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Mangez-moi
Mangez-moi, proclame le titre du dernier livre d’Agnès Desarthe.
S’agirait-il d’un avatar d’Alice ? Non, quoique…. En dévorant ce livre on passe dans le monde de Myriam pour découvrir qui est cette restauratrice qui vient d’ouvrir un établissement nommé « Chez Moi ». Etrange ce nom pour un restaurant. Il résume assez bien l’esprit qui anime Myriam ; un peu à la dérive, elle tente d’installer un présent entre un passé mystérieux et apparemment lourd à porter et un futur qu’elle a du mal à imaginer, évidement. L’expérience de « Chez Moi » est une pause dans sa vie, c’est l’endroit où, avec audace, elle reconstruit quelque chose, où elle donne ce qu’elle n’a pas su donner autrefois. Donc elle cuisine pour les autres avec générosité et tendresse. Car elle a de l’amour à revendre et l’accueil chaleureux qu’elle réserve à ses clients lui vaut très vite du succès. Un succès du aussi à son extrême générosité qui pourrait effectivement l’entrainer à être manger par ses clients par l’entremise des plats qu’elle leur cuisine. Sauvée par celui qu’elle croyait aider, elle ira jusqu’au bout de sa démarche pour trouver enfin
Agnés Desarthe
Editions de l’Olivier
Extrait
“Qu’est ce que je vous sers? fais-je en espérant qu’il ne voudra rien de précis.
Ce que vous avez de mieux, répond-il.
Je pense: moi, mangez-moi, mais je ne le dis pas car, de toute façon, ça revient au même. Je lui sers une part de tarte au chocolat, poire et poivre avec un verre de rosé frais. Je le regarde manger. Je pense qu’il n’a pas menti finalement. Il mange chez moi. Sauf qu’il n’est pas l’heure du dîner. Il a donc menti. Je le regarde et je pense qu’il se nourrit de moi, car, pour ce premier gâteau, pour ce dessert inaugural, j’ai mis tout ce que j’avais. J’ai pétri avec douceur, j’ai fait fondre avec patience, j’ai tranché en recueillant le jus, si fin, si fin, incorporé à la pâte, avec le chocolat d’un noir massaï, ma pâte brune entre mes mains, que j’abaisse et reforme, abaisse et reforme, le poivre sur les poires, car je crois, en cuisine comme ailleurs, aux mystérieux pouvoirs de l’allitération. Les grains foncés à l’extérieur, jaune pâle au-dedans, pas écrasés, pas concassés, tranchés. Mon moulin est une râpe, il fabrique de minuscules tranches d’épices. L’homme mange et je vois qu’il est ému. J’en suis désolée. Pourquoi? Je l’ignore. Nous sommes tous deux indignes de ce partage. “
le 24.03.07 à 19:57
dans Livres
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