesticides ou de consommation de nourriture contaminée.  (R.Kroese, Industrial agricultural’s war against nature, in Kimbrell, Fatal harvest, p 22). On sait maintenant que, dans les monocultures industrielles d’Occident et les pays prétendus en voie de développement, on a recours depuis des dizaines d’années à des engrais chimiques qui réduisent l’humus et remplissent le sol de métaux lourds mais on utilise aussi quantité de pesticides contre des insectes de plus en plus résistants et des désherbants qui empoisonnent l’air, la terre, l’eau, les animaux et les hommes. A la fin du millénaire, les citoyens d’Europe ont été ébranlés dans leur sécurité alimentaire  suite au cas de la “vache folle”. Ils ont appris, avec effroi, comment les vaches et les veaux étaient alimentés dans leur Europe très civilisée. Le bétail destiné à notre table avait perdu tout rapport avec les pâturages, était forcé de devenir carnivores et engraissé avec des farines provenant des carcasses incinérées d’animaux morts pour de multiples raisons. ( P.Belivacqua, La mucca è savia. Ragioni storiche della crisi alimentare europea, Donzelli Roma, 2002) Au fur et à mesure que ces nouvelles informations se comportaient, un tableau de plus en plus inquiétant de la situation s’est offert à nous. Les élevages intensifs de bétail, concentrés en d’immenses villes pour animaux, produisent actuellement avec leurs déjections, près de 16% des émissions globales de méthane, considéré comme un puissant gaz à effet de serre. Dans certains pays, comme les Pays Bas, ils comptent parmi les causes responsables des pluies acides. Mais la menace à la  santé prend d’autres chemins: aux Etats-Unis, par exemple, la part d’antibiotiques utilisés pour les animaux est 8 fois supérieure à celle utilisée par les êtres humains. Une consommation qui, selon l’OMS, met en danger les possibilités futures de soigner les hommes comme les animaux. ( Worldwatch Instiutte, State of the world 2004,  Edizioni Ambiente, Milano, 2004, p 120-121)

Mais c’est dans le monde des agriculteurs, plus encore que dans celui des consommateurs urbains, que ces dernières années le malaise et quelquefois l’angoisse se sont accentués à cause de la perte de l’ancien rapport avec la terre. Phénomène commun au nord et au sud du monde. Aux USA, le personnage du farmer - sur lequel s’est appuyée la tradition démocratique du pays - est en passe de disparaître. Les agriculteurs restants sont, en fait, les employés des grandes corporations chimiques de semences et des chaînes de distribution alimentaire auxquelles ils donnent leur produit. Non seulement ils sont de moins en moins autonomes dans la gestion de leur champ mais en plus ils vivent avec un malaise grandissant et un sentiment de culpabilité, le fait de se sentir responsables de l’empoisonnement et de la contamination qu’ils ont conscience de diffuser et d’infliger dans les campagnes et les pays où ils vivent. Dans les zones agricoles du tiers monde, parallèlement aux vieux problèmes de manque de terre, de crédits, de débouchés équitables sur le marché, les agriculteurs les mieux lotis ont vu se profiler de nouvelles menaces à l’horizon, ces dix dernières années: la privation de l’eau par les compagnies transnationales et le diffusion de semences brevetées - parmi lesquelles les semences génétiquement modifiées -, qui ont tendance à appauvrir la biodiversité locale millénaire et priver les communautés agricoles de leur indépendance dans la pratique de l’ensemencement et le démarrage de la culture annuelle.

 

Alliances

Les communautés locales ont réagi de différentes manières à ces tendances, en adoptant parfois des formes de luttes plutôt âpres. Le besoin de retrouver un rapport nouveau, et à la fois ancien, avec la terre s’est répandu un peu partout. Alors, assez significativement, à l’autre bout de l’organisation sociale, le continent des consommateurs s’est mis en branle à son tour. La recherche de nourritures saines, non contaminées, non manipulées, provenant de territoires et d’élevages salubres s’est développé avec toute la force d’un grand mouvement culturel. En 2002, les ventes de produits biologiques ont encore augmenté dans le monde, en dépassant de plus de 10% celles de l’année précédentes, pour atteindre un chiffre estimé aux environs de 23 milliards de dollars.

On rencontre donc deux tendances qui font naître de nouveaux espoirs pour notre futur. L’agriculture organique, biodynamique -fruit d’une nouvelle approche technique et scientifique des agriculteurs de la terre- est en train de transformer l’économie agricole en une pratique respectueuse des équilibres naturels, des différentes formes de vie qui se trouvent autour de nous, de l’histoire des plantes et des nourritures que des millénaires de travail paysan nous ont laissé en héritage. Elle est découverte et récompensée par un nombre croissant de citadins. C’est donc une nouvelle frontière de la manière de faire et de consommer la nourriture qui s’est désormais ouverte au niveau mondial. En elle, on trouve, dans une alliance qui n’avait jamais paru si forte par le passé, autant la salubrité de la nature, l’équité des conditions de vie et de travail des agriculteurs que la santé des citadins, la qualité et  la richesse d’une tradition alimentaire qui est également un patrimoine culturel de l’humanité. En 2004 (et en 2006) à Turin, Terra Madre a donné la parole à ce monde en fermentation et une conscience mondiale à ce nouveau chapitre de l’histoire du rapport entre les hommes et la terre.

- 18:28 - rubrique Agriculture - Permalien - 0 commentaires

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