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Boire et Manger, quelle histoire !
Le blog d'une historienne de l'alimentation

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Légumes acteurs et citoyens

 Mardi soir  à la maison éco-citoyenne à Bordeaux a eu lieu à 18 h 30, une causerie-débat organisée par le convivium Slow Food Bords de Garonne et son président Yvon Minvielle dont le thème était

Les Légumes Acteurs et citoyens

Acteurs parce qu’ils contribuent à faire de nous des ”Consommateurs conscients”.

Citoyens parce qu’ils nous accompagnent dans notre démarche vers la citoyenneté alimentaire.

 

Il m’avait fait la gentillesse de m’inviter  afin de nourrir la réflexion comme il était écrit sur la présentation de la soirée :    

« Avec Ségolène, nous ‘ mettrons sur la table”  toutes ces questions que nous posent les légumes, leur histoire, leur mode de production, les manières de les préparer et de les valoriser, leur contribution à notre santé mais aussi et ce sera notre principal angle d’attaque leur contribution pratique à faire de nous des consommateurs conscients.

Chacun d’entre nous peut s’il le souhaite  faire pousser quelques légumes sur un lopin de terre, un mini jardin, un balcon, une cour partagée avec quelques voisins, etc. Par ce geste, cultiver des légumes pour notre consommation quotidienne, nous réinstallons dans notre proximité cette simple “nature” dont les humains se sont toujours nourris.  Mais en agissant ainsi nous  faisons aussi du  jardinage un acte « politique » qui nous conduit à devenir, à re-devenir un “consommateur conscient”.

 Du statut de consommateur passif, nous passons  à celui de mini producteur actif et conscient qui questionne et s’interroge sur ce que veut dire “se nourrir” avec quoi, comment et pourquoi?

Merci les Légumes ! »

Pour tous ceux qui n’ont pu se déplacer, voici les grandes lignes de ce qui a été dit.

Premièrement les légumes peuvent être considérés comme des marqueurs sociaux, il y eut les moines, les paysans et les habitants des villes plus mangeurs de légumes que les élites qui se distinguaient en préférant la viande et le gibier qu’eux seuls avaient le droit de chasser. Ensuite il y eut des périodes d’amour et de désamour entre les hommes et les légumes. Jusqu’à l’arrivée de la pomme de terre qui va nourrir les plus pauvres comme le faisait le haricot auparavant et réjouir les autres avec les recettes de chefs des nouvelles institutions qu’étaient les restaurants.

Les légumes peuvent être considérés comme des acteurs de développement et de découvertes. Développement au niveau de la santé, si nous prônons les 5 légumes/jour, nous revenons à d’antiques pratiques quand les légumes appartenaient à une diététique qui considérait que l’on se maintenait en bonne santé en mangeant bien.
La botanique fut associée à la médecine jusqu’au XVI et XVIIème siècle lorsque les scientifiques  considérèrent que la botanique était une discipline scientifique à part entière.

Ils sont aussi des facteurs d’évolution et de découvertes, tout au long de notre histoire, les légumes, remarquables voyageurs, se sont déplacés de leur lieu d’origine vers d’autres contrées où ils furent acclimatés, à la faveur des invasions arabes, des mariages royaux, des déplacements des marchands et scientifiques. C’est ainsi qu’à la Renaissance les salsifis, scorsonère, chou-fleur et brocolis, artichaut et petit pois, verdure et melon arrivèrent d’Italie et connurent un réel succès dans les potagers et sur les tables. Il y eut aussi les légumes que les découvreurs de l’Amérique rapportèrent topinambours, citrouilles, tomates, pommes de terre, piments, haricots. Ces apports nouveaux modifièrent les manières de manger, élargirent la palette des goûts et provoquèrent un véritable engouement pour la cuisine et la culture des légumes.

 

Les potagers furent et sont encore des lieux de culture et d’acclimatation. Initiés par les moines et quelques paysans, après les invasions des barbares de tout poil qui fondirent sur l’Occident, les potagers permirent une auto suffisance alimentaire. Ce fut aussi un acte politique de la part de Charlemagne d’édicter le capitulaire de Villis dans lequel il énumérait les plantes qui devaient être cultivées tout au long de l’année afin de nourrir le paysan et sa famille. Un style de potager construit en carrés autour d’un puits, cerné de murs devint un modèle et avec les tenures suburbaines des nouvelles agglomérations qui se créèrent aux XIIème et XXIIIème siècles, ils dessinèrent un paysage rural.

Les potagers furent des lieux de recherches botaniques et agronomiques qui firent progresser la science et les techniques culturales, sans les petits pois que seraient les recherches sur la génétique ? Charles de l’Ecluse, Olivier de Serres, Nicolas de Bonnefons, La Quintinie, Linné, Jussieu, Mendel, Vilmorin… ont grâce à leurs observations, expériences et écrits transformé le concept de potager, la culture devenant une discipline plus scientifique, plus raisonnée, sélection de semences, techniques nouvelles : couches chaudes pour légumes primeur etc. qui permirent le développement d’un maraichage produisant des légumes à haute valeur ajoutée.

Les potagers comme lieux d’apprentissage, de sociabilité et de redécouverte de la nature. On y apprend  les bons gestes, on y travaille ensemble, on y travaille et vit au rythme des saisons, des intempéries, on y apprend la patience, le goût du travail régulier et sans cesse recommencé. Ce sont les jardins ouvriers « inventés » par l’abbé Lemitre au XIXème siècle pour les paysans devenus ouvriers de villes. Ce sont maintenant les jardins familiaux, les jardins partagés qui ont tant de succès, ce sont les espaces vides, les  friches qui deviennent lieux de culture et de travail en commun.

Les cultures industrielles de plein champ, les cultures hydroponiques qui répondent à une demande des filières de distribution et de l’agroalimentaire ont déconnecté les mangeurs de la nature et des saisons. Les hybrides et des PGM ont provoqué une diminution des variétés et de la  biodiversité au profit de mono cultures plus rentables. Si l’utilisation à outrance d’engrais chimiques, de pesticides et herbicides ont provoqué maladies et problèmes de santé, nous sommes bien loin de l’idéal premier qui  liait nourriture et santé, nourriture et éthique.

Nous sommes maintenant devant un choix sociétal et politique.

- Voulons-nous encore des exploitants agricoles vivant de subventions,  à la merci des décisions politiques et des lobbies de l’industrie phytosanitaire et agroalimentaire, des consommateurs moutons errant dans les allées des supermarchés à la recherche de l’aliment le moins cher ou de celui qu’on a vu sur la pub ?

- Ou voulons-nous des paysans indépendants, vivant dignement  et fièrement de leur travail, produisant une nourriture saine et respectueuse tant de l’environnement que du mangeur et des mangeurs responsables, ayant le choix de leur nourriture et  prenant en main librement leur alimentation ?

Car le libre choix de ses semences, de ses pratiques culturales et techniques de culture est indispensable et nécessaire, celui du mangeur aussi qui désire une nourriture saine qui le maintienne en bonne santé et lui procure des plaisirs gustatifs variés et sans cesse renouvelés.

Le choix d’une agriculture durable, de choisir d’acheter et de manger des légumes sains, de faire son potager sont les gestes de mangeurs, conscients du rôle d’une agriculture elle-même responsable et citoyenne, de mangeurs  citoyens et responsables, acteurs de leur alimentation.

Car n’oublions pas que les légumes comme la nourriture en général représentent la convivialité, le plaisir gustatif (les légumes offrant la plus large palette de goûts et de textures) le plaisir de les cultiver chez soi, de les cueillir et de les préparer qui est une forme d’autonomie alimentaire.

Voulons-nous être des mangeurs citoyens ou des consommateurs moutons ?  

 
 

le 27.03.15 à 10:04 dans Actualités
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Mon livre

L'histoire des légumes, des potagers, du néolithique à nos jours en passant par les abbayes. Plus une cinquantaine de recettes de Michel Portos, cuisinier de l'année 2012 GaultMillau, avec les accords vins de Patrick Chazallet. De très belles photos d'Anne Lanta, une préface de Christian Coulon pour la beauté de l'ouvrage. alt : Widget Notice Mollat Analyse sur un ton léger des rapports des femmes au vin de l'Antiquité à nos jours, les interdits, les tabous, les transgressions, se ponctuant par quelques portraits de femmes du vin contemporaines. alt : Widget Notice Mollat

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