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Boire et Manger, quelle histoire !
Le blog d'une historienne de l'alimentation

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Le luxe alimentaire

 Le luxe alimentaire est une filière qui ne connait pas la crise à l’instar des autres filières du luxe. Si  les produits alimentaires de luxe sont apparus dès l’Antiquité, la France en a fait une spécialité typique, vitrine d’un savoir-faire qui a su très vite trouvé une clientèle. Le luxe alimentaire est recherché et convoité dans le monde entier et par les nombreux touristes qui visitent notre hexagone. D’où l’extension de son marché, les stratégies marketing et par conséquent une industrialisation de sa production qui ne sont pas sans risque. En effet, la démocratisation de sa consommation rend le produit alimentaire de luxe moins rare, la banalise et lui fait perdre un peu de son prestige. Mais les entreprises du luxe alimentaire ont su trouver une parade pour leur conserver leur caractère exceptionnel.





Vincent Marcilhac
, docteur ès géographie,  qui nous livre dans cet ouvrage, une version tout public de sa thèse,  a construit son argument selon le schéma classique : thèse, antithèse, synthèse correspondant aux trois parties du livre.

Tout d’abord V. Marcilhac montre la singularité française du luxe alimentaire, ses fondations historiques, géographiques et économiques. Le luxe alimentaire est une création bien de chez nous fondée sur une qualité gustative remarquable des produits qui procure un plaisir aux consommateurs de ces dits- produits, ainsi que l’auteur l’écrit dan la conclusion de cette première partie : « Cette singularité française repose sur la production d’un discours sur la rareté et l’originalité du produit qui transforme sa consommation en un moment d’exception, en un « luxe des sensations et des plaisirs ». Ces produits remarquables qui expriment des savoir-faire, l’imagination et le talent des producteurs et des artisans qui ont su les faire apprécier en leur donnant un dimension festive et élitiste : produits chers, boutiques dans les quartiers chics, transformation par des chefs étoilés, etc.

Cependant, la diffusion de ces produits sur une grande échelle qui répond à des logiques économiques et un marketing de la demande tend à « désingulariser » ces produits qui tendent alors à perdre leur personnalité et à devenir plutôt des produits de marque correspondant à une consommation ostentatoire mondiale. La multiplication des boutiques hors de l’hexagone, des corners dans les grands magasins et les aéroports, voire même parfois dans les rayons des grandes surfaces alimentaires les « désacralisent » et font disparaitre leur caractère festif et exceptionnel. La haute valeur symbolique des produits du luxe alimentaire tend à s’estomper avec le développement de la société de consommation et la mondialisation des échanges.

Il était donc nécessaire qu’ils retrouvent cette valeur symbolique. Pour pérenniser le statut de produit de luxe, il faut donc les parer d’une nouvelle étiquette : celle de la patrimonialisation. En devenant un produit patrimonial, donc ancien, authentique, rare et beau, le luxe alimentaire retrouve sa singularité car un objet du patrimoine s’admire, se respecte, se mérite. Le luxe alimentaire lié à un terroir, de haute qualité gustative, inscrit dans une démarche durable qui l’inscrit dans la durée devient un produit de niche, ce qui dans une politique de mondialisation lui donne une valeur très particulière, une rareté recherchée. Il retrouve enfin une personnalité propre dans une politique commerciale de l’offre qui va provoquer le désir des connaisseurs et des vrais gourmets. On recrée la rareté, on invente le marketing spatial qui lie le produit à un territoire ou un paysage particulier. Devenu le fruit de conception éthique qui lui donnent sa valeur, il devient alors un facteur de développement local : visites de caves, oenotourisme, salons et marchés qui attirent un certain type de touristes avertis  au fort pouvoir d’achat. Le luxe alimentaire attire l’attention sur un terroir qu’il convient de protéger et d’inscrire dans une démarche patrimoniale : inscription au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, aux sites remarquables du goût, etc.

Très documentée et fort bien argumentée, cette thèse est  la première étude géographique sur le luxe alimentaire et à ce titre, mais pas seulement, elle mérite une lecture attentive. Le jury du Salon du livre de cuisine de Beynat "Festin d’Auteurs" l'a reconnu en lui décernant  le prix Apicius  en avril 2013.

A dévorer donc !

Le luxe alimentaireUne singularité française
Vincent Marcilhac  
Presses universitaire de Rennes et Presses universitaire François Rabelais
336 pages, 20 €

le 23.09.13 à 18:47 dans Livres
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Mon livre

L'histoire des légumes, des potagers, du néolithique à nos jours en passant par les abbayes. Plus une cinquantaine de recettes de Michel Portos, cuisinier de l'année 2012 GaultMillau, avec les accords vins de Patrick Chazallet. De très belles photos d'Anne Lanta, une préface de Christian Coulon pour la beauté de l'ouvrage. alt : Widget Notice Mollat Analyse sur un ton léger des rapports des femmes au vin de l'Antiquité à nos jours, les interdits, les tabous, les transgressions, se ponctuant par quelques portraits de femmes du vin contemporaines. alt : Widget Notice Mollat

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